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Investir dans l’e-commerce: ce que cherchent les fonds français

Frenchweb: Quel est l’état de l’investissement dans le secteur en France?

Audrey SoussanAudrey Soussan, principal Ventech Capital: Si le marché du e-commerce continue à croitre en terme d’adoption, les investissements dans le secteur du e-commerce se font beaucoup plus sélectifs : il y a de moins en moins d’investissements dans ce que l’on pourrait appeler le ‘plain vanilla e-commerce’ autrement dit le modèle le plus simple qui consiste à acheter de la marchandise et à la revendre en ligne. En effet ce modèle s’avère de plus en plus compliqué à exécuter (sans trop de dépenses marketing) puisque les places de leaders sont déjà prises sur de nombreux verticaux (Saranza /Spartoo sur les chaussures, Net-a-Porter sur le luxe, Oscaro sur les pièces détachées, etc…) et que la profitabilité est dure à atteindre sur ce modèle.

 

Marc FournierMarc Fournier, managing partner à Serena Capital: Le secteur de l'ecommerce se divise en trois sous-secteurs évoluant à des vitesses différentes.

1. La vente en ligne de produits "commodités" où l'accroissement de la concurrence a fortement diminué les marges des ecommerçants. Pour survivre, ces business se lancent dans des courses au volume.

2. La vente en ligne de services et de produits complexes. L'entreprise apporte de la valeur ajoutée en amont du processus d'achat et de livraison

3. Les outils B2B à destination des ecommerçants qui permettent l'automatisation de leurs actvités (référencement, gestion de catalogue, campagnes marketing, etc.) Le marché du ecommerce en France, valorisé à 5 milliards d'euros en 2004, est passé d'un stade artisanal (réalisation d'un site à la main, problèmes d'intégration de la logistique dans des plateformes tierces) pendant la première moitée des années 2000 à une phase d'industrialisation au tournant des années 2010 (exemple : création de Prestashop en 2008 permettant à n'importe quelle personne de créer un site d'ecommerce en quelques clics).

Le marché français atteint ajourd'hui 65 milliards d'euros. Cette industrialisation est encore en cours, et le développement d'outils B2B d'optimisation des processus logistiques et marketing joue un rôle de plus en plus significatif (3ème sous secteur).

 

Quels sont aujourd'hui les investissements réellement porteurs?

Audrey Soussan, principal Ventech Capital: Les investissements dans d’autres modèles e-commerce (non plain vanilla) perdurent et restent très intéressants :

– On constate toujours des investissements dans le modèle de marketplace de produits et de service (cf la recente levée de ManoMano ou celle d’Evaneos) qui sont moins risqués à financer puisqu’ils ne nécessitent pas de détenir des stocks/inventaires et que le BFR est bien moins important. 

– On voit beaucoup d’investissements dans le e-commerce mobile et à fort niveau de service (notamment sur la rapidité de la livraison) : cf l’essor de la foodtech ou de sociétés comme Bergamotte ou Igloo positionnées sur un service plus simple et plus rapide. Du coup beaucoup de sociétés se développent et lèvent des fonds dans la logistique pour soutenir ces besoins de rapidité (cf Stuart)

– Pour conclure je crois qu’une société qui veut lever des fonds dans le e-commerce doit être capable de prouver à la fois sa réelle valeur ajoutée/barrière à l’entrée (il ne s’agit plus d’acheter/vendre mais bien d’innover dans le service) et sa potentielle profitabilité.

Un graph intéressant tiré de notre propre Deal Flow montre que les jeunes entreprises ont longtemps chercher à copier Amazon mais que le modèle de marketplace à la Airbnb ou Uber a pris le dessus en 2014 :

graph-soussan

 

Marc Fournier, managing partner à Serena Capital: Très clairement, sur ce marché la valeur ajoutée réside dans les sous-secteurs de la vente en ligne de services et de produits complexes et les outils en B2B. Parmi les vendeurs de produits complexes, de nombreux marchés sont en cours de disrpution. Sur le marché touristique, la vente de voyages sur mesure en ligne par des agences locales est un bon exemple de service rendu aux consommateurs en amont de l'achat. Parmi les outils B2B, on note l'émergence d'une série d'outils d'automatisation du marketing (grâce à l'analyse des données des consommateurs et au machine learning). Ces derniers apportent une optimisation du ROI des commerçants.

 

Quelles sont les entreprises modèles du secteur selon vous?

Audrey Soussan, principal Ventech Capital: Les modèles selon moi :

– VestiaireCollective qui apporte une vraie valeur ajoutée dans la certification des produits

– Picanova est un réel exemple de profitabilité dans le e-commerce pour son intégration verticale (ils vendent des toiles personnalisées et sont propriétaires d’une scierie en Lettonie pour intégrer la production de cadre et augmenter ainsi les marges !)

– Amazon reste toujours excellent en innovation logistique et de service au sens large

– En Asie, un groupe comme Naver (propriétaire du principal moteur de recherche coréen mais aussi de l'application de messagiere instantanée Line) m’impressionne par sa capacité de diversification.

Marc Fournier, managing partner à Serena Capital: Je m'intéresse à Aramis Auto (reconditionnement et vente de voitures d'occasion) ; Evaneos ; MesMatériaux (Vente en ligne de matériaux de chantier accessibles d'habitude aux professionels) ; Lengow (Distibution automatique et intelligente des catalogues des ecommercants) ; EarlyBird (Moteur de recommendations personnalités aux visiteurs basées sur le Big Data Analytics).

pour le site du 23 au 27

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Jeanne Dussueil

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