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Les projets des startup weekends par Olivier Ezratty

Je vais vous racon­ter ici le point de vue d’un men­tor de Star­tup Wee­kend, après en avoir fait deux (Nantes puis Sophia Antipolis).

La par­ti­cu­la­rité des star­tups wee­kends est qu’ils font éclore des pro­jets avec une typo­lo­gie assez marquée :

  • Les pro­jets pré­sen­tés et rete­nus sont très géné­ra­le­ment très grand public. Un entre­pre­neur en herbe qui vien­drait pit­cher un pro­jet “busi­ness to busi­ness” aurait très peu de chances de consti­tuer son équipe. C’est lié à l’audience, très jeune, avec pas mal de déve­lop­peurs Web et de designers.
  • On a imman­qua­ble­ment des pro­jets sur la res­tau­ra­tion, sur la recom­man­da­tion, sur la créa­tion musi­cale, tout comme des jeux mobiles. Il y a aussi tou­jours quelques pro­jets dans la sphère non mar­chande : comme sur le vote en ligne ou bien dans l’écono­mie soli­daire. Sur une dizaine de pro­jets, on a géné­ra­le­ment un bon échan­tillon de ce qui se créé comme star­tups en France dans l’Internet.
  • Il y a beau­coup de me-too « parce que le mar­ché est por­teur » (vente d’ebooks), de l’empathie consom­ma­teur sans moné­ti­sa­tion évidente (MamyS­tory) ou bien de l’opportunisme (inter­mé­dia­tion livrai­son fast food). Les ser­vices ima­gi­nés sont très sou­vent liés à des besoins de niche de marché.
  • L’aspect pro­duit est géné­ra­le­ment peu traité faute de temps pen­dant ces wee­kends. Une maquette est rapi­de­ment déve­lop­pée. Mais les spé­ci­fi­ca­tions sont rare­ment appro­fon­dies sur ce qu’il fau­drait faire pour créer une “killer appli­ca­tion”. Cela rejoint des lacunes de com­pé­tences cou­rantes en “Pro­duct mar­ke­ting”. Mais sauf excep­tion, il n’y a presque jamais d’impossibilité tech­nique à déve­lop­per le pro­duit ima­giné. Il s’agit plu­tôt d’innovations d’usages que de rup­tures technologiques.
  • Le busi­ness model est conçu bien après l’idée et c’est la par­tie du pro­jet qui conduit très sou­vent à des révi­sions déchi­rantes. L’évolution clas­sique est de faire évoluer un modèle btob vers du btoc, ou un modèle gra­tuit vers un modèles free­mium. L’architecture finan­cière du busi­ness model (struc­ture de couts et de reve­nus, écono­mies d’échelle, cout d’acquisition des clients) est rare­ment déve­lop­pée sauf lorsque l’un des membres de l’équipe a une com­pé­tence dans le domaine.

Le feed­back des men­tors aux équipes s’intéresse évidem­ment d’abord à l’idée. De prime abord, on se dit en pre­mier “hou lala, pas évident”. Avec un trip que j’ai déjà raconté ici. Une intui­tion rapide et notre connais­sance du mar­ché nous dit que ce n’est pas un busi­ness bien facile, que la moné­ti­sa­tion est très déli­cate ou que c’est déjà testé sans grand suc­cès. Mais on se dit alors qu’il n’y a pas de mau­vaise idée, et seule­ment de mau­vaises exé­cu­tions. On se penche alors sur l’équipe pour en com­prendre la com­po­si­tion. Cela per­met de voir si un busi­ness design conve­nable et une bonne exé­cu­tion pour­ront en sor­tir. On a très peu de temps pour évaluer cette équipe, avec un petit tour de table (for­ma­tion d’origine, expé­rience, com­plé­men­ta­rité, diver­sité). On essaye aussi de voir si l’équipe a un lea­der qui s’est imposé… mais pas trop lour­de­ment. Ce che­mi­ne­ment varie évidem­ment d’un men­tor à l’autre, selon son par­cours et sa spécialité.

