Amérique du nord

François Hollande à San Francisco: « J’aimerais lui montrer Heavybit, un incubateur pour les développeurs »

Qu’attendent les french-entrepreneurs de la visite de François Hollande à San Francisco ? Aujourd’hui, interview de Benjamin Mestrallet, co-fondateur d’eXO Patform, une solution de collaboration sociale pour entreprises, qui a eu pour premier client… le Département de la Défense américaine, et de Miguel Valdès-Faura, CEO de BonitaSoft, un éditeur qui optimise les processus métiers en open source (BPM), basé à San Francisco, Grenoble et à Paris. 

BMestrallet

Les Français partent car il n’y a pas assez d’offre d’emplois en France dans le numérique

FW: Quelle doit être la vision de l’innovation d’un Président ?

Sur les 10 marques les plus reconnues au monde en 2013 (source: Interbrand), six sont des sociétés innovantes du numérique, aucune société européenne n’en fait partie. En fait, il n’y a en France qu’un seul éditeur de logiciel réalisant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaire. La France et l’Europe en général doivent bien comprendre l’importance de la création de champions nationaux pour relancer la croissance mais aussi pour défendre leur souveraineté nationale. Les entrepreneurs ne peuvent pas réussir seuls et d’importants moyens doivent être mis en place pour rattraper le retard. Cela doit être une priorité du Chef de l’Etat.

FW: Comment réconcilier les entrepreneurs français avec leur pays ?

Je ne pense pas que les entrepreneurs français soient réellement en froid avec leur pays. La plupart d’entre nous ont reçu une éducation publique gratuite de qualité qui font qu’aujourd’hui nous pouvons entreprendre et être compétitif. Nous sommes fiers d’être Français. Malheureusement beaucoup d’entre nous sont partis car le marché, la distribution et les liquidités sont en dehors de France. C’est un fait, cependant je reste optimiste et pense que rien n’est définitif.

FW: Que dire de l’exil des Français ..?

Les Français partent car il n’y a pas assez d’offre d’emplois en France dans le numérique. Il en est de même des sociétés françaises qui doivent s’implanter dans la Silicon Valley pour trouver des relais de croissance. La vie est agréable ici mais tout n’est pas si simple. Si les conditions étaient plus favorable en Europe beaucoup d’entre nous seraient restés. Encore une fois, le retard est important mais rien n’est définitif.

FW: Si tu avais un lieu à montrer à François Hollande, ce serait lequel ?

L’incubateur Heavybit à San Francisco: un endroit pour les développeurs qui créent des produits pour les développeurs. Il est important de plus valoriser les créateurs de valeur en France, et, dans une économie numérique, les développeurs et éditeurs de logiciels sont ceux qui créent cette valeur.

FW: Si tu avais un mythe à faire tomber sur la Silicon Valley, ce serait quoi ?

L’écosystème favorise l’entrepreneuriat mais finalement peu de projets sont financés. C’est un nouveau Far West … Ah… et le vin californien est de très bonne qualité même s’il est cher!

FW: Un message personnel ?

J’aimerais bien que le Président fasse un peu de lobbying pour autoriser la vente de foie gras en Californie …

Miguel Valdes Faura - fond rouge

La France est un « paradis pour l’innovation » en Europe !

FW: Quelle doit être la vision de l’innovation d’un Président ?

L’innovation est le moteur de la croissance de demain. Il faut donc penser à moyen et long terme pour renforcer un écosystème favorable à la création de nouvelles idées, de solutions et technologies innovantes et différenciatrices pour rester compétitif et surtout pour pouvoir être « leader » plutôt que « suiveur » dans un contexte international extrêmement compétitif. Cela passe aussi par le rôle de l’innovation dans l’éducation, la recherche, le transfert de technologies vers l’industrie, la création d’entreprises innovantes avec une ambition internationale et la transformation des PME en leaders mondiaux (et pas seulement français ou européens) dans leur secteur.

