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Des start-up à Normale Sup, le choc des cultures?

Pour la première fois, l’École normale supérieure de la rue d’Ulm a récompensé des entrepreneurs. Huit start-up créées par d’anciens élèves de l’ENS ont été sélectionnées aux tous premiers « Prix des start-up normaliennes » qui ont eu lieu début octobre à Paris. Le lauréat de cette première édition est Fresh Square, une solution pour jardiner chez soi. Il remporte le Grand Prix du Jury. Le Prix du public et le Prix «de la wild code school» ont été remis au projet en levée de fonds «Les p’tits illuminés», une box scientifique pour les enfants, à recevoir chez soi.

Les huit finalistes ont présenté leur projet d’entreprise en vingt diapositives et en six minutes. Le jury était présidé par Frédéric Mazzella (BlaBlaCar) et composé d’entrepreneurs tels David Bessis (Tiny Clues), Deborah Elalouf (Tralalère), Philippe Roy (Cap Digital), ou Catherine Hartog (Convilial). Le parrain du concours était Marc Mézard, directeur de l’ENS.

Au-delà de cet évènement, Frenchweb s’est intéressé au mélange original entre l’univers entrepreneurial et une institution telle que l’ENS. Une percée des start-up dans la tradition qu’explique David Meulemans, membre du conseil d’administration du Club des Normaliens dans l’Entreprise et organisateur du Prix des start-up normaliennes. Il est aussi président de DraftQuest.

 

Frenchweb : La rencontre entre le monde des start-up et l’ENS est-elle naturelle et logique?

David MeulemansDavid Meulemans, membre du conseil d’administration du Club des Normaliens dans l’Entreprise: Les élèves de l’ENS sont comme Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir : ils font des start-up sans le savoir. Très autonomes, formés à la recherche, ils sont très bien placés pour imaginer des solutions innovantes. En outre, initialement formés pour servir l’Etat, ils conservent, même quand ils rejoignent le secteur privé, un certain sens de l’intérêt général. Si bien que les projets qui nous ont été soumis se sont révélés, à la fois imaginatifs, et tournés vers la satisfaction de besoins réels et collectifs – ce qui est un atout pour une startup ! La principale difficulté a consisté à donner confiance en eux, à ces candidats, qui se perçoivent très éloignés du monde de startups alors que, finalement, par un biais original, ils en sont proches, du moins dans l’esprit. Après tout, les grandes révolutions industrielles ont toujours eu lieu dans des villes qui unissaient un solide environnement de recherche et un fort tissu économique – il suffit de penser à Édimbourg, au 18ème siècle. Il y a beaucoup en commun entre la psychologie du chercheur et celui de l’entrepreneur.

Qu’avez-vous observé auprès des profils ENS en matière de créativité, de business, ou de management ?

David Meulemans : Sur la créativité, les porteurs de projets sont très créatifs. Disons que leur formation initiale et le passage par l’ENS leur donnent la confiance en soi nécessaire pour écouter sans suivre, imaginer sans délirer non plus. Côté business, ils ont des lacunes apparentes, et, en même temps, on voit qu’ils ont une capacité à apprendre très vite, que ce soit d’un point de vue théorique, ou d’un point de vue pratique. Cela donne confiance. Par contre, sur le management, c’est le point qu’il est difficile d’évaluer car les projets que nous avons sélectionné sont très « early stage » pour la plupart – donc, avec des équipes réduites. Il est donc encore un peu tôt pour parler de capacité de management. Cela étant, certains porteurs de projets profitent, en quelque sorte, de ce qu’ils ont appris en termes de clarté, de pédagogie, de rhétorique, et sont capables d’enthousiasmer des petites équipes qui les suivent. Là aussi, c’est encourageant.

Plaidez-vous pour nouveau modèle d’enseignement dans les institutions telle l’ENS mais aussi l’ENA..? 

David Meulemans : Le Club des Normaliens dans l’Entreprise n’a pas pour mission d’intervenir, de près ou de loin, dans ce que fait l’ENS. Ce n’est pas du tout notre mission, ni notre désir. D’ailleurs, il faut noter que l’enseignement actuel de l’ENS, avec ses séminaires, sa relative liberté laissée aux élèves, permet sans doute mieux que d’autres écoles l’émergence de pensées et de projets originaux. En outre, cette école, avec ses exigences initiales très fortes, forme des gens avec une culture générale et scientifique très solide – ce qui reste un très bel appui pour entreprendre – que ce goût d’entreprendre vienne s’incarner dans le secteur privé ou le secteur public.

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Jeanne Dussueil

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