RETAIL & ECOMMERCETRENDS

NRF Takeaways #1 – L’Agentic Commerce n’est plus un concept, c’est une réalité

Voici le premier volet de notre série spéciale « Takeaways NRF 2026 », par Laurence Faguer, experte retail & e-commerce chez FW.MEDIA.

À New York, l’énergie ressentie cette année à la NRF est inhabituelle. Dense. Tendue. Et surtout très orientée exécution.

Ce climat n’est pas déconnecté de la réalité économique. Aux États-Unis, les ventes de “core retail” progressent de +3,58 % sur un an (hors restauration, automobile et stations-service, source : Retail Monitor). Le commerce aborde 2026 avec une dynamique solide, visible aussi bien dans les malls que dans les performances des grandes enseignes.

Sans s’attarder sur cet appétit de consommation – déjà largement commenté – cette édition de la NRF met surtout en lumière un basculement structurel. Voici les enseignements clés à retenir.

L’IA devient un canal d’achat à part entière.

L’introduction du paiement direct dans les interfaces d’IA conversationnelles (ChatGPT, Gemini, Perplexity…) marque une rupture comparable à l’arrivée du mobile ou du paiement en ligne.

En 2025, l’IA servait principalement à explorer, comparer, s’informer.
En 2026, elle devient transactionnelle.

Selon Adobe Analytics :

  • Le trafic vers les sites de retail en provenance d’IA génératives a augmenté de près de 700 % sur un an
  • Sur la période des fêtes, ces sources ont généré des taux de conversion supérieurs de 31 % aux autres canaux

Le sujet n’est plus “l’IA comme assistant”, mais l’IA comme point d’entrée du commerce.

Universal Commerce Protocol : standardiser le commerce agentique.

Google, via Sundar Pichai, a annoncé le lancement du Universal Commerce Protocol (UCP), aux côtés de Shopify, Etsy, Wayfair, Target et Walmart.

L’objectif est clair :
poser les bases techniques d’un commerce orchestré par des agents IA, interopérable entre plateformes, marchands et systèmes de paiement.

Ce que permet l’UCP

  • Un langage commun pour le commerce agentique
  • Un protocole ouvert, standardisé
  • Des agents capables de gérer l’ensemble du parcours : recommandation, achat, paiement, service après-vente

Le point clé pour les retailers

Selon ses concepteurs, le commerçant conserve la relation client : transaction, data, expérience.
L’agent agit, mais la marque reste structurante.

De l’achat produit à l’achat “mission”.

L’un des signaux les plus forts observés à la NRF :
les agents IA ne se contentent plus d’acheter des produits. Ils exécutent des intentions complètes.

Walmart : structurer l’achat par intention

Sur Walmart.com, la recherche devient une “mission” :

  • organiser un anniversaire
  • préparer une journée à la plage
  • équiper un foyer

L’agent prend en charge la recherche, la sélection, la transaction et la livraison.

Ralph Lauren : l’agent comme conseiller

Avec Ask Ralph, Ralph Lauren transforme l’expérience :

  • auparavant : navigation → filtres → décision
  • désormais : conversation → guidance → achat

L’agent agit comme un vendeur expert, intégré à l’écosystème de marque.

Contenus pilotés par l’IA

Chez Zalando, 80 % des contenus marketing sont aujourd’hui générés par l’IA, avec une hausse de 70 à 80 % du taux de clics.

L’IA ne remplace pas la création : elle change l’échelle et la vitesse.

Pourquoi maintenant : le basculement du parcours d’achat

Ce que l’on appelle désormais le commerce agentique repose sur une mutation profonde du comportement consommateur.

Le parcours se transforme :

  • de la recherche à la conversation
  • des pages vitrines à l’exécution par un agent
  • du multi-clic à l’achat quasi instantané

Des acteurs structurent déjà cet écosystème :

  • Shopify (infrastructure commerce)
  • Meta (conversation transactionnelle)
  • Google (distribution)
  • Amazon (Rufus)
  • Walmart (Sparky)

Conséquence directe :

  • moins de clics
  • moins de pages
  • plus de décisions prises “dans la conversation”

La notion même de homepage et de checkout devient secondaire.

Marques et retailers : les nouveaux leviers de performance

Dans ce contexte, la question n’est pas “faut-il y aller ?” mais comment exister dans les conversations pilotées par des agents.

Les priorités stratégiques :

  • Être présent là où l’intention se forme
  • Apporter de la valeur, pas du bruit
  • Construire crédibilité et confiance

Les chantiers opérationnels :

Passer du SEO classique aux modes de recherche des LLM.

Repenser en profondeur les pages produit :

  • attributs exhaustifs
  • données exactes (stock local, disponibilité)
  • vidéos
  • réponses aux questions réelles des consommateurs

Multiplier les contenus :

  • marque
  • produit
  • micro-créateurs

Le facteur décisif : la confiance dans le paiement

Comme aux débuts du e-commerce, tout repose sur la confiance.

Jason Del Rey (The Aisle) observe une adoption progressive :

  • premiers achats plafonnés autour de 50 dollars
  • puis 100 à 200 dollars
  • avant, potentiellement, des paniers plus élevés

Cas concrets : quand les acteurs s’engagent.

Au-delà des discours, plusieurs enseignes ont partagé des engagements tangibles.

JD Sports Fashion Plc

Le groupe souhaite s’inscrire dans le commerce agentique sans perdre le contrôle :

  • des prix
  • des stocks
  • du checkout
  • de la préparation et de la livraison
  • de l’expérience client

« Les canaux GenAI deviendront un point d’entrée majeur du commerce. Notre objectif est de rendre l’achat aussi simple que possible, quel que soit le canal. »

Inventaire intelligent : de l’outil opérationnel au levier stratégique.

Autre enseignement fort de la NRF : l’inventaire devient un actif stratégique.

En 2026, les enseignes gagnantes seront celles capables de :

  • garantir une disponibilité proche de 100 %
  • libérer les équipes magasin de la recherche produit
  • fluidifier le lien entre magasin et e-commerce

La RFID n’est plus un outil de comptage.
Elle devient un levier de confiance, de fidélité et de croissance.

Cas Groupe Dynamite.

Avant :

  • écarts d’inventaire
  • frustration des équipes
  • pertes de ventes

Aujourd’hui (plateforme gStore) :

  • inventaire mis à jour toutes les 10 minutes
  • localisation fine des produits
  • vision quasi temps réel
  • magasin étendu au-delà de ses murs
  • meilleure exécution omnicanale

Marketplace : un outil d’orchestration, pas un “side business”.

En 2026, des acteurs comme Best Buy, Nordstrom ou Target utilisent leur marketplace comme outil stratégique.

Objectifs :

  • élargir l’assortiment sans saturer les magasins
  • tester de nouvelles catégories
  • identifier les tendances (“curation at scale”)
  • rester agile

Walmart adopte une approche complémentaire : exposition physique de produits volumineux, QR codes pour l’information et la commande.

La citation

“One of the biggest transitions I had to make was helping the team understand that you can’t tell the customer what they want.”

Fran Horowitz – CEO, Abercrombie & Fitch Co

Sous sa direction, le groupe enchaîne douze trimestres consécutifs de croissance, porté notamment par Hollister.
Une transformation profonde, fondée sur l’écoute terrain, jusque dans les échanges informels avec les équipes.

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