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Télécoms: en Europe, le serpent de mer d’une consolidation transnationale

AFP

Les récentes rumeurs d’un possible rapprochement entre les opérateurs historiques Deutsche Telekom et Orange ont remis sur le devant de la scène une question lancinante du marché des télécoms européens: une consolidation transfrontalière va-t-elle enfin se réaliser? Pour nombre d’observateurs, la question est simple: là où trois ou quatre opérateurs se partagent le marché télécoms en Chine ou aux Etats-Unis, ils sont plus d’une centaine à livrer bataille dans les 28 pays de l’Union européenne. Une cause de faiblesse structurelle du secteur pour les défenseurs d’une consolidation à l’échelle européenne.

Pourtant, dans la réalité, peu de tentatives ont pris forme, même si certains opérateurs, Vodafone, Telefonica ou encore Orange, ont réussi à s’implanter dans plusieurs pays du continent. Une notable exception ces dernières années: le rachat par Vodafone des actifs de l’américain Liberty Global en Europe, validé durant l’été par la Commission européenne et qui permet au groupe britannique de renforcer sa position dans plusieurs pays, en Europe centrale et en Allemagne.

Détendre la concurrence

« C’est une opération entre un opérateur plutôt mobile et un autre plutôt fixe qui tentent ainsi de combiner leurs atouts de manière intelligente. Mais il n’y a plus beaucoup de possibilités de ce type en Europe aujourd’hui», souligne Thomas Coudry, analyste télécoms pour Bryan, Garnier and Co. Certes, au coup par coup, des acquisitions ont pu avoir lieu, à l’image de l’entrée d’Iliad (maison-mère de Free) au capital de l’Irlandais Eir en 2017 ou le rachat de Portugal Telecom par Altice en 2014.

« Il n’y a pas eu beaucoup de regroupements transfrontaliers, c’est avant tout ponctuel. Il est difficile de croire au rapprochement entre mastodontes car les gains sont totalement marginaux, du côté des services administratifs», estime ainsi Julien Miniconi, expert télécoms au sein du cabinet Wavestone. C’est en réalité la difficulté principale.

Là où une consolidation nationale permet de détendre la concurrence et donc d’augmenter les prix, de faire des économies sur les réseaux ou l’acquisition de fréquences, une consolidation transfrontalière permet au mieux de créer de meilleurs conditions de négociations avec les fournisseurs. Or, bien souvent, les opérateurs ont d’ores et déjà mis en place des structures d’achat en commun, permettant de commander en plus gros volumes auprès des équipementiers par exemple.

Un rapprochement réglementaire nécessaire

En réaction aux rumeurs venues d’Allemagne, le syndicat CFC-CGC d’Orange mercredi ne disait pas autre chose. « Les synergies entre Orange et Deutsche Telekom sont déjà réalisées à travers de leur filiale commune d’achats. Compte tenu des réglementations pays par pays, il n’y a pas d’autres synergies possibles dans le secteur des télécoms», a expliqué le syndicat dans son communiqué. « Une des raisons pour lesquelles il n’y a pas beaucoup de possibilités de synergie est que les pays restent très indépendants sur énormément de sujets liés aux télécoms, la réglementation, la gestion des fréquences ou des équipementiers. Pour créer les conditions, il faudrait qu’il y ait déjà une synergie réglementaire et politique», détaille Thomas Coudry.

Or, tant l’attribution des fréquences pour la technologie 5G que la gestion des interrogations autour de l’équipementier chinois Huawei le démontrent: dans les télécoms comme sur beaucoup d’autres sujets, les Etats européens continuent d’avancer en ordre dispersé. Et la logique concurrentielle au niveau européen, qui favorise avant tout le consommateur en tirant les prix vers le bas, n’incite pas non les opérateurs à vouloir s’étendre.

« Les opérations de rapprochement pour acquérir des parts de marchés avec des ARPU (revenu moyen par abonné, NDLR) qui stagnent n’a plus beaucoup de sens. Aujourd’hui, un peu partout la logique est dans l’abaissement des coûts structurels et une amélioration des marges», rappelle Julien Miniconi.

Comme dans d’autres secteurs d’activité, c’est un changement de doctrine concurrentielle au niveau européen qui pourrait aujourd’hui rebattre les cartes. « Il faudrait une volonté de favoriser les grands groupes pour les inscrire dans une concurrence internationale, ça demande un changement de pied d’un point de vue concurrentiel et intégrer les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon, NDLR) dans le panorama concurrentiel», insiste Thomas Coudry.

La rédaction

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