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Bientôt une nouvelle bulle Internet ? Les avis de trois investisseurs français (2/2)

Aux États-Unis, les sociétés technologiques lèvent de plus en plus facilement des millions de dollars, sur la base de prévisions très optimistes. Sont-elles surévaluées ? Le risque de voir une nouvelle «bulle internet» exploser est-il plausible ?

Deuxième tour des réactions sur Frenchweb, après la première série la semaine dernière.

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[tab title= »Jean-David Chamboredon, CEO d’Isai »]

jean-david-chamboredon-isai-2014Oui, il y a indéniablement une bulle pré-IPO avec une mobilisation sans doute excessive de capital cherchant à s’investir dans le prochain «unicorn» ou mieux «decacorn» avant une entrée sur le Nasdaq ou le NYSE. Au contraire de la bulle de l’année 2000, cette bulle ne touche pas les marchés boursiers. Ceux-ci restent très sélectifs et les sociétés cotées sont sévèrement sanctionnées lorsqu’elles ne délivrent pas les promesses faites au moment de leur entrée en Bourse.

D’un côté, on ne peut que constater que les sociétés pré-IPO n’ont jamais été aussi nombreuses à connaître des trajectoires aussi spectaculaires (exemple: AirBnB, Uber, Pinterest, Spotify…) Il est normal qu’elles constituent  des cibles d’investissement très attractives pour des investisseurs «opportunistes». De l’autre, des opérations comme Box – qui aujourd’hui vaut moins que lors de son tour pré-IPO – montre qu’on ne peut «pas gagner à tous les coups»… Si les situations décevantes se multiplient et si éclatement de la bulle il y a, celui-ci n’aura pas du tout les mêmes conséquences que celles connues il y a 15 ans: on peut penser, en effet, que les marchés boursiers corrigeront sans s’effondrer et que le financement privé (« from seed to pré-IPO ») connaitra lui un ajustement assez net du fait du retrait inéluctable de ces investisseurs «opportunistes».

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[tab title= »Fabrice Grinda, entrepreneur et investisseur « ]

fabrice_grinda_LinkedinNon. Les valorisations sont élevées mais on ne se trouve pas dans une bulle. Regardez les statistiques des années 1999-2000 comparées à maintenant. Les graphiques sont très parlants. On est au quart de ce que l’on voyait sur la bulle. 

Le phénomène ne touche pas seulement le capital-risque. Il concerne aussi l’immobilier, les actions, les obligations; la plupart des actifs sont valorisés de manière chère.

Il faut aussi voir qu’il y a des vraies entreprises avec du vrai chiffres d’affaire. Prenez Uber par exemple; la société va sûrement générer 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année. Les entreprises internet sont très créatrices de productivité. Je pense que beaucoup d’entre elles vont justifier ces investissements élevés.

Le mécanisme est assez simple, mais pas immédiatement visible. Prenons le premier cas de figure : la Réserve fédérale américaine (Fed) augmente les taux d’intérêt (ce qui pourrait arriver d’ici deux à trois ans). Le résultat est que les investisseurs (family office, les fonds de pension, les fonds de capital-risque) vont préférer investir dans les bonds du Trésor américain qui deviendront plus intéressants que les autres actifs (actions, obligations, immobiliers). Les attentes de ces mêmes investisseurs augmentent, et parce qu’ils ont moins de fonds pour le capital-risque, ils choisissent des valorisations plus faibles. Ce mécanisme n’est pas instantané, il y a un décalage entre l’augmentation des taux d’intérêt et la baisse effective des valorisations parce que les investisseurs sont dans l’expectative sur leurs premiers investissements «plus traditionnels». Au final, si les taux d’intérêt augmentaient beaucoup, on pourrait donc imaginer une correction et voir les valorisations baisser.

Le second cas de figure est si la Fed maintient ses taux d’intérêt à zéro. L’investisseur se dit qu’il a donc moins besoin de retours sur ces investissements parce qu’il a pu diversifié ses actifs et profiter de l’aubaine. Il se dit : «La Fed est à zéro, 2% de rendement me suffisent». Il a aussi souvent envie de sortir son cash pour des raisons politiques ou autres. Résultat, plus la Fed maintient les taux, plus le risque de bulle est grand.

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[tab title= »Philippe Collombel, Managing Partner de Partech Ventures »]

techpart 8548Non, même si… Pour commencer, un petit rappel : dès octobre 2006, certains journalistes me parlaient de bulle sur les valeurs technos (à l’occasion du rachat de YouTube par Google); donc attention à ne pas confondre une forte hausse du prix de certains actifs avec une bulle. Aujourd’hui peut-on parler de bulle ?

Revenons aux fondamentaux ; une bulle spéculative se définit par une survalorisation générale des actifs d’une classe d’investissement. De ce point de vue, je ne pense pas qu’il y ait une bulle ne serait-ce que parce que la plupart des entreprises en amorçage restent abordables dans la Silicon Valley eu égard à leur potentiel de disruption.

Je pense en revanche que certains actifs sont survalorisés dans la Valley (mais aussi parfois en Europe) notamment dans le segment du late stage, c’est à dire d’entreprises qui ont commencé à déployer leur modèle d’affaires sans pour autant en maîtriser tous les risques. Il est clair que certains investisseurs auront des déconvenues. Pour autant, je le répète, je ne pense pas, même si certains ajustements pourraient être violents, que cela va entrainer une baisse généralisée de toutes les valeurs technologiques comme nous l’avons vécue en 2000. Les fondamentaux sont en effet très différents avec notamment une accélération de la transition numérique de l’ensemble des économies occidentales. Il faut aussi noter que certains ajustements sont en cours; ainsi le volume des financements en Q1 2015 dans la Silicon Valley a légèrement diminué par rapport à Q1 2014 (ce n’est pas vrai pour l’ensemble des Etats-Unis).

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Lire aussi: Les avis de trois entrepreneurs français (1/2)

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Jeanne Dussueil

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