
UBEES sécurise huit millions d’euros pour industrialiser la pollinisation connectée
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Comment UBEES inscrit la pollinisation au cœur de la performance agricole
L’agtech a prospéré sur la promesse d’une agriculture augmentée par la technologie. Capteurs, automatisation et plateformes de données ont structuré un récit d’innovation souvent porté par l’offre plus que par la demande. Ce cycle touche aujourd’hui à sa fin, sous l’effet d’une rationalisation du capital, le secteur entre dans une phase plus exigeante, où la technologie n’a de valeur que si elle produit des résultats mesurables.
C’est dans cette perspective qu’UBEES annonce aujourd’hui une série A de huit millions d’euros, menée par Starquest et Capagro, avec la participation du fonds belge Nutri. Pour en parler nous recevons son CEO Louis Delelis-Fanien
Un secteur encore fragmenté, mais déjà sous tension
Contrairement à d’autres segments de la tech agricole, l’apiculture connectée reste un marché très éclaté. « C’est encore très fragmenté, puisqu’il y a beaucoup de solutions qui sont encore en test », observe Louis Delelis-Fanien. Cette fragmentation est surtout d’un secteur en recomposition, où les usages, les modèles économiques et les attentes des clients continuent de se préciser.
Les investisseurs, plus sélectifs, arbitrent désormais sur la capacité des startups à passer à l’échelle, à générer des revenus récurrents et à documenter leur impact. « L’élément décisionnel, clairement, c’est la rentabilité», souligne le dirigeant. L’impact, s’il demeure un critère pour certains fonds spécialisés, ne constitue plus à lui seul un facteur décisif.
Faire de la pollinisation un levier agronomique
Concrètement, UBEES développe des projets d’apiculture pour des acteurs majeurs de l’agroalimentaire, avec pour objectif central d’améliorer les rendements agricoles. « On apporte des augmentations de rendement agricole très significatives », explique Louis Delelis-Fanien, évoquant des gains allant « de plus 10 à 15 % jusqu’à plus 40–50 % » selon les cultures. Café, fruits rouges, avocats ou noix figurent parmi les principales filières concernées.
Cette approche produit un double effet, d’un côté, elle améliore la performance économique des exploitations de l’autre, elle renforce la sécurité des chaînes d’approvisionnement pour les marques, notamment dans les pays en développement, où l’exode rural fragilise les filières agricoles. « On arrive à augmenter de façon très significative les revenus des fermiers », souligne-t-il, en combinant hausse des rendements et revenus complémentaires issus de la ruche.
Technologie embarquée et organisation terrain
Le cœur du dispositif repose sur des ruches connectées. UBEES équipe les ruches de capteurs capables de suivre à distance la santé des colonies. « On utilise la boîte avec le vivant, et on met notre technologie dessus », explique le CEO. Les données collectées, principalement des données de température, sont ensuite analysées pour produire des indicateurs précis de santé de la ruche.
Cette capacité d’analyse constitue l’une des principales barrières à l’entrée. « Notre technologie est brevetée. Elle est le fruit d’années de recherche », insiste-t-il. L’enjeu n’est pas seulement technologique : il s’agit de déployer des solutions robustes, maintenables dans des environnements agricoles contraints, et utilisables par des fermiers peu familiers des outils numériques.
À partir de ces données, UBEES génère des recommandations opérationnelles : nourrir la ruche, vérifier la reine, anticiper la floraison. « On essaye de faire en sorte que les ruches soient fortes au moment de la floraison », précise Louis Delelis-Fanien. C’est cette anticipation qui permet d’optimiser la pollinisation et, in fine, les rendements.
Un modèle structuré autour des filières et des marques
Pour atteindre l’échelle, UBEES s’appuie sur un écosystème d’acteurs composé de fermiers, de coopératives, de traders internationaux et de grandes marques agroalimentaires. « On travaille avec des coopératives, avec des traders comme Olam, Ecom, ETG ou Louis Dreyfus, et avec des grandes marques qui se fournissent auprès de ces fermiers », détaille le dirigeant.
Cette organisation permet de déployer des projets impliquant des centaines, voire des milliers de fermiers, sans multiplier les points de contact individuels. Elle offre également une capacité de standardisation relative, tout en tenant compte des spécificités locales. « Ce n’est pas la même chose de mettre de la technologie dans des champs d’amandiers à perte de vue que dans des fermes de café en Colombie », rappelle-t-il.
Une trajectoire façonnée par un pivot stratégique
Créée en 2017 par Arnaud Lacour, UBEES était à l’origine une société américaine d’apiculture traditionnelle. Le tournant intervient en 2021, lorsque l’entreprise passe d’un modèle centré sur la location de ruches à une approche orientée vers les grandes marques. « Pourquoi on n’essayerait pas d’augmenter les rendements de nos caféculteurs en Colombie ? », se souvient Louis Delelis-Fanien, évoquant l’impulsion donnée par Guillaume Le Cunff, alors dirigeant chez Nestlé.
Depuis, l’activité liée aux marques représente environ deux tiers du chiffre d’affaires. Ce repositionnement a structuré la thèse d’investissement avec un marché international profond, une capacité à scaler avec un nombre limité de clients et une création de valeur mesurable pour l’ensemble de la chaîne.
Une série A pour accélérer après une phase de rigueur
UBEES annonce aujourd’hui une série A de huit millions d’euros, menée par Starquest et Capagro, avec la participation du fonds belge Nutri. Les fonds serviront principalement à financer le besoin en fonds de roulement, lié à des délais de paiement longs, ainsi qu’à soutenir les investissements en capex, les ruches restant inscrites au bilan de l’entreprise.
Cette levée intervient après une période tendue. « Ça a été clé, c’est ce qui nous a permis de survivre entre 2024 et 2025 », confie le CEO, évoquant la rigueur financière imposée durant ces années. L’entreprise entend désormais accélérer, notamment sur le plan commercial, en recrutant des profils capables d’opérer sur plusieurs zones géographiques.
Entre performance économique et mission écologique
Si la sustainability n’est plus toujours une priorité affichée pour certaines entreprises, UBEES revendique une mission claire. « Notre mission, c’est de repeupler le monde d’abeilles », affirme Louis Delelis-Fanien. Pour l’entreprise, la biodiversité n’est pas un supplément d’âme, mais un facteur de stabilité des systèmes agricoles. « Si vous avez de la biodiversité dans votre ferme, vous allez avoir des ruches fortes, et donc plus de pollinisation », résume-t-il.
À l’heure où l’agtech entre dans une phase de sélection naturelle, le parcours d’UBEES illustre le mouvement d’un secteur qui se détache des promesses technologiques pour s’ancrer dans l’économie réelle. Une transition où la valeur se mesure moins à l’innovation affichée qu’aux résultats produits sur le terrain.
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