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Face au changement climatique, les assureurs misent sur la «géointelligence»

AFP

Sur l’écran, une carte interactive de la région lyonnaise. De longues taches jaunes et rouges y révèlent avec précision les zones menacées d’inondation, fruit du travail d’une équipe spécialement formée par l’assureur Generali pour répondre au changement climatique. Sur la même carte apparaît aussi un vaste archipel de petits points verts: ce sont les bâtiments couverts par l’assureur, explique à l’AFP Jean-Louis Charluteau, le directeur de cette jeune structure fondée en 2015. Confortablement installé dans d’élégants locaux à Saint-Denis, à deux pas du Stade de France, le « Generali Climate Lab » s’est fait une spécialité de cartographier les risques naturels qui pèsent sur le territoire français: inondations, tremblements de terre, submersions marines, sécheresse, tout y passe ou presque.

Le but étant d’être capable de géolocaliser au plus près possible et de manière automatisée les risques et les biens assurés par la compagnie: « d’ici quelques années, on pourra être capable d’évaluer le niveau de risque au bâtiment près», s’enthousiasme M. Charluteau. Une quinzaine d’experts y travaillent, issus d’horizons très divers et parfois éloignés de prime abord du monde de l’assurance: ici nul responsable commercial ou spécialiste de la tarification, mais des géographes, des experts en mégadonnées, des climatologues ou encore des ingénieurs hydrologues.

Partenariats multiples

En parallèle, l’équipe a noué de multiples partenariats de recherche et développement, ici avec l’Université Paul-Valéry Montpellier sur l’analyse des phénomènes de grêle, là avec le Centre Emile-Durkheim à Bordeaux sur la sociologie du risque ou encore avec le consortium Sobloo sur le géocodage. Leur objectif? Mettre à profit toute la puissance des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle et des données, pour développer des outils d’analyse et d’anticipation des risques, notamment en vue de mieux tarifer les contrats d’assurance.

Ces travaux doivent aussi permettre de fournir aux assurés des services de prévention et de protection plus efficaces, tels que des messages d’alertes personnalisés en fonction du lieu de résidence des personnes. « Lors des inondations qui ont frappé l’Aude à l’automne 2018, nous avons été capables de prévenir nos assurés quatre heures avant que ne soit diffusée l’alerte Météo France», se félicite Laurent Boissier, responsable de la mission climat au sein du Lab. Après le passage de l’ouragan Irma sur les Antilles françaises, en 2017, la compagnie a aussi été en mesure de dresser très rapidement une première estimation des dégâts, en croisant relevés satellites en temps réel et cartes intelligentes développées en interne.

D’autres assureurs travaillent dans la même direction. La Maif par exemple s’est dotée d’un dispositif de veille baptisé « Pégase » via un prestataire météo extérieur, afin de gérer les sinistres de masse comme les catastrophes naturelles et les événements climatiques de grande ampleur. De fait, en matière de risque climatique, les assureurs interrogés par l’AFP sont unanimes: les sinistres déclarés ces dernières années par les assurés révèlent une intensification de la fréquence et de la sévérité des phénomènes climatiques extrêmes.

« Nous anticipons déjà des changements très brutaux»

D’ici à 2100, deux tiers des Européens seront affectés par les catastrophes naturelles, notamment par des épisodes de fortes chaleurs, selon une étude relayée en 2017 par la revue spécialisée The Lancet Planetary Health. « Nous anticipons déjà des changements très brutaux», met en garde M. Boissier. Dans ce contexte, « notre mission, c’est de préparer nos clients et notre entreprise à la nécessaire adaptation au changement climatique», résume M. Charluteau.

Les catastrophes majeures restant rares, les assureurs redoutent surtout ce qu’ils appellent le « bruit de fond »: des phénomènes climatiques extrêmes de faible ampleur, mais dont la brutalité et la répétition à intervalles de plus en plus rapprochés conduisent à des dégâts très importants à la fin de l’année. « Quand on regarde 2018, on voit qu’on a eu un coût énorme des petits sinistres, avec par exemple une succession d’épisodes de sécheresse. Ça c’est quelque chose de nouveau», souligne M. Boissier.

Au total, 99% des communes de France ont déjà connu au moins un arrêté inondation depuis 1982, et sur la période 1989-2014 les catastrophes naturelles ont coûté sur le territoire français 27 milliards d’euros, selon des chiffres compilés par Generali.

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