FW: Comment réconcilier les entrepreneurs français avec leur pays ?

Les entrepreneurs français et les start-ups françaises ont besoin de se sentir aimés et reconnus dans leur pays (comme c’est le cas par exemple ici aux États-Unis).

La perception des entrepreneurs en France est en train de changer mais on voit encore des mauvaises perceptions. Patron = Entrepreneur. Les entrepreneurs d’aujourd’hui sont des personnes avec des origines et des provenances de classes sociales très variées, qui prennent des risques, qui essayent de s’entourer des meilleurs talents, qui donnent également des opportunités et qui dynamisent l’économie.

N’étant pas Français [d’origine], je peux donner ma vision du profil d’entrepreneur type aujourd’hui en France : des jeunes passionnés et talentueux qui voient grand des le départ, qui n’ont pas peur de prendre des risques ni de changer les règles établies dans leur marchés, et qui arrivent à attirer des investisseurs français et internationaux pour créer des emplois en France et à l’international.

FW: Que dire de l’exil des Français… ?

Je trouve que le mot « exil » est aujourd’hui mal utilisé des qu’il est associé par exemple aux départs d’entrepreneurs français à l’étranger. Les entrepreneurs français qui arrivent par exemple aux USA jouent un rôle essentiel sur l’image de la France à l’international et permettent le développement d’entreprises nées à l’hexagone, ce qui bénéficie à l’économie française. C’est encore plus dommageable quand en plus on associe ces départs à la volonté de payer moins d’impôts qu’en France. Dans le cas des États-Unis, par exemple, les impôts sur les revenus sont encore plus importants qu’en France pour des « services » bien moindres : pas de sécurité sociale, pas d’assurance chômage…

FW: Si tu avais un lieu à montrer à François Hollande, ce serait lequel ?

Je lui montrerais le quartier de SOMA à San Francisco, où ces dernières années se sont développés un très grand nombre d’entreprises, comme Twitter par exemple, et ou on peut ressentir cette attitude positive californienne et cette sensation de pouvoir créer ou participer à l’émergence ou le développement de la « next big thing »!

FW: Si tu avais un mythe à faire tomber sur la Silicon Valley, ce serait quoi ?

Qu’on n’ y mange pas bien :-) Plus sérieusement, on a parfois l’impression que dans la Silicon Valley, l’argent coule a flot et que la plupart des projets de création d’entreprise peuvent être financés ici. Mais dès qu’il s’agit des nouvelles technologies, la concentration des talents, des projets et d’investissement est tellement importante dans la « Vallée » que la compétition est plus féroce. C’est d’ailleurs cela qui rend l’aventure encore plus excitante pour une entreprise étrangère, le fait de pouvoir se mesurer et de challenger les meilleurs.

FW: Un message personnel ?

En tant qu’Espagnol qui a vécu la création d’une entreprise en France qui se développe fortement à l’international, je voudrais rappeler que la France est un « paradis pour l’innovation » en Europe. L’écosystème d’universités, centres de recherche, incubateurs d’entreprises, d’investisseurs, des cadres, d’entrepreneurs, d’aides à la création et développement d’entreprises sont en place et favorisent l’innovation et la création d’emplois de qualité. Cet écosystème reste néanmoins fragile, surtout en temps de crise économique ou parfois on cherche à faire des économies court terme ou a prendre des décisions qui peuvent impacter la compétitivité future. La France doit être ambitieuse et investir pour renforcer cet écosystème privilégié.

Episode 1 : Lire les interviews de Michael Amar (Ifeelgoods) et Jeff Clavier (SoftTechVC)

Amar_Clavier

 

 

 

 

 

Episode 2: Interviews de Jonathan Benassaya ( StreamNation) et Guillaume Decugis (Scoopit)

Benassaya_Decugis

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Marion Moreau

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2 commentaires

  1. Jhersco frenchweb LaFrenchTech yes j’ai lu certains volets, je dois finir ! Very good indeed poke rMen

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