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Lannion: en Bretagne, 60 ans de technologie ébranlés par un plan social chez Nokia

AFP

Aux portes de Lannion, un énorme radôme blanc symbolise depuis 60 ans le rôle précurseur et toujours actuel de la ville bretonne en matière de télécommunications, une vocation ébranlée par la décision de Nokia d’y supprimer plus de 400 emplois de chercheurs et ingénieurs. C’est du radôme, construit à Pleumeur-Bodou, une commune en périphérie de Lannion où était établi le CNET (Centre national d’études des télécommunications), qu’ont été observées, en 1962, les premières images de télévision en direct par satellite depuis les États-Unis. C’est à Lannion qu’ont été mis au point les écrans plats, mais aussi en partie le Minitel, rappelle Pierre Lavanant, embauché en 1967 chez SLE/CIT, l’ancêtre de Nokia, où il a fait toute sa carrière comme ingénieur.

Aujourd’hui, à Lannion, dans cette « Silicon Valley » à la bretonne, les équipes de recherche de Nokia sont toujours à la pointe, travaillant sur la 5G ou la cybersécurité. Ici la population a plus que doublé depuis les années 1960, et s’est développé autour des télécommunications tout un écosystème de haute technologie, inattendu en pleine région rurale, à quelques pas de la touristique côte de granit rose. Si l’on en croit l’agence de développement économique du territoire, Anticipa, Lannion est « la ville en France où le taux de création de startup par habitant est le plus élevé de France ».

A côté de grands groupes comme Orange et ERICSSON et de nombreuses PME, on y trouve également plusieurs laboratoires de recherche publiques aux thématiques pointues. « C’est un niveau de compétences de classe mondiale, un concentré de haute technologie », confirme Christophe Milon, fondateur et président d’EcoCompteur, une PME basée à Lannion, leader mondial dans son secteur. Lui qui fabrique des systèmes de comptage de piétons ou de cyclistes, des données indispensables aux ingénieurs chargés de concevoir les villes de demain, montre une carte-mère utilisée dans ses produits: « Le plastique est injecté à 10 km d’ici, la carte électronique est fabriquée de l’autre coté de la rue, et tout l’assemblage va être ici ». « C’est conçu à Lannion, c’est fabriqué à Lannion, et ça part dans 54 pays ». « Un écosystème local, c’est fondamental », assure-t-il. « Là, produire local, c’est un avantage énorme. S’il fallait aller expliquer ça aux Chinois…».

« Le Covid a réduit les distances »

Un écosystème dynamique ébranlé par la décision de Nokia: le groupe finlandais, qui avait repris ce site à Alcatel-Lucent, en est à son quatrième plan social en quatre ans. Et frappe cette fois la recherche et développement du site breton. Nokia prévoit 1 233 suppressions d’emplois en France, parmi lesquelles plus de la moitié des 772 postes du site de Lannion, ce qui, selon les syndicats, mènera inexorablement à sa fermeture. « Quatre cents emplois, c’est 10% des effectifs des 130 entreprises du territoire travaillant dans le domaine du numérique et de la photonique », résume Alain Le Bouffant, président d’Anticipa. « Il va y avoir quelques dizaines d’emplois sur le territoire qui vont correspondre aux profils disponibles, mais pas 400. Donc, le but c’est vraiment de faire venir ici des entreprises qui auraient besoin de ces compétences », explique-t-il.

Pierre Lavanant rappelle que la sous-préfecture des Côtes-d’Armor est devenue ce qu’elle est « par la volonté de l’État qui menait à l’époque une politique d’aménagement du territoire ». Et de déplorer qu’aujourd’hui « la France n’a plus de politique industrielle ». Christophe Milon est plus optimiste, notamment au regard du retour d’expérience du télétravail pendant le confinement, car « on a vu que plein de choses ont continué, voire ont mieux fonctionné. Le Covid a réduit les distances ». Or « dans des entreprises de niveau mondial, on a besoin d’équipes stables et on recherche des talents partout dans le monde ». « Il y a des entreprises qui regardent ce qu’il se passe ici en ce moment », assure-t-il, et, de Lannion, des équipes de chercheurs peuvent être rapidement disponibles pour un employeur, partout dans le monde. Et Christophe Milon, revenu à Lannion, à deux pas de la mer, après dix ans à Paris, de souligner: « Il y a un moment où Paris Plage, c’est un peu limité ! ».

La rédaction

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