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REVOLUT devient une vraie banque, ce que la licence britannique change vraiment

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Après quatre années d’attente et de négociations réglementaires, la fintech Revolut vient d’obtenir une licence bancaire complète au Royaume-Uni. L’autorisation a été accordée par la Prudential Regulation Authority, le superviseur bancaire de la Bank of England, mettant fin à une longue période d’incertitude pour l’entreprise fondée par Nik Storonsky.

Cette décision marque une transition structurelle pour Revolut, qui passe du statut de plateforme financière à celui de banque pleinement régulée dans son principal marché domestique. Dans un secteur où la frontière entre fintech et banque s’est longtemps brouillée, l’entreprise franchit une étape décisive.

La fin d’un statut hybride

Depuis sa création en 2015, Revolut a construit sa croissance sur un modèle hybride, proposant déjà un large éventail de services financiers (comptes courants, paiements internationaux, change, investissement ou cryptoactifs), sans disposer d’une licence bancaire complète au Royaume-Uni.

Dans les faits, Revolut opérait comme établissement de paiement. Ce statut permet de distribuer des services financiers, mais limite certaines activités fondamentales du métier bancaire, en particulier le crédit.

Pendant la phase dite de mobilisation, Revolut ne pouvait conserver qu’un montant symbolique de dépôts, limité à 50 000 livres sterling au total dans son entité bancaire britannique. Cette période sert habituellement à tester les systèmes de conformité et les dispositifs de contrôle interne avant l’autorisation définitive.

La procédure dure généralement environ douze mois, dans le cas de Revolut, elle s’est prolongée pendant près de quatre ans.

Une prudence réglementaire exceptionnelle

La durée inhabituelle du processus s’explique en grande partie par la taille déjà atteinte par la fintech. Revolut revendique aujourd’hui 13 millions de clients au Royaume-Uni, ce qui en fait déjà l’un des plus grands acteurs financiers numériques du pays.

Pour les autorités de supervision, autoriser une entreprise de cette envergure à devenir une banque implique un niveau d’examen particulièrement élevé. Les régulateurs ont notamment analysé les dispositifs de gouvernance, de gestion des risques et de lutte contre la fraude.

Le processus a également été observé de près par le gouvernement britannique. Alors que la chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves avait envisagé de faciliter un dialogue entre l’entreprise et les autorités de supervision, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, s’y était opposé au nom de l’indépendance réglementaire.

Un épisode qui illustre la tension permanente entre deux objectifs parfois contradictoires : encourager l’innovation financière tout en préservant la stabilité du système bancaire.

L’ouverture d’un nouveau modèle économique

Avec l’obtention de la licence bancaire complète, Revolut accède désormais à l’un des piliers historiques de la rentabilité bancaire qu’est le crédit. La fintech a déjà obtenu l’autorisation de fournir des services de crédit à la consommation à ses clients britanniques. Cette décision ouvre la voie au lancement de nouveaux produits, notamment des cartes de crédit et des solutions de financement.

Jusqu’à présent, les revenus de Revolut provenaient principalement des commissions sur les paiements, des abonnements premium et de certaines activités de trading. L’activité de prêt permet d’ajouter une nouvelle source de revenus reposant sur les marges d’intérêt.

Cette évolution rapproche progressivement Revolut du modèle des banques universelles, tout en conservant l’architecture technologique et l’expérience utilisateur d’une fintech.

Une étape clé pour le développement international

La décision du régulateur britannique dépasse toutefois le seul marché national. Dans le système financier international, les autorisations délivrées par les régulateurs du pays d’origine jouent souvent un rôle déterminant dans l’obtention de licences dans d’autres juridictions.

Revolut dispose déjà d’une licence bancaire européenne obtenue en Lituanie, qui lui permet d’opérer dans l’ensemble de l’Union européenne. L’autorisation britannique renforce d’autant sa crédibilité réglementaire du groupe. La société a d’ailleurs recruté Frédéric Oudea pour crédibiliser sa gouvernance en europe.

L’entreprise a la semaine passée indiqué avoir engagé des démarches pour obtenir une licence bancaire aux États-Unis. L’issue du processus britannique pourrait faciliter ces discussions avec les autorités américaines.

Une valorisation déjà comparable aux grandes banques

L’obtention de la licence intervient dans un contexte particulier pour l’entreprise. Lors de son dernier tour de financement, Revolut a été valorisée 75 milliards de dollars, soit environ 63,7 milliards d’euros. En 2024 Revolut a enregistré  un bénéfice net record de 934 millions d’euros (1,0 Md$), soutenu par une croissance de 72 % de son chiffre d’affaires, qui atteint 3,7 milliards d’euros.

Cette valorisation place déjà la fintech à un niveau comparable, voire supérieur, à celui de plusieurs banques européennes cotées en bourse.  Cette nouvelle licence pourrait ainsi consolider la crédibilité de cette valorisation en rapprochant le modèle économique de Revolut de celui d’un établissement bancaire traditionnel.

 

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