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France 2030 : comment l’État sélectionne les futurs réacteurs nucléaires

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La relance du nucléaire en France ne passe plus uniquement par les grands réacteurs. Depuis plusieurs années, l’État cherche également à faire émerger une nouvelle génération de technologies nucléaires portées par des startups et des industriels. C’est dans ce cadre que s’inscrit le programme France 2030, qui vise à soutenir l’émergence de réacteurs innovants, plus compacts et capables de produire non seulement de l’électricité, mais aussi de la chaleur ou de l’hydrogène.

Ce dispositif fonctionne comme un mécanisme d’accompagnement progressif. Plusieurs projets sont soutenus à différents stades de maturité, mais tous savent que le nombre de technologies qui seront réellement déployées restera limité. Le programme agit ainsi à la fois comme un levier d’innovation et comme un outil de sélection industrielle.

Un appel à projets pour structurer une nouvelle génération de réacteurs

Le programme France 2030, lancé en 2021, comprend un volet consacré aux réacteurs nucléaires innovants, doté d’une enveloppe dédiée destinée à soutenir des concepts de petite taille et des technologies susceptibles d’améliorer la gestion des déchets ou la flexibilité des usages énergétiques. (

Dans ce cadre, l’État a lancé un appel à projets visant à faire émerger un écosystème de startups nucléaires. Onze entreprises ont finalement été retenues et bénéficient d’un soutien financier et d’un accompagnement technique, notamment du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).

Parmi ces projets figurent notamment Blue Capsule, Calogena, Hexana, Otrera Nuclear Energy, Renaissance Fusion ou encore Jimmy Energy.

Ces initiatives couvrent des approches technologiques variées, dont certaines cherchent à développer de nouveaux types de réacteurs pour produire de l’électricité et d’autres se concentrent sur des usages industriels plus spécifiques, comme la production de chaleur.

Une compétition technologique dans un secteur en recomposition

L’émergence de ces projets intervient dans un contexte international marqué par un regain d’intérêt pour le nucléaire. Les petits réacteurs modulaires, généralement appelés SMR pour small modular reactors, sont présentés par plusieurs gouvernements comme une piste pour renouveler l’industrie nucléaire et compléter les grandes centrales traditionnelles.

Ces réacteurs, dont la puissance se situe généralement entre quelques dizaines et quelques centaines de mégawatts, sont conçus pour être fabriqués de manière plus standardisée et déployés sur des sites industriels ou des réseaux énergétiques locaux.

Toutefois, leur développement reste confronté à plusieurs incertitudes : financement, maturité industrielle, acceptabilité locale et viabilité économique. Les autorités publiques en sont conscientes, c’est pourquoi l’approche française consiste à soutenir plusieurs pistes simultanément avant de concentrer les ressources sur les projets jugés les plus solides.

De nombreux projets, mais une sélection progressive

L’appel à projets de France 2030 n’a jamais été conçu comme un financement uniforme de tous les concepts. Il s’apparente davantage à un processus d’instruction continue.

Dans une première phase, l’objectif est de soutenir la recherche et la conception. Les projets sélectionnés reçoivent des financements publics et un accompagnement technique afin de démontrer la faisabilité de leurs technologies.

Dans une seconde phase, les autorités publiques observent la progression des projets : maturité technologique, capacité à structurer une chaîne industrielle, crédibilité économique et perspectives d’industrialisation.

Cette approche s’inspire de mécanismes déjà utilisés dans d’autres secteurs stratégiques, où l’État finance plusieurs initiatives avant de privilégier celles qui parviennent à franchir les étapes techniques et industrielles.

Jimmy Energy, un projet orienté vers la chaleur industrielle

Dans cet écosystème, certaines entreprises se distinguent par leur positionnement. C’est le cas de Jimmy Energy, qui développe des générateurs thermiques nucléaires destinés à produire de la chaleur pour les sites industriels. L’entreprise part d’un constat simple : une part importante de l’énergie consommée par l’industrie prend la forme de chaleur, encore majoritairement produite à partir de gaz fossile. Le projet consiste à substituer à ces chaudières traditionnelles une source de chaleur nucléaire, décarbonée et stable, capable d’alimenter directement les processus industriels.

Cette orientation vers la chaleur industrielle correspond à un usage souvent moins visible que la production d’électricité, mais largement répandu dans l’industrie lourde, notamment dans la chimie, la métallurgie ou l’agroalimentaire.

Une phase d’industrialisation qui commence

Pour poursuivre son développement, Jimmy Energy annonce aujourd’hui un financement de 80 millions d’euros. L’opération combine une levée de fonds de 40 millions d’euros en equity, menée par Crédit Mutuel Impact avec la participation d’Ademe Investissement et d’actionnaires historiques, et 40 millions d’euros de soutien public dans le cadre du programme France 2030.

Ces nouveaux financements doivent permettre à l’entreprise d’entrer dans une phase plus industrielle de son projet : conception détaillée du réacteur avec ses fournisseurs, préparation de la construction et structuration de sa chaîne de production.

Le premier projet est envisagé sur le site industriel de Cristanol à Bazancourt, dans la Marne, avec un objectif de mise en service au début des années 2030.

Une étape décisive pour le nucléaire innovant

Le programme France 2030 ne se limite pas à financer des concepts technologiques. Il constitue également un mécanisme d’apprentissage pour la filière nucléaire française.

La multiplication des projets permet d’explorer différentes architectures de réacteurs et différents usages énergétiques. Mais à mesure que les projets avancent vers des phases d’industrialisation, les contraintes économiques et industrielles deviennent plus visibles.

Dans ce contexte, la sélection progressive opérée par l’État vise à concentrer les ressources publiques sur les technologies capables de franchir les étapes techniques et réglementaires nécessaires à la construction d’un premier démonstrateur.

La trajectoire des prochaines années permettra de déterminer quels projets parviendront à passer de la phase de conception à celle de l’exploitation industrielle.

Jimmy Energy en bref

Jimmy Energy est une startup française fondée par Antoine Guyot et Mathilde Grivet. L’entreprise développe des générateurs thermiques nucléaires destinés à produire de la chaleur pour les sites industriels.

La société annonce aujourd’hui un financement total de 80 millions d’euros, composé d’une levée de fonds de 40 millions d’euros menée par Crédit Mutuel Impact, avec la participation notamment d’Ademe Investissement et des actionnaires historiques, et d’un soutien public de 40 millions d’euros dans le cadre du programme France 2030. Cette opération porte à plus de 60 millions d’euros les financements privés levés par la startup depuis sa création.

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