
Chute violente des cours de la tech: pourquoi la Bourse fait elle payer le “sticky software”?
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La séance de mardi a secoué les marché, mais à y regarder de plus près elle n’a rien d’irrationnel. En quelques heures, près de 300 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés sur les valeurs liées au software, à la data financière et aux services. L’onde de choc a touché aussi bien les éditeurs historiques que les fournisseurs de données, les plateformes de services et, par ricochet, les grands acteurs du private equity. Derrière cette correction synchronisée, la Bourse reprice un modèle économique qui a fait les choux gras de nombreux investisseurs, celui du sticky software.
Le logiciel, l’actif qui cochait toutes les cases
Durant la dernière décennie, le logiciel s’est imposé comme l’actif idéal, avec sa récurrence contractuelle, un faible churn, une intégration profonde dans les organisations. Tout concourait à en faire une valeur refuge de la croissance. Ainsi des groupes comme Hubspot ou Salesforce ont bâti leur valorisation sur cette promesse de prévisibilité. Le logiciel n’étant pas seulement un outil mais une infrastructure opérationnelle, difficile à remplacer, la récurrence justifiait les multiples, la complexité faisait office de moat, et l’inertie organisationnelle garantissait la rente. Une belle affaire que vient chahuter l’IA.
Quand l’IA rend le moat discutable
Si l’intelligence artificielle générative n’a pas remis en cause ce modèle du jour au lendemain, elle en a révélé les angles morts. La correction a d’abord frappé les acteurs les plus exposés à la structuration de l’information et des workflows, notamment dans le juridique et la data avec notamment Thomson Reuters, LegalZoom, London Stock Exchange Group. Non pas parce que leurs produits auraient soudainement perdu de leur utilité, mais parce que leur avantage exclusif paraît désormais contestable.
Une contagion qui dit tout du risque
La baisse ne s’est pas limitée aux legal tools et a gagné les solutions d’intermédiation, que ce soit dans les paiements (PayPal), le voyage (Expedia Group), l’analytics et la notation (Gartner, S&P Global, Moody’s, FactSet), et ce jusqu’à la publicité, avec Publicis, WPP ou Omnicom qui ont été lourdement impactés.
Ce que la Bourse fait réellement payer
Cette correction ne sanctionne pas une baisse d’activité en raison de l’IA, et aucune de ces sociétés n’observent d’augmentation des résiliations, ou baisse de leurs revenus, bien au contraire. Mais la Bourse a choisi de ne se projeter sur l’instant et d’ajuster significativement la trajectoire actuelle. Reste à savoir si elle va continuer, car ce que désormais les marchés intègrent dans leur raisonnement, c’est une dégradation progressive du pouvoir de rente. L’émergence d’agents capables d’orchestrer les usages par-dessus les outils existants introduit une nouvelle pression sur les prix, et surtout réduit la dépendance à l’interface logicielle elle-même.
Le capital privé en première ligne
La réaction des marchés frappe également les grands investisseurs qui ont massivement investi dans le software, à l’instar d’Ares Management, KKR, Blue Owl Capital, Apollo Global Management, Blackstone.
Le message est que si le logiciel ne disparaît pas, dans un monde où l’interface devient intelligente, et autonome, la valeur est désormais chez ceux qui détiennent des données réellement propriétaires, qui sont intégrés aux décisions critiques, ou qui parviennent à devenir eux-mêmes la couche d’orchestration.







