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Reprise à la barre : comment SOCRATE intègre SPINTANK et change d’échelle

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Quinze mois après sa création, le groupe Socrate change de dimension. L’agence fondée par Emmanuelle Charpentier a repris Spintank à la barre du tribunal de commerce. Une opération menée en quelques semaines, dans un contexte de contraction du marché des agences, et qui illustre les recompositions à l’œuvre dans le conseil éditorial et stratégique.

Socrate n’est pas une création ex nihilo. « Le groupe Socrate et l’agence Socrate a été créée il y a 15 mois, on est parti de la reprise de deux activités sur trois de ce qui était ETX Magellan, créé par Jérôme Doncieux.» Ainsi Emmanuelle Charpentier a repris « les activités production de contenu et les activités placement de talent » pour structurer deux entités : Socrate Média, dédiée aux éditeurs, et Socrate Communication, tournée vers les marques et institutions.

« On est issu de l’éditorial. Vraiment, notre marque de fabrique, c’est l’éditorial et le contenu. » Le positionnement repose sur ce qu’elle appelle « l’intelligence utile », conçue pour relier messages et audiences : « Délivrer le bon message au bon moment, à la bonne personne, sur le bon canal. »

Dans un marché fragmenté entre agences historiques à forte culture éditoriale et acteurs spécialisés en SEO à l’autre bout du spectre, Socrate revendique une position intermédiaire, nourrie d’un « ADN journalistique » et d’une approche sélective des prises de parole afin d’aider les marques à « trier ce qu’elles ont à dire ».

Un marché en contraction

La reprise de Spintank s’inscrit dans un contexte de tension économique. « Il y a une vraie contraction du marché. Les agences se regroupent. » Emmanuelle Charpentier évoque un mouvement de consolidation qui touche plusieurs acteurs du secteur. Cette recomposition réunit « Soit des gens qui ont des compétences complémentaires, soit des gens qui ont des positionnements similaires et qui seront plus forts ensemble. »

Dans le cas de Spintank, le rapprochement repose sur une proximité de vision. « Le positionnement de Socrate et le positionnement de Spintank est similaire dans la rationalité des contenus, dans l’accompagnement de l’intelligence qu’on met dans les messages pour faire accoucher les marques ou les institutions de la manière dont elles accompagnent les transformations qui sont en train de se jouer dans la société. » Et ce qu’on veut, c’est vraiment que les marques fassent ressortir leur singularité. »

Un portefeuille déjà structuré

Avant la reprise, Socrate travaillait déjà avec un éventail large de clients comme ADP, Inria. Côté médias, « on travaille avec tous les éditeurs de la place de Paris » Le Figaro, Reworld Media, La Tribune. Côté institutions et entreprises, l’agence accompagne notamment le Sénat « on a une équipe de six personnes au sein du Sénat qui font tous les contenus des réseaux sociaux » ainsi qu’Orange sur des prises de parole liées à l’innovation et à la RSE.

Le dénominateur commun reste l’analyse fine des audiences : « Le dénominateur commun, c’est vraiment la connaissance des audiences. » L’agence va « jusqu’à faire des personas » afin d’adapter précisément les messages aux habitudes de consommation.

Une opportunité plus qu’une stratégie préméditée

La reprise de Spintank n’était pas du tout planifiée. « Le point de départ, c’est un déjeuner avec un autre patron d’agence qui m’a dit : t’as vu, Spintank est au tribunal, est-ce que tu ne veux pas te positionner parce qu’il est vraiment pour toi ? » L’information tombe une semaine avant le dépôt du dossier. « On a passé une semaine avec Gaëlle Bourguignon à monter le dossier. », « ça n’aurait pas été Spintank, on n’y serait pas allé »

Dans les coulisses d’une reprise à la barre

L’opération se déroule dans le cadre d’une procédure collective. Quatre agences se positionnent. Socrate dépose une offre après analyse de la data room, accompagnée par son actionnaire Haber dassault Finances et ses conseils.

« On a accès à plein d’infos. Et c’est un peu comme si on avait le dossier médical de quelqu’un. » Chiffres d’affaires par client, évolution du portefeuille, masse salariale, historique des équipes : « On a vraiment entre les mains la vie d’une boîte. »

L’arbitrage ne porte pas seulement sur le prix. « L’administrateur judiciaire regarde le nombre de postes qu’on reprend, le prix d’achat, et la solidité financière de la société qui reprend. »

Socrate choisit de reprendre 17 personnes sur 33. « On décide des profils, pas des gens. » Les critères reposent sur les contrats signés et les perspectives d’activité pour 2026 et au-delà.

Devant le tribunal, l’exercice est très formel au sein du tribunal de commerce, « On est devant 15 personnes… On a 15 minutes pour défendre son dossier. » Les conseils recommandent « d’être plutôt sincères » et « de garder les pieds sur terre », de fait l’agence renonce à la surenchère : « On a essayé de rester raisonnable et pragmatique, parce que l’enjeu, c’est que ce soit pérenne comme organisation. »

Une dimension humaine assumée

La reprise implique bien entendu des choix difficiles. « C’est toujours un crève-cœur de ne pas pouvoir reprendre tout le monde. » L’objectif affiché est de préserver des collectifs cohérents : « On a fait le choix de ne pas reprendre des services entiers pour ne pas casser des équipes. » Côté Socrate, les équipes ont été informées dès le dépôt de la première offre. « On a construit ensemble le nouvel organigramme. »

L’intégration se veut progressive. Les équipes de Spintank rejoindront les locaux de Socrate, avec un plan d’onboarding, des travaux ont même été diligentés pour les accueillir lundi prochain.

Changement d’échelle

Cette reprise va modifier significativement la structure du groupe. Elle renforce la branche Socrate Communication et élargit la capacité d’intervention en conseil et production. « Aujourd’hui, on est sereins sur l’intégration de Spintank. Ça nous rend plus forts. » Emmanuelle Charpentier évoque une « force de frappe en consulting, en production et en diffusion de contenu » accrue.

Dans un marché sous tension, cette opération illustre consolidation plus par affinité stratégique que par opportunisme financier. Une agence née d’une reprise en réalise une autre, moins de deux ans plus tard, dans un environnement où la solidité opérationnelle devient un argument décisif face aux clients.

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