Panorama Startup Weekend Sophia Antipolis

On bosse alors avec l’équipe en dis­cu­tant pen­dant par­fois jusqu’à une heure ! On creuse l’idée, on évoque dif­fé­rentes pistes, on pro­pose des sché­mas pour modé­li­ser le cycle de vente, la moné­ti­sa­tion, on essaye de se mettre à la place du consom­ma­teur ou du pro­fes­sion­nel impli­qué dans la chaine de valeur, etc. Et on laisse les équipes gam­ber­ger. Le dimanche soir ont lieu les pitch et à l’instar des ensei­gnants ravis de voir que leurs élèves ont retenu quelque chose de leurs cours, les men­tors constatent que les équipes ont tenu compte de leur feed­back, pas sco­lai­re­ment et en l’adaptant bien à leur projet.

Les gagnants de Sophia Anti­po­lis étaient dans l’ordre : MamyS­tory, Qwenty, Dynoo et Just­My­Trends (prix de l’innovation). Ceux de Nantes étaient àvoter, dealzm et cloud­cut. Ce qui les a fait gagner: la qua­lité de la pré­sen­ta­tion, dans cer­tains cas, l’émotionnel, l’aspect pra­tique de leur solu­tion et le poten­tia­lité de moné­ti­sa­tion. Le pro­fil des membres du jury était un peu dif­fé­rent des men­tors. Il y avait des spon­sors de l’événement et des entre­pre­neurs locaux. Les gagnants béné­fi­ciaient de prix en nature de la part des sponsors.

Face au jury (1)

Pas­sons donc en revue les pro­jets de ces deux star­tups wee­kends. Avec ma réac­tion à chaque fois. J’ai rare­ment le nom des membres des équipes et elles m’en excu­se­ront. C’est une petite lacune d’organisation de ces Star­tups Wee­kends, qui ne publient pas après leur tenue la com­po­si­tion exacte des équipes que l’on a ren­con­trées. Et même si on sait bien que l’idée n’est rien sans les détails, l’équipe et l’exécution, c’est tout de même un point de départ de l’évaluation d’un pro­jet qui mérite le détour. Au pas­sage, vous remar­que­rez évidem­ment que la plu­part si ce n’est pas tota­lité des sites web de ces pro­jets sont des coquilles vides avec sai­sie d’emails pour être pré­ve­nus de la suite des événements.

Culture

Il y avait deux pro­jets dans ce domaine à Sophia Anti­po­lis, mais pas d’équivalent à Nantes :

iLiraa.fr (Sophia), un site web de publi­ca­tion de livres en ligne, ciblant plu­tôt les petits auteurs qui n’arrivent pas à se faire publier dans les grandes mai­sons d’édition. L’équipe se posi­tion­nait d’emblée face à Ama­zon, 1TPE.com et Lulu.com qui pro­posent une expé­rience “froide” pour les auteurs. Leur ambi­tion est d’accompagner les auteurs dans leur publi­ca­tion. Ma réac­tion : c’est un pro­jet qui vise typi­que­ment la “long tail” de la publi­ca­tion d’ebooks. Mais est-elle tou­jours à la mode ? On en est un peu revenu. Peut-on vivre “que” de la long tail, ou doit-on aussi vendre des block­bus­ters pour vivre confor­ta­ble­ment avec la long tail ? L’exemple d’Amazon et de Net­flix tend à mon­trer qu’il faut les deux pour réus­sir. L’approche de l’équipe était inté­res­sante sur le pro­duit (pro­ces­sus col­la­bo­ra­tif de relec­ture des ouvrages, édito­ria­li­sa­tion de l’offre d’un auteur, com­ment faire sa pro­mo­tion, etc) tout comme le modèle écono­mique (pour­quoi pas un abon­ne­ment aux ebooks pour les lec­teurs). Il lui man­quait une dif­fé­ren­tia­tion mar­quante dans un mar­ché qui est certes en crois­sance mais déjà fort encombré.

