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Les startups doivent elles éviter de multiplier les investisseurs?

En général, les jeunes pousses cherchent à obtenir des financements importants d’un petit nombre d’investisseurs. Aujourd’hui, le modèle évolue, et de plus en plus de startups se tournent vers un nombre toujours plus important d’investisseurs qui offrent chacun un financement plus réduit.

Cette tendance peut devenir un réel problème pour les jeunes entreprises, qui n’ont pas seulement besoin de capital, mais aussi d’accompagnement. Les meilleurs investisseurs sont ceux qui savent laisser aux entrepreneurs suffisamment de libertés, mais aussi être présent lorsque la start-up a besoin de leur aide, notamment lorsqu’il s’agit de planifier une prochaine levée de fonds.

Or, avec ces «party rounds» («tours de table multiples»), il s’avère souvent qu’aucun des investisseurs ne fait de la start-up une priorité; ils sont au contraire tentés de penser qu’il y aura toujours quelqu’un pour l’épauler.

Cela ne veut pas dire que les investissements groupés mènent inévitablement à l’échec d’une start-up ; mais il est fort probable qu’un investisseur ayant investi une somme moindre dans votre entreprise se sente moins concerné par son avenir. Un leçon importante à revenir lorsque vous souhaitez effectuer une première levée de fonds.

Pour Olivier Mathiot, co fondateur de PriceMinister,

« Très souvent j’entends qu’il vaut mieux avoir une cap table très simple pour une gouvernance plus fluide. Sur le papier c’est plutôt vrai.  En effet lors des mouvements de capital, on a pu être confronté avec Priceminister ou sur d’autres dossiers comme Happyview ou les BA sont nombreux, que les fondateurs sont parfois contraints de jongler avec les démarches administratives et les courriers. Mais le plus souvent j’ai trouvé de nombreux avantages à avoir bcp d’investisseurs (jusqu’à plusieurs dizaines). En effet il faut simplement que le pacte d’actionnaires prévoit que les décisions ne soient pas entravées par des minoritaires mal lunés. Un autre inconvénient très concret est qu’il arrive parfois qu’on perde la trace de certains investisseurs qui déménagent, changent de boulot, partent a l’étranger etc
Mais les avantages sont donc très simples
– tout d’abord parfois cela permet de lever plus d’argent, ce qui n’est pas négligeable !
– par ailleurs cela permet de constituer un réseau avec des personnalités, des compétences et des connections complémentaires »
Pour François Veron, fondateur du fond d’investissement Newfund,
« Les ‘financements de place’ avec de multiples investisseurs ont effectivement souvent conduit à une incapacité à décider, parfois même à une exacerbation des comportements moutonniers, rendant le refinancement de la société en période de tension tout particulièrement difficile. De grands fonds, comme Sofinnova en life science, ont ainsi privilégié l’investissement en solo. Les startups y trouvent leur compte, car elles perdent moins de temps en réunions et le partage des décisions est plus rapide. Nous considérons chez Newfund que ces avantages de simplicité sont un vrai atout pour les sociétés. Pour autant, il n’y a pas de modèle unique et une configuration à plusieurs a aussi ses avantages, elle apporte plus de moyens financiers ainsi qu’une dépersonnalisation de la relation rendant les décisions plus objectives. Lorsque le management est expérimenté et que le projet est ambitieux et a déjà une certaine maturité, la multiplication du nombre d’investisseurs ne devrait pas poser problème.
Chez Newfund, nous sommes seul investisseur institutionnel pour 70% de nos participations, et en co-investissement avec des confrères dans 30% des cas. »
Pour Olivier Sanviti, co fondateur du cabinet d’avocats Aston société d’avocats
Force est de constater que depuis quelques années les co-investissements sont de plus en plus nombreux en capital risque et capital développement.
Comment est-il possible de structurer juridiquement cette multiplication des investisseurs ?
Cette tendance concerne à la fois les réseaux de business angels et les fonds d’investissements.
Pour les premiers, je recommanderais de créer un véhicule d’investissement intégrant les BA, représentant unique de cette masse. Ce système est certes largement plus usité en Suisses qu’en France, mais il permet aux fondateurs d’être plus concentré sur le business que sur la gestion de leurs investisseurs. Une autre option peut être de proposer aux réseaux de BA ou aux investisseurs personnes physiques de désigner un membre unique au conseil d’administration (ou comité stratégique… selon la terminologie choisie par les rédacteurs des statuts de la SAS).
Pour les fonds d’investissement, leur multiplicité peut avoir des conséquences sur la négociation de la documentation juridique. Tel fonds souhaitera plutôt une société anonyme, tel autre une société par actions simplifiée… les différences pouvant être nombreuses (GAP, modalités du Bad Leaver éventuel…), les rounds de négociation se multipliant en conséquence. En pratique, les fondateurs devront être unis, défendre leur vision de la gestion de leur société et être accompagnés d’un avocat spécialisé en Private Equity, connaissant les standards de marché.
Auteur : Alexandra Bensoussan-Sureau
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Microsoft Experiences les 3 et 4 octobre 2017

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