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Comment la conduite autonome va sauver des millions de vies

Avec l'AFP

L’accident mortel impliquant une voiture autonome d’Uber lors d’un test au printemps avait suscité une émotion mondiale, conduisant l’entreprise à mieux encadrer ses essais, mais la technologie promet un bond en avant, justement en matière de sécurité, selon les experts.

La voiture autonome reste une priorité des constructeurs comme en témoignent plusieurs prototypes annoncés la semaine prochaine au Mondial de l’Auto à Paris, notamment chez PSA, avec le Peugeot e-Legend Concept, qui revisite le style de la célèbre 504 Coupé, et Renault avec un concept de robot-véhicule haut de gamme. «La voiture autonome va permettre de sauver un million de vies par an», déclarait en juin le PDG de Renault Carlos Ghosn. Cette vision n’est pas utopique.

Les accidents de la route,
première cause de décès chez les 15-29 ans

«Plus de 90% des accidents sont liés à une erreur humaine. Donc, si on automatise les fonctions de conduite, on peut espérer diviser leur nombre par dix», soutient Guillaume Devauchelle, directeur de l’innovation de l’équipementier français Valeo, interrogé par l’AFP. Les accidents de la route provoquent plus de 1,2 million de décès par an dans le monde et sont la première cause de décès des jeunes de 15 à 29 ans, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’automatisation complète de la conduite est encore un horizon lointain. Mais, entre-temps, les systèmes d’automatisation partielle ou systèmes avancés d’aide à la conduite, qui exploitent déjà les nombreux capteurs installés sur les véhicules, «vont diminuer drastiquement le nombre d’accidents», prédit Guillaume Devauchelle. Il cite en exemple les caméras frontales, d’abord réservées au haut de gamme mais en passe de se généraliser en Europe. Associées au freinage d’urgence, elles protègent les piétons, cyclistes ou motards, d’une inattention du conducteur. Ces usagers «vulnérables» représentent près d’une victime de la route sur deux, selon l’OMS. Les capteurs, «qui sont les yeux et les oreilles de la machine» vont permettre de «prendre beaucoup moins de mauvaises décisions que l’homme, parce qu’ils ne s’endorment pas…», poursuit Guillaume Devauchelle.

Vers une baisse des accidents urbains

Le groupe BMW a annoncé en septembre avoir développé avec le réassureur Swiss Re un algorithme permettant de tenir compte des systèmes d’aide à la conduite pour faire baisser les primes d’assurance. «Nos clients auront un double bénéfice : une sécurité accrue et une possible réduction du prix de leur assurance», affirme à l’AFP Thomas Wittig, directeur des services financiers du constructeur allemand.

François Nédey, membre du comité exécutif d’Allianz France, estime aussi que la diffusion de ces équipements va entraîner «une baisse significative» des accidents en ville. «Le freinage d’urgence, c’est forcément plus efficace qu’un conducteur en train de regarder son téléphone», explique cet expert à l’AFP. Selon lui, leur impact sera aussi très positif sur les autoroutes et les routes nationales bien balisées. Ainsi, le régulateur de vitesse adaptatif «maintient la voiture dans sa file et pilote la distance au véhicule qui précède», permettant de «lutter contre l’une des causes les plus fréquentes d’accidents sur autoroute qu’est l’endormissement».

De 16 000 tués sur les routes françaises en 1970
à 3 500 en 2017

François Nédey souligne que les progrès technologiques, parmi de multiples autres facteurs comme les politiques publiques, ont toujours contribué à améliorer la sécurité routière. Il cite la ceinture de sécurité, les airbags, les correcteurs électroniques de trajectoires (ESP), l’anti-blocage des roues (ABS) et l’amélioration de la structure des voitures grâce aux crash-tests. La France est ainsi passée de 16 000 tués sur les routes en 1970 à 3 500 l’an dernier, alors que le nombre de kilomètres parcourus a explosé.

Guillaume Crunelle, responsable automobile chez Deloitte, voit dans les fonctions de conduite autonome une «innovation de rupture». Selon lui, l’amélioration de la sécurité a consisté pendant longtemps à «rendre plus fiables les commandes du véhicule afin qu’une décision humaine ait un effet positif. Aujourd’hui, on passe du conducteur amélioré au conducteur remplacé.»

Chez Valeo, on estime que, même s’il n’est pas totalement remplacé, l’automobiliste se comporte mieux quand il est aidé par des systèmes automatisés. «Quand vous êtes dans une conduite fortement assistée, vous êtes plus serein, plus détendu, et vous avez moins envie de faire des manoeuvres dangereuses», souligne Guillaume Devauchelle, «ces dispositifs vont changer notre comportement».

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La rédaction

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