Qwinti (Sophia) était un pro­jet de “par­tage cultu­rel”, où les amis par­tagent les avis sur films, spec­tacles et autres biens cultu­rels. Cette solu­tion de recom­man­da­tion sociale rap­pelle les sites de recom­man­da­tion géné­ra­listes tels que Ulike.net ou plus spé­cia­li­sés comme Shel­fary ou Sens­cri­tique, sans comp­ter tout ce qui couvre le domaine de la musique et de la VOD et évidem­ment l’incontournable Face­book. La dif­fé­ren­tia­tion était : vous allez pou­voir accé­der à votre mémoire cultu­relle et à vie ! Avec un inven­taire de l’intégralité des œuvres que vous avez vues ou lues et avec une time­line de la consom­ma­tion. Comme il n’y a pas de véri­table “best prac­tice” dans le sec­teur, on est assez réservé face à ce genre d’idée. L’intermédiation géné­ra­liste dans la culture n’a pas encore créé de grand succès.

Créa­tion musicale

Deux pro­jets très voi­sins ont été lan­cés à Nantes puis Sophia Anti­po­lis, pour l’édition de par­ti­tion col­la­bo­ra­tive (à distance).

MusicHub.me (Nantes, ci-dessous) ciblait plu­tôt les créa­tifs pro­fes­sion­nels. Leur démons­tra­tion était pas mal. Le code rapi­de­ment déve­loppé s’appuyait sur une biblio­thèque open source d’affichage de par­ti­tion. Le tout réa­lisé en Javas­cript et Ruby on Rails avec quatre déve­lop­peurs. Mais la fonc­tion col­la­bo­ra­tive n’était pas démon­trée. L’équipe était très bonne, le pro­jet ron­de­ment mené pen­dant le star­tup wee­kend et le pitch excellent. Mais le jury l’a reto­quée car le mar­ché n’est pas très sol­vable et est même plu­tôt sinis­tré. Dans les pistes d’évolutions : un lec­teur de par­ti­tion intel­li­gent qui défile auto­ma­ti­que­ment les pages, et avec un iPad !

Equipe MusicHub (6)

Ins­tinct (Sophia) rele­vait d’une approche très simi­laire, mais ciblant plu­tôt les “pro­su­mers”, c’est-à-dire les ama­teurs créa­teur de musique, non pro­fes­sion­nels, qui sont plus à même de faire des dépenses sans comp­ter pour leur pas­sion. Un peu une inver­sion de valeur, que l’on retrouve aussi par­fois dans la photo où les ama­teurs inves­tissent plus que les pro­fes­sion­nels ! L’équipe n’avait pas grand-chose à mon­trer à l’issue du wee­kend. Elle n’a donc pas vrai­ment fait mouche. Mais une fusion de ces deux équipes n’est pas absurde pour faire avan­cer l’idée !

Bonnes affaires

La fièvre Grou­pon génère son lot de fol­lo­wers en tout genre, et par­tout dans le monde. Qui ne recherche pas de bonnes affaires ? Nous avions quatre pro­jets dans cette caté­go­rie sur ces deux SUW de Nantes et Sophia Antipolis :

Give­Me­The­Night (Sophia) qui est une sorte de Grou­pon géo­lo­ca­lisé sur les soi­rées. Dans la moné­ti­sa­tion, une marge de 40% sur les remises consen­ties par les boites de nuits et autres lieux de détente alors que Grou­pon prend 50%. Ils ima­gi­naient aussi géné­ra­li­ser le paie­ment sans contact dans le futur. L’avantage de ce busi­ness étant qu’il génère un BFR (besoin de fond de rou­le­ment) néga­tif. Le pitch était très bien fait. Tel que pré­senté, ce busi­ness ne m’inspirait pas trop. Les “locales” à l’échelle “locale”, ça ne marche pas car cela ne “scale” pas. Ce mar­ché est trop orienté niche et les jeunes ont ten­dance à sor­tir plu­tôt aux mêmes endroits en pro­vince car le choix est plu­tôt limité. Une objec­tion sou­le­vée par le jury : quid des bars qui uti­lisent plu­tôt le liquide comme moyen de paie­ment ? Au pas­sage, le nom de domaine était déjà pris !

