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60 millions d’euros pour l’IA de NABOO, qui s’attaque aux dépenses de classe C

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Longtemps cantonnée à l’image d’une plateforme d’événementiel, Naboo revendique désormais un positionnement beaucoup plus large. À l’occasion de l’annonce de sa série B de soixante millions d’euros, son CEO, Maxime Eduardo, assume un changement de focale et faire de l’événement un point d’entrée vers une plateforme de pilotage des achats indirects, là où la dépense échappe encore largement aux outils financiers traditionnels.

Déplacements, séminaires, prestataires, achats fractionnés : ces dépenses dites de « classe C », sont nombreuses, dispersées dans l’organisation, et représentent un terrain historiquement peu structuré. « C’est un important sujet qui mélange à la fois paiement, compliance et finance », résume Maxime Eduardo, auquel Naboo entend s’y attaquer et utiliser l’IA comme un moteur d’exécution.

Une centrale d’achat plutôt qu’un outil événementiel

Dans les grandes organisations, la catégorie événementielle concentre en effet plusieurs tensions. Les équipes opérationnelles recherchent une diversité maximale de fournisseurs pour organiser leurs événements, tandis que les directions achats et finance cherchent à en réduire le nombre pour limiter les coûts de gestion et renforcer la conformité. « Il y en a qui veulent moins de fournisseurs, d’autres qui en veulent plus, et nous on arrive pour faire le point entre les deux », résume Maxime Eduardo.

Le modèle proposé repose sur un principe simple : un fournisseur unique côté procurement, Naboo, et une multitude de fournisseurs de rang 2 côté opérationnel.

Reprendre le contrôle avant de réduire les coûts

Avant toute politique d’économies, encore faut-il savoir ce que l’on dépense. Or, l’événementiel est souvent éclaté entre plusieurs budgets, parfois noyé dans les notes de frais, parfois rattaché aux RH, au marketing ou à la communication. « Personne ne sait trop combien on dépense au sein d’un grand groupe en événementiel », constate le CEO.

La première valeur apportée par Naboo est donc la visibilité, avec une vision consolidée, internationale, connectée aux ERP et aux outils de procurement existants, qui permet d’établir une base de référence. « C’est seulement une fois que vous avez vraiment compris ce que vous dépensez que vous allez pouvoir mettre en place une vraie politique », souligne-t-il.

Cette logique se traduit par des workflows de validation paramétrables, déclenchés non seulement par des seuils financiers, mais aussi par des écarts à la politique interne. « Ce qui déclenche le plus de workflows de validation, c’est quand vous sortez du cadre », précise Maxime Eduardo. Dépassement d’un plafond par participant, non-conformité à une règle groupe, le contrôle doit s’opérer en temps réel, sans bloquer inutilement l’opérationnel.

L’IA au cœur du sourcing, du contracting et de l’exécution

Dans un grand groupe, une seule entité peut organiser plusieurs milliers d’événements par an. « Un acheteur ne peut pas s’impliquer sur mille événements dans l’année pour des dépenses qui vont de deux cents à deux cent mille euros », rappelle le dirigeant. L’IA permet ici d’automatiser la sélection des prestataires les plus adaptés à partir de briefs complexes, intégrant de multiples critères.

Deuxième brique : le contracting. Analyse des devis, gestion de la TVA, lecture des conditions générales de vente, détection des clauses non conformes aux politiques achats. « Vous mettez un humain, ça prend des heures. Vous mettez une IA sur la partie analyse du contracting, c’est beaucoup plus rapide », explique Maxime Eduardo. L’objectif n’est pas de supprimer l’intervention humaine, mais de concentrer celle-ci là où elle crée réellement de la valeur.

Enfin, Naboo pousse plus loin avec le déploiement d’agents IA capables de simuler le travail d’un conseiller. L’ambition est de proposer une expérience proche des plateformes de réservation grand public, tout en intégrant la complexité propre à l’événementiel. « Vous avez l’impression de parler à un conseiller par un chat, mais en fait ce sont différents agents IA qui vont faire votre sourcing et organiser votre réservation », décrit-il.

