CODE OF POWER

Choose France 2026 : de la réindustrialisation à la guerre des gigawatts

📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media

Lorsque Emmanuel Macron lance Choose France en 2018, la promesse est de convaincre les investisseurs internationaux que la France peut redevenir une terre d’industrie. Huit ans plus tard, dans les salons du château de Versailles, le paysage a profondément changé. Les automobiles, les usines chimiques ou les centres logistiques qui dominaient les premières éditions ont laissé place aux data centers, aux semi-conducteurs, aux infrastructures énergétiques et aux capacités de calcul destinées à l’intelligence artificielle.

Cette neuvième édition, la dernière du second quinquennat du chef de l’État sous son format international, apparaît ainsi comme un révélateur de la transformation de la politique industrielle française. Plus qu’un sommet consacré à l’attractivité économique, Choose France est devenu un observatoire des nouveaux rapports de force technologiques mondiaux.

En neuf éditions, l’Élysée revendique 230 projets représentant 87 milliards d’euros d’investissements. Une trajectoire que l’exécutif présente comme la démonstration du retour de la France dans la compétition industrielle internationale.

Pour l’édition 2026, le gouvernement annonce une nouvelle fois un record et pas des moindres avec l’investissement de SoftBank. Le groupe japonais de Masayoshi Son prévoit jusqu’à 75 milliards d’euros d’investissements dans des infrastructures liées à l’intelligence artificielle. L’annonce écrase à elle seule l’ensemble des projets présentés lors des premières éditions du sommet.

Autour de cette initiative gravitent d’autres investissements emblématiques. HPE et NVIDIA confirment l’installation d’un IA Factory Lab à Grenoble. Foxconn renforce sa présence industrielle à Angers autour des équipements destinés aux serveurs d’intelligence artificielle. Schneider Electric se positionne sur la chaîne de valeur des data centers de Softbank. Tekever poursuit son développement dans les drones tandis que Venturi Space choisit Toulouse pour développer ses activités spatiales.

Pris isolément, ces projets semblent hétérogènes, mais ils racontent pourtant une même histoire, la réindustrialisation défendue par l’exécutif ne repose plus prioritairement sur les industries traditionnelles mais sur les infrastructures nécessaires à l’économie du calcul.

Alors que les premières années de Choose France, les annonces concernaient principalement des implantations industrielles classiques, des centres de recherche ou des extensions de capacités de production, en 2026, les principaux montants sont concentrés autour de l’intelligence artificielle, de l’énergie décarbonée, des semi-conducteurs et des infrastructures numériques.

La question n’est plus seulement de produire sur le territoire national et consiste désormais à savoir où seront hébergées les capacités de calcul qui alimenteront la prochaine génération d’entreprises technologiques.

Sur ce terrain, la France dispose d’atouts réels, avec un parc nucléaire lui procure une électricité relativement décarbonée. Certaines régions disposent encore de réserves foncières importantes. Les procédures administratives ont été progressivement simplifiées et les pouvoirs publics ont multiplié les dispositifs destinés à attirer les investisseurs internationaux.

Une stratégie qui a produit des résultats tangibles, ainsi certaines annonces des précédentes éditions ont effectivement franchi le stade des présentations officielles. Trois ans après son annonce lors de Choose France 2023, le projet Neomat a ainsi donné lieu à la pose de la première pierre d’une usine destinée à produire des matériaux actifs de cathode pour batteries électriques. Le partenariat entre Orano et le groupe chinois XTC New Energy prévoit à terme plusieurs centaines d’emplois et une capacité de production destinée au marché européen du véhicule électrique, ou encore l’usine de semi-conducteurs portée par Foxconn, Thales et Radiall près de Bordeaux .

Mais à mesure que les montants augmentent, les difficultés d’exécution apparaissent elles aussi plus visibles.

Quelques jours avant cette édition 2026, la liquidation de Carbon est venue rappeler les limites des ambitions industrielles européennes. Présenté comme l’un des projets les plus emblématiques de la renaissance du photovoltaïque français, le fabricant de panneaux solaires n’a pas réussi à réunir les financements nécessaires à la construction de sa giga-usine. Plus profondément, ses dirigeants ont dénoncé l’absence d’un véritable marché européen capable de protéger l’émergence d’une filière industrielle face à la concurrence chinoise.

Le cas de Fluidstack raconte également une autre facette du même problème. Quelques mois seulement après avoir annoncé un projet de data center d’un gigawatt à Bosquel, dans la Somme, pour un montant de 10 milliards d’euros, l’entreprise britannique a renoncé à cette implantation.  L’annonce avait pourtant été érigée en symbole lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle pour démontrer la capacité de la France à attirer des infrastructures de calcul parmi les plus importantes d’Europe. Un projet qui s’inscrivait pleinement dans les 109 milliards d’euros d’investissements mis en avant

Si les montants dévoilés à Versailles témoignent d’une ambition réelle, ils rappellent également qu’à l’ère de l’intelligence artificielle, la compétition se joue dans l’exécution industrielle, là où se rencontrent financement, énergie, chaînes d’approvisionnement et capacité à transformer une promesse en infrastructure opérationnelle.

C’est probablement le principal enseignement de cette dernière édition du second quinquennat Macron. Choose France a incontestablement contribué à replacer le pays sur la carte des investisseurs internationaux. Mais l’expérience accumulée depuis 2018 montre également que l’attractivité constitue seulement la première étape d’un processus beaucoup plus long.

La véritable mesure du succès ne résidera pas dans les milliards annoncés, ni même dans le nombre de projets dévoilés chaque année sous les ors de Versailles, mais se lira dans les usines effectivement construites, les centres de calcul réellement raccordés au réseau électrique et les chaînes de valeur durablement ancrées sur le territoire européen.

Car à l’heure où la compétition mondiale se déplace vers les infrastructures de l’intelligence artificielle, la souveraineté industrielle ne se décrète pas, mais se construit mégawatt après mégawatt.

Suivez nous:
Bouton retour en haut de la page