Dynoo (Sophia) qui était second dans le choix du jury pro­pose une solu­tion de “bouche à oreille numé­rique”. Il part du prin­cipe que les bons plans ne se dif­fusent pas par les canaux tra­di­tion­nels “1 to many” mais plu­tôt par le bouche à oreille. C’est le cas pour l’emploi, pour la recherche de loge­ment, de nou­nou, de voi­tures d’occasion, etc. Le sys­tème fonc­tionne avec l’offre et la demande. Le site repro­duit donc le bouche à oreille en fai­sant cir­cu­ler les offres rares d’amis en amis, par groupes de trois, comme dans une chaine. Il est évidem­ment adapté aux cas où il y a pénu­rie d’offre ou de demande. Avec un concept de ce genre, je me demande tou­jours : est-ce qu’il peut fonc­tion­ner si tout le monde s’y met ? Quand le mar­ché devient par­fait, en ren­dant l’offre trans­pa­rente pour la demande ou réci­pro­que­ment et qu’il y a une pénu­rie dans un sens ou dans l’autre, des contour­ne­ments se créent. Et on revient à la case départ. Si l’idée est inté­res­sante, ce qui empor­tait l’audience et le jury était sans doute aussi le dyna­misme du lea­der de ce pro­jet (au milieu ci-dessous).

Equipe Dynoo

Dealzm (Nantes) est une appli­ca­tion mobile qui per­met de grou­per et com­pa­rer, sur une seule inter­face, toutes les sources de bonnes affaires : ebay, grou­pons, le bon coin; et d’être pré­venu sous forme d’alertes et sur mobiles, his­toire d’être “le pre­mier” sur les bons deals et d’aller encore plus vite que Grou­pon. L’Internaute pré­sé­lec­tionne le type de bons plans qu’il recherche. L’agrégateur de bons plans fait le reste. Si cela fonc­tionne, on ima­gine que le site va récu­pé­rer son écot au pas­sage. Cela fait un bel empi­le­ment de com­mis­sions tout ça avec deux inter­mé­diaires entre le mar­chand et le consom­ma­teur ! Sans comp­ter évidem­ment une concur­rence déjà four­nie. L’équipe pati­nait au début du week-end mais s’est remar­qua­ble­ment redres­sée en fin de par­cours pour faire une excel­lente pré­sen­ta­tion. Et ils ont été seconds dans le choix du jury !

Fre­quent­Points (Nantes) est un ser­vice per­met­tant de géné­rer du tra­fic dans le com­merce de détail et de fidé­li­ser les clients. Cela com­mence par la créa­tion de pro­mo­tion par ces com­mer­çant qui sont envoyées sur toutes les pla­te­formes type Grou­pon. C’est le pro­ces­sus inverse du pré­cé­dent : au lieu d’agréger les offres pour le consom­ma­teur, le site pro­page celles des com­mer­çants sur toutes les pla­te­formes de deals. Le site gère aussi les cartes de fidé­lité numé­riques des com­mer­çants membres, avec l’usage de QR Code sur mobile. L’offre est évidem­ment géolocalisée.

Res­tau­ra­tion

C’est d’après les orga­ni­sa­teurs un grand clas­sique des Star­tup Wee­kends ! Il y a tou­jours un pro­jet autour de la cui­sine ou de la restauration.

Eat&Neat (Sophia) est un agré­ga­teur de ser­vices de fast food de proxi­mité (piz­zas, kebab, sushi, etc) qui sert aussi de sys­tème de com­mande en ligne pour les res­tau­ra­teurs, pour qui l’usage du site est gra­tuit, ce qui per­met de les recru­ter sans trop de peine. Comme l’équipe com­pre­nait un bré­si­lien, elle pré­voit un déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal en com­men­çant par Sao Paolo qui serait la ville au monde où il y a le plus de com­mandes de piz­zas. Le revenu ? Des frais de de 2€ par com­mande plus une petite com­mis­sion de quelques %. L’équipe avait bien avancé pen­dant le wee­kend et c’était l’une des rares à pou­voir faire une démons­tra­tion d’un site à peu près opé­ra­tion­nel. Les écueils ? C’est un bien petit busi­ness qui n’est inté­res­sant que s’il devient glo­bal. Un client non récur­rent rap­port entre 2€ et 3€ par com­mande, ce qui est très faible. Les com­mandes moyennes sont infé­rieures à 10€. Quel est le cout d’acquisition d’un client ? Pro­ba­ble­ment supé­rieur ! Donc, le sys­tème ne peut fonc­tion­ner que si les consom­ma­teurs sont fidé­li­sés et que le site recrute des res­tau­rants un peu plus haut de gamme qui font mon­ter le niveau du panier moyen.

