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Pourquoi la medtech critique ne peut plus être financée comme une startup logicielle

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La levée de vingt-quatre millions d’euros annoncée par ShanX Medtech ne se distingue pas seulement par son montant, mais éclaire surtout un décalage croissant entre les outils traditionnels du capital-risque et les réalités économiques, réglementaires et industrielles de la medtech critique. À mesure que certaines technologies de santé deviennent des infrastructures sanitaires à part entière, leur financement cesse d’obéir aux logiques du logiciel.

Le logiciel comme matrice implicite du venture capital

Depuis une quinzaine d’années, le capital-risque s’est structuré autour du modèle dominant du logiciel à coûts marginaux faibles, scalable rapidement, faiblement régulé et capable d’atteindre un marché global sans lourds investissements industriels. Dans ce cadre, le risque est assumé tôt, la traction prime sur la rentabilité, et le capital finance avant tout la vitesse.

Ce modèle a façonné les grilles de lecture des investisseurs, leurs attentes de rendement, et leurs horizons de sortie. Il fonctionne tant que le produit peut être itéré rapidement, déployé sans friction matérielle et commercialisé avant toute contrainte réglementaire majeure. Hors la medtech critique ne coche aucune de ces cases.

Des cycles longs, coûteux et irréductibles

Dans le diagnostic médical, et plus encore lorsqu’il touche à des enjeux systémiques comme l’antibiorésistance, le temps n’est pas compressible. Le développement technologique précède la validation clinique, qui précède l’homologation réglementaire. L’homologation conditionne elle même l’accès au marché. Ainsi chaque étape mobilise du capital, des compétences rares et des années de travail.

ShanX Medtech illustre cette réalité. Sa technologie antimicrobiale vise à produire des résultats en moins d’une heure, là où les méthodes actuelles nécessitent plusieurs jours. Une rupture clinique, mais dont la valeur ne peut être capturée sans démonstration scientifique robuste, des essais cliniques, le contrôle de conformité réglementaire et son intégration dans les parcours de soins.

Dans la medtech, à la différence d’un produit logiciel, il n’existe pas de “version bêta” déployable à grande échelle pour tester le marché et le risque doit être absorbé en amont, bien avant les premiers revenus significatifs.

Quand le capital-risque seul ne suffit plus

C’est précisément ce que révèle la structuration financière de ShanX Medtech. Parmi mes quinze millions d’euros d’amorçage obtenus, tous ne proviennent pas uniquement de fonds de venture capital, mais d’un assemblage d’equity, de subventions et de dispositifs publics nationaux. À cela s’ajoute un contrat européen de 8,8 millions d’euros, attribué via HERA et HADEA, portant le financement total à vingt-quatre millions d’euros.

Ce montage traduit l’impossibilité, pour le capital-risque classique, d’assumer seul des cycles aussi longs sans mécanismes de partage du risque, et l’intervention publique le rend possible.

Le profil des investisseurs engagés, que ce soit des fonds à thèse, acteurs publics, ou véhicule lié à un assureur santé, témoigne d’un alignement d’intérêts autour d’un enjeu qui dépasse la seule performance financière.

De la startup à l’infrastructure sanitaire

L’autre point critique tient à la nature même de ces technologies. Le diagnostic rapide de l’antibiorésistance n’est pas un simple produit, il doit être considéré comme un levier de pilotage du système de soins : orientation des prescriptions, réduction des durées d’hospitalisation, maîtrise des coûts, prévention des pandémies que constituent les résistances antimicrobiennes.

En finançant ShanX Medtech via HERA, la Commission européenne reconnaît implicitement ce changement de statut et reconnait le diagnostic comment une infrastructure sanitaire stratégique, au même titre que les capacités de production vaccinale ou les chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques.

Or, une infrastructure ne se finance pas comme un SaaS, elle requiert du capital patient, une coordination publique-privée, et des horizons de retour compatibles avec des enjeux de long terme.

Une mutation plus large du financement de la santé

Le cas ShanX est d’autant moins isolé qu’il s’inscrit dans un mouvement plus large où certaines verticales de la santé (diagnostic, bioproduction, dispositifs médicaux critiques) sortent progressivement du cadre mental hérité de la tech grand public.

Cette évolution impose un changement de posture des fondateurs, qui doivent prouver leur capacité à franchir des jalons cliniques, réglementaires et industriels.

Vers un nouveau contrat entre innovation et capital

La question n’est donc pas de savoir si la medtech critique est moins “scalable” que le logiciel, mais si les outils de financement sont adaptés à des technologies qui produisent de la valeur systémique avant de produire du chiffre d’affaires.

Fondée en 2019 et basée à Eindhoven, au cœur du High Tech Campus, ShanX Medtech développe une plateforme de diagnostic in vitro dédiée au test ultra-rapide de la sensibilité aux antimicrobiens. Portée par sa fondatrice et CEO, Dr. Sophia E. Shanko, la société s’appuie sur une technologie de mesure du métabolisme microbien permettant d’obtenir des résultats cliniquement exploitables en moins d’une heure, en laboratoire comme en point-of-care. En janvier 2026, l’entreprise a sécurisé vingt-quatre millions d’euros de financement, combinant un tour de seed sursouscrit de quinze millions d’euros mené par Borski Fund, NextGen Ventures, CbusineZ, BOM et Invest-NL, et un contrat européen de huit millions huit cent cinquante mille euros attribué via HERA et HADEA. Ces ressources doivent permettre d’achever la validation clinique, d’obtenir les autorisations réglementaires et d’engager le lancement commercial d’une technologie positionnée comme un levier structurant dans la lutte contre l’antibiorésistance.

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