ARCHITECTS OF THE FUTURE

Sebastian KLAUS, de l’armée allemande à la logistique orbitale

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Sebastian Klaus n’entre pas dans la catégorie habituelle des fondateurs du New Space européen. Son parcours mêle ingénierie aérospatiale, culture militaire, connaissance opérationnelle du risque et intuition industrielle. Ancien officier de l’armée allemande, passé par les opérations spéciales et déployé en Afghanistan et en Afrique, il aborde l’espace moins comme un territoire scientifique que comme une infrastructure stratégique.

Son angle d’attaque n’est pas le lancement, segment déjà encombré par SpaceX, Rocket Lab, Isar Aerospace ou Rocket Factory Augsburg, mais l’autre moitié du problème spatial, à savoir faire revenir du fret depuis l’orbite. Dans sa lecture, l’économie spatiale restera contrainte tant que les satellites, expériences, véhicules ou charges utiles seront majoritairement conçus comme des objets à usage unique.

Atmos Space Cargo, qu’il a cofondée avec Marta Oliveira, Jeffrey Hendrikse et Christian Grimm, développe des capsules capables de ramener différents types de cargaisons depuis l’espace vers la Terre. L’entreprise se positionne comme une société de logistique spatiale, non comme un acteur de l’expérimentation ou de la fabrication en orbite. Cette nuance est centrale : Klaus veut construire l’équivalent d’un service de transport retour, capable de servir les industriels, les agences spatiales, les laboratoires, les fabricants de matériaux en microgravité et, à terme, les acteurs de défense.

Sa thèse repose sur une technologie, le bouclier thermique gonflable. Contrairement aux boucliers ablatifs classiques, qui se consument à la rentrée atmosphérique, ou aux tuiles thermiques utilisées sur la navette spatiale et Starship, cette approche vise à augmenter la surface de freinage très haut dans l’atmosphère. Le véhicule décélère plus tôt, chauffe moins, subit moins de contraintes, et peut théoriquement ramener des formes plus variées qu’une capsule traditionnelle.

C’est là que son profil devient intéressant. Klaus connaît la rentrée atmosphérique par sa formation, les systèmes de parachutes par son expérience technique et sa licence de pilote, et les contraintes de mission par son passé militaire. Il parle du spatial avec le vocabulaire d’un logisticien : cadence, orbite, charge utile, récupération, réglementation, licence de rentrée, coût par kilogramme, réutilisation du véhicule. Son ambition est de faire pour le retour spatial ce que SpaceX a fait pour l’accès à l’orbite en rideshare.

Le premier vol orbital d’Atmos, réalisé depuis le Kennedy Space Center sur une mission Falcon 9 Bandwagon 3, marque une étape importante. Le véhicule Fenix 1 a atteint l’orbite basse, transmis des données de télémétrie et opéré avec des charges utiles clientes à bord. La prochaine étape, Fenix 2, doit être plus complète : propulsion propre, séjour orbital de deux à quatre semaines, environ 100 kg de capacité payload, énergie solaire embarquée et tentative de retour vers les Açores. À moyen terme, Atmos vise une montée en cadence : deux vols l’an prochain, puis une fréquence trimestrielle, avant de tendre vers des missions mensuelles.

La dimension défense tech est l’autre face de son portrait, la guerre en Ukraine a changé la perception européenne du spatial militaire. Là où, il y a cinq ans, les États-Unis semblaient seuls capables de soutenir des usages militaires de logistique orbitale, il estime désormais que l’Allemagne, la France et d’autres pays européens constituent un marché stratégique. Sa formule est que le “high ground” de demain ne sera plus seulement aérien, mais spatial. Dans cette vision, des dépôts orbitaux pourraient permettre d’atteindre n’importe quel point du globe en 60 à 90 minutes. C’est une lecture très militaire de l’espace, mais aussi très contemporaine : drones, IA, hypersonique, logistique distribuée, supériorité informationnelle et capacité de projection.

Son intérêt pour la biomédecine spatiale apporte cependant un contrepoint, il insiste aussi sur les usages civils : organoïdes, impression 3D de tissus humains, recherche contre le cancer, vieillissement cellulaire, matériaux avancés, fibres optiques ZBLAN, semi-conducteurs. Dans sa lecture, la microgravité peut devenir un environnement industriel, à condition que l’on sache récupérer rapidement, proprement et à coût acceptable ce qui y est produit ou testé.

Pourquoi Sebastian Klaus mérite-t-il d’être suivi? Non parce qu’il promet une nouvelle fusée ou une nouvelle station spatiale, mais parce qu’il travaille sur une brique moins spectaculaire et néanmoins tout autant structurante : le retour. D’autant que son profil cristallise plusieurs tendances du New Space européen : la militarisation assumée de l’orbite, la recherche de souveraineté technologique, l’industrialisation de la microgravité, et le passage d’un spatial d’exploration à un spatial d’infrastructure. C’est moins une figure de rêveur qu’un opérateur, et c’est précisément ce qui le rend intéressant.

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