Loca­food (Nantes) était un pro­jet un peu hors com­pé­ti­tion, pré­senté par un gars tout seul qui avait à la fois déjà bien avancé dans le déve­lop­pe­ment mais n’avait pas pu fédé­rer des par­ti­ci­pants autour de lui après son pitch du ven­dredi soir. Il s’agit d’une appli­ca­tion mobile qui met en rela­tion les pro­duc­teurs locaux (fruits, viande, légumes, vins etc.) et les consom­ma­teurs via une méca­nique com­mu­nau­taire. Sorte d’AMAP en ligne si l’on veut.

Démo­cra­tie

Je ne sais pas si c’est un “pat­tern”, mais dans les deux villes où je suis passé, il y avait un pro­jet rela­tif au fonc­tion­ne­ment de la démocratie.

àvoter (Nantes) pro­po­sait aux par­tis poli­tiques de réa­li­ser des son­dages en ligne sur les pro­po­si­tions conte­nues dans leur pro­gramme, le tout dans une appli­ca­tion Face­book. J’aimais bien le concept car la démo­cra­tie est un sujet qui mérite l’attention, sur­tout si on peut élever le niveau du débat. Le grand clas­sique s’est pro­duit ou va se pro­duire : si ce pro­jet émerge, il aura une com­po­sante “entre­prise”. Car celles-ci sont plus sol­vables que les par­tis poli­tiques. C’est l’application qui a gagné à Nantes. L’émotionnel l’a un peu emporté sur le ration­nel ! Et l’équipe était très très sympa (ci-dessous).

Equipe avoter (1) bis

Pleble (Sophia) pro­po­sait d’organiser des consul­ta­tions locales en ligne pour son­der les citoyens qui ne peuvent pas se payer des son­dages tra­di­tion­nels. Ils ima­gi­naient pou­voir se faire spon­so­ri­ser par des entre­prises, un mélange des genres plu­tôt dan­ge­reux. Là encore, on peut déri­ver vers un modèle entre­prise, mais les outils de vote ne manquent pas sur Inter­net, sur­tout si la ques­tion posée est simple (oui/non) !

Sommes toutes, ces pro­jets amé­lio­re­raient véri­ta­ble­ment le fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie s’ils étaient asso­ciés à du contenu riche per­met­tant d’évaluer et com­pa­rer les pro­po­si­tions des uns et des autres, le pour et le contre. Mais l’amélioration de la démo­cra­tie a-t-elle un bon modèle écono­mique ? Pas évident ! Le seul modèle qui fonc­tionne vrai­ment est celui du ser­vice de lob­bying, avec ses consul­tants associés…

Pro­jets tour­nés vers l’étranger

L’altruisme fran­çais génère nombre de pro­jets dans l’économie soli­daire. Mais les pro­jets tour­nés vers l’étranger de ces deux SUW ne rele­vaient pas à pro­pre­ment par­ler de l’économie solidaire.

Doc­teur Expat (Sophia) pro­pose un ser­vice de méde­cine à dis­tance pour les expa­triés. C’est un pro­jet de télé­mé­de­cine en France qui a évolué après qu’un men­tor juriste ai déter­miné qu’il n’était juri­di­que­ment pas fai­sable sur le mar­ché fran­çais (Mon­Mé­de­ci­nEn­ligne). Ils se sont tour­nés alors vers les expats, en com­men­çant par ceux qui sont en Chine, un pays où l’accès local à la méde­cine n’est pas évident pour des rai­sons lin­guis­tiques. Avec 100 000 fran­çais en Chine, cela fait une bonne base de départ. Les slides étaient bien faits. Mais cela reste bien théorique.

