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Dans le bureau du CFO, STACKS lève 19,6 millions d’euros et mise sur la bataille de la couche d’infrastructure

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La transformation de la fonction finance s’est historiquement structurée autour de deux dynamiques complémentaires. D’un côté, la modernisation des ERP, chargés d’unifier comptabilité, achats, trésorerie et reporting au sein d’un socle intégré. De l’autre, l’essor des plateformes de pilotage de type FP&A, qui proposent des prévisions plus granulaires, une modélisation collaborative et une planification progressivement affranchie d’Excel.

Depuis quelques mois, une troisième ligne de front s’installe, plus technique, et souvent plus déterminante pour la réalité opérationnelle des équipes, car elle ne vise pas d’abord la planification, mais l’exécution. Elle ne remplace pas nécessairement l’ERP, mais cherche à reprendre la main sur ce qui le rend exploitable au quotidien, à savoir la donnée transactionnelle, sa cohérence, et la capacité à automatiser des workflows dans un environnement hétérogène.

Le problème que personne ne “possède” vraiment : la finance éclatée

Dans l’entreprise, la finance vit rarement dans un système unique. Les transactions se répartissent entre ERP, fichiers, outils métiers, data lakes, systèmes historiques, et intégrations construites au fil du temps. Cette fragmentation impose des routines de contournement. Les équipes passent beaucoup de temps à rapprocher, reclasser, une partie significative de l’effort consiste moins à analyser qu’à reconstituer une vérité commune.

Ce n’est pas un sujet glamour, mais c’est la condition de tout le reste. Tant que la donnée n’est pas stabilisée, l’IA reste un assistant de surface, cantonné à la production de texte, à l’aide à la rédaction, ou à des synthèses. Dans un environnement de clôture et d’audit, l’enjeu est ailleurs : fiabilité, traçabilité, reproductibilité.

La “couche d’infrastructure” : le nouvel objet du désir

Stacks se présente comme une plateforme d’IA pour les équipes comptables et finance d’entreprise, avec l’idée de construire une couche de données connectée directement aux systèmes finance afin de produire une vue financière unique, cohérente et exploitable. Cette couche vise à normaliser la donnée et à la rendre immédiatement actionnable pour l’automatisation. On ne parle plus de planifier mieux, mais d’exécuter plus proprement.

Pourquoi l’agentification attire les investisseurs et inquiète parfois les équipes

Stacks insiste sur des “agents” capables d’automatiser des workflows à travers la pile finance. C’est là que le sujet devient stratégique. Dans un contexte comptable, l’agent n’a pas le droit à l’approximation et doit produire un résultat vérifiable, documenté et compatible avec les exigences internes de contrôle et souvent d’audit.

La traction de ce segment tient à une convergence simple. D’un côté, les directions financières sont sous pression, sur les délais de clôture, la qualité des reportings et la capacité à expliquer la performance. De l’autre, les briques technologiques nécessaires deviennent enfin disponibles : intégrations plus standardisées, infrastructure data plus mature, modèles capables de traiter du contexte et demande croissante d’automatisation qui dépasse la simple RPA.

Le point de tension se situe dans la gouvernance. L’entreprise peut accepter un copilote qui “suggère”. Elle tolère moins un système qui “agit” sans garde-fous. C’est ce qui distingue la communication produit de la réalité d’adoption : la question est moins de savoir si l’agent est spectaculaire que de déterminer s’il est contrôlable.

Le vrai sujet : qui contrôlera la chaîne de valeur au-dessus des ERP

Cette bataille de la couche d’infrastructure n’est pas seulement technique, elle touche à la propriété de la donnée et à la capacité d’orchestration.

Si une plateforme devient la porte d’entrée opérationnelle de la finance, elle peut progressivement capter des fonctions auparavant considérées comme “natives” de l’ERP ou réalisées dans Excel. À l’inverse, les grands éditeurs d’ERP ont des raisons évidentes de réabsorber ces usages en intégrant davantage d’IA et d’automatisation dans leurs suites. Entre les deux, une zone grise apparaît, la couche qui se connecte à tout, unifie, explique et déclenche des actions.

Stacks comme symptôme d’un CFO qui bascule de la production vers l’arbitrage

La conséquence la plus intéressante est la redistribution du temps. Lorsque la finance passe moins d’heures à “faire tenir” les chiffres, elle peut les discuter autrement. En pratique, l’IA dans le bureau du CFO ne remplace pas d’abord des personnes, mais réduit certains gestes manuels, ce qui implique un changement de gouvernance et de supervision.

Une trajectoire financée en douze mois

Stacks, basée à Londres, développe une plateforme d’IA pour les équipes comptables et finance d’entreprise, visant à unifier des données dispersées entre ERP, tableurs et systèmes historiques puis à automatiser des workflows via des agents. La société revendique plus de trente clients, dont Future plc et Epidemic Sound. Elle a été créée par Albert Malikov, passé par Uber et Plaid. Stacks annonce une série A de 19,6 millions d’euros menée par Lightspeed, avec la participation d’EQT Ventures, General Catalyst et S16VC, douze mois après un seed de 12 millions de dollars. Au total, l’entreprise indique avoir levé 35 millions de dollars.

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