Une tour de contrôle pour la finance

Côté directions financières, Naboo met en avant une capacité d’audit complète. Accès aux historiques, ventilation analytique, mesure des économies négociées, traçabilité des décisions : la plateforme se présente comme une « tour de contrôle » de la dépense événementielle, utilisable a posteriori pour les audits comme en pilotage courant.

Cette approche vise à repositionner l’événementiel comme une catégorie gérable, comparable aux politiques travel.

Un modèle économique assumé de plateforme

Contrairement à de nombreux acteurs du logiciel B2B, Naboo ne revendique pas un modèle SaaS classique. « La solution est pour l’essentiel gratuite à nos clients », explique son dirigeant. Pas de licence d’utilisation, mais une rémunération principalement issue des commissions versées par les fournisseurs, à hauteur d’environ quinze pour cent du volume de transactions.

Une partie des revenus provient également de services additionnels facturés aux clients, notamment sur les briques de contrôle avancé. Ce positionnement distingue Naboo de certains acteurs historiques du travel management, comme Amex ou BCD Travel, dont les frais de gestion sont jugés plus élevés. « On est beaucoup moins cher, notamment sur la partie client, grâce aux automatisations », affirme Maxime Eduardo.

Une trajectoire guidée par les investisseurs

Depuis ses débuts, Naboo a connu plusieurs phases structurantes. Un pré-seed de deux millions et demi d’euros, alors que le projet s’appelait encore WOM, puis un seed mené par ISAI, orienté vers le marché des grands comptes. Notion Capital a ensuite accompagné l’accélération sur le logiciel et l’international, avant que Lightspeed ne prenne la tête de la série B actuelle.

Maxime Eduardo insiste sur le rôle actif de ses investisseurs. ISAI a poussé le virage enterprise, Notion l’expansion internationale et l’IA, Lightspeed apporte aujourd’hui une expertise approfondie sur les enjeux liés aux modèles et à leur mise à l’échelle, notamment aux États-Unis.

Les États-Unis comme nouveau centre de gravité

L’Amérique du Nord s’impose désormais comme le principal moteur de croissance de Naboo. Ouvert initialement via Montréal, le marché américain affiche une dynamique commerciale bien plus rapide. « C’est ça qui a explosé notre croissance au dernier trimestre puisqu’on fait x3,5 sur le dernier quarter par rapport à l’année précédente », souligne le CEO.

Trois ambitions à deux ans

À horizon deux ans, Naboo se fixe trois objectifs structurants. Le premier est d’atteindre un milliard d’euros de volume d’achats pilotés. Le second est de proposer un logiciel massivement propulsé par l’IA, offrant une expérience plus autonome et plus instantanée. « Nous sommes une boîte service as a software, et non software as a service », résume Maxime Eduardo.

Enfin, l’ambition la plus stratégique consiste à dépasser l’événementiel pour adresser l’ensemble des achats de classe C. « Devenir un logiciel extrêmement stratégique pour les achats et les directions financières », capable de structurer des catégories jusqu’ici peu outillées.

Un tour de table structurant, un an après la série A

Fondée il y a trois ans, Naboo a jalonné son développement par une succession de tours de table alignés sur l’évolution de sa stratégie. La société démarre avec un pré-amorçage de deux millions et demi d’euros, levé auprès de CapHorn et de MAIF Avenir (devenue Ternel), destiné à poser les bases du produit et du modèle. En novembre 2023, Naboo réalise un tour seed de sept millions et demi d’euros, mené par ISAI, qui accompagne le recentrage vers les grands comptes et la structuration du go-to-market enterprise.

En février 2025, la société franchit une nouvelle étape avec une série A de vingt millions d’euros, conduite par Notion Capital, marquée par une accélération des investissements logiciels, le renforcement des briques d’intelligence artificielle et l’ouverture du marché nord-américain. Un an plus tard, Naboo annonce une série B de soixante millions d’euros, menée par Lightspeed Venture Partners, avec la participation de l’ensemble des investisseurs historiques. Ce nouveau financement vise à amplifier l’effort de R&D autour de l’IA et à consolider l’expansion internationale, en particulier aux États-Unis, désormais identifiés comme un axe de croissance prioritaire.

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