Gate (Nantes) est un ser­vice d’intermédiation pour l’aide aux entre­pre­neurs de pays en voie de déve­lop­pe­ment. C’est une pla­te­forme web inter­na­tio­nale qui met en rela­tion trois acteurs dif­fé­rents mais com­plé­men­taires : les entre­prises qui ont des besoins, les uni­ver­si­tés qui ont les tech­no­lo­gies et les inves­tis­seurs qui recherchent des pro­jets à sou­te­nir. Le finan­ce­ment ? Des dona­tions, un % sur les finan­ce­ments et un % sur les béné­fices des socié­tés créées. Bon bon. L’idée est sédui­sante mais la méca­nique semble assez com­plexe à mon­ter car dépen­dant de trop de “moving parts”. Ils com­mencent par un seul pays, le Séné­gal. On est à la fron­tière entre ONG et startup !

Hub-Project Tuni­sie (Nantes) est un ser­vice d’intermédiation d’investissement en Tuni­sie qui tire parti de l’ouverture démo­cra­tique dans le pays (qui reste au demeu­rant à véri­fier…). Pour­quoi pas.

Jeux

Il y avait deux pro­jets de jeux à Sophia : La ville aux tré­sors et GameOr­Live. Ce n’est pas trop mon domaine. On peut certes évaluer le modèle et la capa­cité d’exécution. Mais dans le jeu, il est dif­fi­cile de se faire une idée. Com­ment pour une œuvre artis­tique dont il est dif­fi­cile de dire si elle ren­con­trera son public, sur­tout si on ne l’a pas véri­ta­ble­ment lue/vue ou expé­ri­men­tée. Même si la concep­tion de jeux répond à des règles de plus en plus struc­tu­rées et documentées.

Réseaux sociaux et divers

MamyS­tory (Sophia) est un site où les petits enfants vont sai­sir l’histoire de leurs grands-parents, ou bien les grands-parents le faire eux-mêmes. Le résul­tat sera publié sous la forme d’un petit livre imprimé. C’était le pro­jet numéro 1 pour le jury du SUW de Sophia Anti­po­lis. La rai­son ? Le pitch était excellent et l’équipe très sou­dée. Il fai­sait la part belle à l’émotionnel, le lea­der – Chris­tophe Brun – racon­tant l’histoire de son grand-père mort avant qu’il ait pu lui faire racon­ter l’histoire de sa vie. Tout le monde adore. Le point inté­res­sant est de moné­ti­ser le contenu par sa rema­té­ria­li­sa­tion sous forme de livre. Et ils pour­ront enri­chir le pro­duit en per­met­tant par exemple de com­men­ter les pho­tos de famille. On peut même ima­gi­ner une ver­sion pour tablette qui serait idéale. Les pro­blèmes ? Il faut que les uti­li­sa­teurs trouvent le temps dis­po­nible pour inter­vie­wer leurs aïeuls. Cela concur­rence les réseaux sociaux fami­liaux et c’est un outil que l’on uti­lise qu’une seule fois, sans vira­lité par­ti­cu­lière. Donc, chaque vente a un cout fixe et ca ne scale pas très bien, même si les seniors ne manquent pas. A l’équipe de trou­ver une solution !

Equipe MamyStory (4)

High­Ni­mal (Sophia) est un réseau social de pro­prié­taires d’animaux de race, ser­vant essen­tiel­le­ment à géné­rer des croi­se­ments. Un pitch pas bien réussi : l’intervenant lisait ses notes (le truc à ne pas faire ! ). De plus, il man­quait de don­née de mar­ché pour appré­cier la taille de l’opportunité.

Equipe HighNimal (6)

Cloud­cut (Nantes) est une solu­tion web per­met­tant aux entre­prises de mettre les inter­nautes à contri­bu­tion dans la créa­tion de leurs publi­ci­tés vidéo. A la mode mais je doute qu’il y ait un véri­table mar­ché struc­turé pour cela. L’équipe était très sym­pa­thique, à l’écoute et persévérante.

