Financer le logiciel industriel : le pari d’OSS VENTURES
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Alors que l’industrie représente 25 % du PIB seules 1 % des startups dans le secteur trouve un financement. Pour combler ce paradoxe, OSS VENTURES a construit un modèle à contre-courant. Le fonds annonce avoir déjà recueilli 44 millions d’euros pour son nouveau véhicule et vise les 75 millions, pour en parler nous recevons son CEO et co fondateur Renan Devillières.
Dans le monde du capital-risque, on ne parle pas beaucoup des usines. On préfère les plateformes, les marketplaces, les modèles d’IA horizontaux, pourtant, c’est précisément dans cet angle mort que Renan Devillières a choisi de s’installer. Fondateur d’OSS Ventures, la souscription de son nouveau fonds se fait dans un marché du capital qu’il décrit lui-même comme « extrêmement tendu ».
Ce premier closing consacre cinq années d’un venture builder qui a lancé des entreprises avant même de structurer un véhicule d’investissement formel. OSS Ventures a débuté avec 30 projets, en a lancé 22, et revendique aujourd’hui des déploiements dans plus de 3 800 usines à travers le monde, dont moins d’un cinquième en France.
Le fonds est donc un outil de continuité pour amplifier ce qui existe déjà. Parmi les souscripteurs, on trouve des profils inhabituels dans l’écosystème VC. Le family office industriel américain associé à Teknor Apex, présenté comme « le plus grand producteur de plastiques pellets ». Decathlon Pulse, bras d’investissement du géant du sport, y côtoie le family office de Peugeot. Des industriels qui ont décidé d’investir dans des outils pour moderniser leur propre monde.
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Le diagnostic : un déséquilibre structurel
La thèse d’OSS Ventures tient en une phrase : « l’industrie, c’est 25 % du PIB, c’est 0,7 % des startups. En gros, il n’y en a pas assez. »
Ce chiffre résume l’angle d’attaque, le secteur industriel pèse lourd dans l’économie réelle mais reste quasi-absent de l’écosystème startup. Non par manque d’intérêt, mais parce que le logiciel industriel impose des contraintes que les fonds généralistes peinent à absorber, et que les fondateurs peinent à traverser seuls.
Renan Devillières les énumère avec franchise. Sur la sécurité d’abord, dans une usine, si tu disfonctionnes, il peut y avoir des gens qui meurent. » Le mantra de la Silicon Valley se heurte ici à la physique du monde réel. Sur la concurrence ensuite, vendre un logiciel industriel ne revient pas à battre un concurrent direct, mais à convaincre un directeur d’usine de prioriser ce sujet parmi cinq autres urgences. Et enfin sur la cybersécurité les usines sont aujourd’hui particulièrement exposées voire « plus attaquées que les banques ».
Construire plutôt que sélectionner
Autre choix radical d’OSS Ventures : ne pas investir dans des startups existantes, mais en créer de nouvelles. « Au lieu d’investir dans des boîtes qui existent déjà, on crée des boîtes qui n’existent pas », résume Devillières.
Le modèle du venture studio permet de mutualiser les briques les plus lourdes (intégrations ERP, architecture technique, cybersécurité) au lieu de les faire porter à chaque fondateur. Les équipes ne partent pas de zéro : « ils ont six codeurs full-time avec eux », précise-t-il.
L’identification des opportunités est elle-même terrain : « on va dans les usines », dit-il sobrement. L’équipe observe, repère les irritants, puis propose de développer une solution. Avec une logique commerciale qui désarme les résistances : la solution est gratuite jusqu’à ce qu’elle fonctionne, ce n’est qu’après que le client paye, et, surtout, en parle à ses pairs. Dans un secteur où les réseaux industriels sont denses et les références décisives, ce bouche-à-oreille vaut de l’or.
L’Amérique comme boussole
Sur la question de la souveraineté industrielle européenne, Renan Devillières ne s’embarrasse pas de postures. Sa lecture est économique, et moins idéologique. « Aux États-Unis, dans les deux prochaines années, il va y avoir autant de construction d’usines que dans les dix dernières années. Ce n’est pas le cas en Europe. »
L’énergie moins chère, les incitations publiques massives, une dynamique d’investissement industriel sans équivalent sur le Vieux Continent : pour un éditeur de logiciels industriels, aller où les usines se construisent n’est pas un choix politique, mais une évidence de marché.
L’horizon d’un bâtisseur
Dans un secteur où les cycles de vente sont longs et la confiance se gagne très lentement, OSS Ventures ne joue pas la même partition que la plupart des fonds. Renan Devillières distingue l’horizon du fonds, dix à douze ans, de celui de la holding, qu’il envisage sur un tout autre tempo. « Ma stratégie d’exit, c’est quand je serai mort », dit-il, avec le sérieux de celui qui ne plaisante qu’à moitié.
Sur la culture de l’échec, il observe un écart culturel persistant avec les États-Unis : « Tu as le droit de rater une fois, peut-être deux, aux US, quand en Europe, il faut faire un sans faute. » Dans un environnement où le coût de l’erreur est structurellement élevé, apprendre à itérer sans se disqualifier est de facto une compétence rare.
Au fond, OSS Ventures pose une question simple : pourquoi le logiciel a-t-il transformé la finance, la santé ou le commerce de détail, mais si peu l’industrie ? Renan Devillières parie que la réponse n’est pas dans la technologie, mais dans la méthode : il faut aller dans les usines, comprendre leurs contraintes, et construire des outils qui fonctionnent quand les erreurs coûtent plus qu’un bug à corriger.
Un pari sur un segment encore peu encombré et, selon lui, largement sous-financé.
Pour financer son développement, OSS Ventures a recueilli 14 millions d’euros en 3 tours notamment auprès d’investisseurs de renom comme Tikehau Capital, le fonds French Tech Accélération 2 de France 2030, géré pour le compte de l’État par Bpifrance, les Établissements Peugeot Frères et des Business Angels tels que Max Pog, expert des start-ups studio.
Le portefeuille d’OSS Ventures comprend notamment MyC, Relief, Bonx, Fabriq, Kraaft, Mercateam et Stargazr.







