DECODE VCIN THE LOOPTHE PROMPT

IA agentique : les investisseurs misent fort sur les plateformes d’agents

📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media

Pendant plus de vingt ans, la transformation numérique des entreprises s’est structurée autour d’un modèle relativement stable :  ERP pour la gestion financière, CRM pour la relation client, outils analytiques pour l’exploitation des données. Cette architecture logicielle, progressivement enrichie par le cloud et le SaaS, constitue aujourd’hui la colonne vertébrale informatique de la plupart des organisations.

L’émergence des agents d’intelligence artificielle stimule une nouvelle génération d’acteurs qui tentent de construire les plateformes capables d’orchestrer ces agents au cœur des systèmes d’information des entreprises. La promesse n’est plus seulement d’améliorer les logiciels existants, mais de permettre à des agents autonomes d’exécuter directement certaines tâches opérationnelles.

Du logiciel aux agents

L’intérêt croissant pour les agents IA tient à leur capacité à dépasser le rôle traditionnel d’assistant numérique. Contrairement aux premières applications d’intelligence artificielle générative, essentiellement conçues pour produire du contenu ou analyser des données, les agents sont capables d’interagir avec les systèmes informatiques de l’entreprise et d’agir sur ces systèmes.

Dans un environnement professionnel, ces agents peuvent répondre à des demandes clients, analyser des documents contractuels, coordonner des workflows internes ou automatiser certaines opérations administratives. Leur spécificité réside dans leur capacité à naviguer entre plusieurs applications, accéder à des bases de données internes et déclencher des actions dans les systèmes de l’entreprise.

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large autour de l’IA dite agentique, dans laquelle l’intelligence artificielle devient une couche opérationnelle capable d’exécuter des processus.

Le défi du passage à l’échelle

Malgré l’intérêt croissant pour ces technologies, la transition entre expérimentation et déploiement à grande échelle reste l’un des principaux défis pour les entreprises. Les prototypes se multiplient, mais leur intégration dans des infrastructures informatiques souvent complexes ou fragmentées ralentit leur diffusion.

Les plateformes d’agents cherchent précisément à répondre à cette difficulté. Leur rôle consiste à fournir une architecture capable d’orchestrer les agents, de superviser leurs performances et d’assurer leur fiabilité dans des environnements opérationnels exigeants.

Ces nouvelles plateformes deviennent une sorte de système d’exploitation pour agents, chargé d’orchestrer leur fonctionnement dans les processus quotidiens de l’entreprise.

Une architecture horizontale

Les plateformes d’agents se distinguent également par leur architecture horizontale. Plutôt que de proposer un outil spécialisé pour un seul métier, elles cherchent à construire une infrastructure commune capable d’accueillir différents types d’agents et de workflows.

Une fois cette architecture déployée dans une organisation, de nouveaux cas d’usage peuvent être activés progressivement : automatisation du support client, analyse documentaire, coordination d’opérations internes ou encore gestion de certains processus administratifs.

Cette logique cumulative constitue l’un des arguments avancés par les startups du secteur. Dans certains déploiements pilotes, les agents ont permis de réduire les temps de traitement de certaines opérations de près de 60 %, avec des taux d’automatisation dépassant 80 % dans certaines interactions.

Une course mondiale aux plateformes d’agents

Le marché des plateformes d’agents attire désormais des financements considérables, en particulier aux États-Unis, où plusieurs startups tentent de construire les infrastructures qui pourraient structurer la prochaine génération de logiciels d’entreprise.

La startup Cognition AI s’est par exemple fait connaître avec Devin, un agent présenté comme capable d’exécuter des tâches complètes de développement logiciel. L’entreprise a récemment levé 400 millions de dollars, atteignant une valorisation supérieure à 10 milliards de dollars.

Dans une logique proche, Adept AI Labs développe des agents capables d’interagir directement avec les interfaces des logiciels existants. Fondée par d’anciens chercheurs issus de Google et de OpenAI, la société a levé plus de 415 millions de dollars pour automatiser des workflows dans les applications professionnelles.

Autre acteur très surveillé, Sierra AI, fondée en 2023 par Bret Taylor, ancien dirigeant de Salesforce, développe des agents spécialisés dans la relation client. La société a levé plus de 685 millions de dollars, pour une valorisation estimée autour de 10 milliards de dollars.

À côté de ces entreprises très capitalisées, d’autres startups explorent des usages plus spécifiques des agents autonomes. La société TinyFish créée en 2024, développe par exemple des agents capables d’exécuter des tâches complexes sur internet, comme la collecte automatisée de données ou la surveillance de marchés en ligne. La startup a déjà levée plus de 40 millions de dollars.

Cette semaine, Wonderful, fondée par Bar Winkler et Roey Lalazar, annonce une levée de 129,8 millions d’euros en série B, valorisant la startup environ 1,7 milliard d’euros. Le tour de table est mené par Insight Partners avec la participation d’investisseurs déjà présents au capital, dont Index Ventures, IVP, Bessemer Venture Partners et Vine Ventures. Cette opération intervient après deux levées réalisées en 2025 : un tour de 29,4 millions d’euros en seed, suivi quelques mois plus tard d’une série A de 86,5 millions d’euros menée par Index Ventures.

Depuis sa sortie il y a moins d’un an, Wonderful s’est déployée dans plus de trente pays en Europe, au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et en Amérique latine. L’entreprise prévoit d’utiliser ce financement pour poursuivre le développement de sa plateforme d’agents et accélérer son expansion internationale, avec l’objectif d’augmenter ses effectifs d’environ 350 à près de 900 employés d’ici la fin de l’année.

La multiplication de ces investissements illustre la vitesse à laquelle ce segment se structure. Les startups spécialisées dans les agents IA ont levé plusieurs milliards de dollars ces dernières années, alors même que le marché reste encore émergent, autant d’argent qui n’irrigue plus les startups SaaS classiques, dont de nombreuses s’essoufflent faute de financement.

Bouton retour en haut de la page