Equipe Cloudcut (4)

Just­My­Trends (Sophia) est un site de recom­man­da­tion pour le fashion. On y créé son pro­fil avec ses dif­fé­rentes tailles et poin­tures, ainsi que ses gouts (j’aime ou je n’aime pas tel accou­tre­ment), et le site pro­pose de quoi vous frin­guer en allant scan­ner les bases de divers sites mar­chands. L’idée est inté­res­sante et com­plète un grand nombre de réseaux sociaux dans le fashion qui ont une approche plus édito­riale. Le pitch était très bien réa­lisé avec un sketch émulant la notion de recom­man­da­tion (plu­sieurs membres de l’équipe pré­sen­tant un vête­ment à l’utilisateur et celui-ci répon­dant par “j’aime”ou “je n’aime pas”. Un petit plus créa­tif et un mar­ché por­teur qui ont per­mis à l’équipe d’être sélec­tionné qua­trième par le jury, comme “prix de l’innovation”.

Please spon­sor me (Sophia) est un inter­mé­dia­teur pour le spon­so­ring d’événements. Le pro­jet était bien pré­senté, mais le mar­ché n’était pas bien dimensionné.

Xtra­Time (Nantes) est une solu­tion qui per­met de réduire le temps passé dans les files d’attente mais qui pour se moné­ti­ser devient une sorte d’intermédiateur de ser­vices divers. A com­pa­rer à J’aime Attendre qui fonc­tionne sur un modèle dif­fé­rent et recense les heures d’affluence.

e-Novis (Nantes) était une pla­te­forme col­la­bo­ra­tive de star­tups qui réunit le crown­fun­ding, crowd­sour­cing et le concept d’e-incubation, très inté­res­sant. L’écueil prin­ci­pal était que l’équipe n’avait pas de véri­table expé­rience de l’entrepreneuriat. C’est un peu gênant pour créer ce genre de service !

Pro­jet hors com­pé­ti­tion de l’organisation : Tweetoweb

C’est au Star­tup Wee­kend de Nantes qu’est spon­ta­né­ment né le pro­jet Twee­to­web. Point de départ : un besoin qui me taraude depuis quelques temps. Lorsque je couvre un événe­ment ou une annonce, je fais habi­tuel­le­ment une recherche sur Twit­ter (via Sees­mic ou un autre client Twit­ter) en uti­li­sant son hash­tag pour voir ce qui s’est dit et écrit sur le sujet afin d’éviter de créer des dou­blons. Cela me ren­voie un bruit énorme avec plein de liens divers sur des articles ret­wit­tés plu­sieurs fois. Je recherche ces liens en clair et dédou­blon­nés. Ce n’est pas bien com­pli­qué et pour­tant per­sonne ne le pro­pose dans la cen­taine et plus d’outils de consul­ta­tion et d’analyse créés pour Twitter !

Là-dessus, Quen­tin Adam, de la société Cle­ver Cloud, et aussi contri­bu­teur à l’organisation du Star­tup Wee­kend, se pro­pose de déve­lop­per l’outil. Il me dit qu’en une heure ce sera fait. Et il tient parole : avant minuit le samedi soir, le code tourne, la page est fonc­tion­nelle sur son “sta­ging ser­ver” ! Bravo ! Ca c’est du RAD ! Et avec 66 lignes de JavaS­cript car le code est essen­tiel­le­ment “client side”.

Quentin Adam Feb2011 (6)

Le len­de­main, il pro­pose de créer un pro­jet et d’assembler une équipe pour le pit­cher hors com­pé­ti­tion après les pro­jets par­ti­ci­pants. Banco ! L’équipe ras­semble d’autres men­tors ou membres du jury : Guillaume Cham­peau (Nume­rama), Alexandre Lobel (de la société Paris Labs) et Selma Bek­kaoui (Tech­Crunch France). Le pre­mier nous créé un logo, le second déve­loppe le CSS du site et la der­nière réflé­chit à l’évolution du pro­jet. Je crée le nom du site qui n’est pas déjà uti­lisé. Quen­tin dépose le nom de domaine, créé un compte twit­ter (@tweetoweb), les emails dans le domaine Twee­to­web du club des cinq fon­da­teurs, et hop, nous sommes prêts pour la pré­sen­ta­tion avec une démo live (voir la vidéo de Simon Robic) et des slides, pit­chés en anglais.

A ce stade, La logique du pro­jet est com­mu­nau­taire. L’équipe a déjà une road­map pour le faire évoluer car il révèle pas mal de besoins insa­tis­faits dans l’usage cou­rant de Twit­ter. Il s’inscrit aussi dans une vision de ce que l’on pour­rait faire pour uti­li­ser plus intel­li­gem­ment les don­nées pro­ve­nant de Twit­ter, et pour­quoi pas un “Social RSS Rea­der” (vous savez peut-être que j’ai pas mal creusé la ques­tion des lec­teurs RSS) ? Moyen d’intégrer la cura­tion de Twit­ter dans son lec­teur RSS ! Autre piste : la fonc­tion pour­rait être reprise dans Sees­mic, mais plu­tôt dans sa ver­sion payante, selon Loic Lemeur, et pas avant plu­sieurs mois. En tout cas, le site est opé­ra­tion­nel depuis ce Star­tup Wee­kend de Nantes. Et c’est ma pre­mière star­tup, yeah !

Interface de Tweetoweb

Voilà, j’en ai ter­miné avec ces deux Star­tup Wee­kends. J’espère que cela vous a donné envie d’y par­ti­ci­per autant comme com­pé­ti­teur que comme men­tor ! Il y en a plein qui se pré­parent dans les semaines à venir comme cité dans mon pré­cé­dent article sur “La force péda­go­gique des Star­tup Wee­kends”. Et mes pho­tos de ces wee­kends sont tou­jours sur Dar­q­room pour Nantes et pour Sophia Anti­po­lis.

Pro­chaine étape pour ce qui me concerne : ana­ly­ser les 94 dos­siers de la Star­tup Aca­demy ! La géné­ra­tion de nou­velles star­tups ne s’arrête jamais, heureusement !

 

url de l’article original: http://www.oezratty.net/wordpress/2011/les-projets-des-startup-weekends/

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6 thoughts on “Les projets des startup weekends par Olivier Ezratty”

  1. Par rapport au projet Cloudcut, si j’en ai bien compris le résumé, je conseille d’aller faire un tour sur le site eyeka… une boite de Gilles Babinet qui fonctionne avec la même idée et qui est belle et bien rentable selon mes sources :)

  2. J’en profite pour vous signaler un site agrégateur / comparateur qui s’appelle http://www.tuttodeal.com, et qui regroupe tous ces sites. Je gagne pas mal de temps en passant par cette plateforme vu que ca permet de maximiser la recherche et de comparer toutes les offres et leur prix en une seule page. A ajouter a vos bons plan ! ! ;)

  3. En ce qui concerne les difficultés pour faire emerger un projet BtoB d’un startup weekend, je rejoins tout a fait l’analyse d’Olivier.

    Lors du Startup Weekend Marseille qui a eu lieu en decembre 2010, il a fallu se battre pour pouvoir porter notre projet BookingBrick.

    En effet, ce projet qui est purement BtoB, necessite une bonne connaissance de la reservation hôtelière et du web en general pour pouvoir en mesurer la portée.
    Du coup, la plupart des participants n’avait rien compris au concept du projet… (j’avais peut-être mal pitché)… mais bon, de part la nature des participants qui étaient pour beaucoup encore étudiants, ca se comprend.

    On s’est donc retrouvé a seulement 3 personnes sur notre projet, alors que la plupart des equipes comptaient au moins 6 ou 7 personnes.
    Du coup, il a fallu insister auprès de l’organisation pour qu’ils nous autorisent à tout de même porter le projet, et au final on a fini par remporter la compétition… les membres du jury ayant bien mieux compris le potentiel (et le business model) de BookingBrick que les participants. :-)

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