AMI LABS lève 890 millions d’euros pour construire une nouvelle génération d’IA autour des “world models”
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À mesure que l’intelligence artificielle générative s’impose dans les usages, un débat scientifique traverse désormais la communauté de la recherche : les modèles de langage actuels, fondés sur la prédiction statistique de texte, peuvent-ils réellement conduire à une intelligence artificielle capable de comprendre le monde ? Pour Yann LeCun, la réponse est non. L’un des pionniers de l’IA moderne défend depuis plusieurs années une autre approche, fondée sur ce qu’il appelle les “world models”, des systèmes capables de modéliser les dynamiques du monde réel plutôt que de simplement générer du texte.
C’est autour de cette vision qu’est lancé AMI Labs (Advanced Machine Intelligence Labs), un nouveau laboratoire d’intelligence artificielle qui vient de réunir 890 millions d’euros de financement à une valorisation pre money de 3 milliards d’euros, pour développer une nouvelle génération de systèmes capables d’apprendre à partir de leur environnement et d’anticiper les conséquences de leurs actions. Par l’ampleur de son financement et par l’ambition scientifique affichée, l’initiative se positionne d’emblée parmi les projets d’IA les plus ambitieux lancés en Europe.
Un laboratoire d’IA structuré comme une organisation scientifique mondiale
AMI Labs est présidé par Yann LeCun, figure majeure de la recherche en intelligence artificielle et lauréat du prix Turing. L’exécution opérationnelle du projet est confiée à Alexandre LeBrun, entrepreneur reconnu dans le domaine de l’IA, qui occupe la fonction de CEO.
Autour d’eux, l’organisation s’articule comme un véritable laboratoire de recherche international. Le rôle de Chief Science Officer est assuré par Saining Xie, spécialiste de la représentation visuelle en apprentissage automatique. La direction de la recherche et de l’innovation est confiée à Pascale Fung, pionnière des approches d’IA centrées sur l’humain. Les travaux sur les architectures de world models seront pilotés par Michael Rabbat.
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L’organisation opérationnelle est assurée par Laurent Solly, nommé COO. Son rôle sera notamment de structurer le développement du laboratoire, ses opérations internationales et ses partenariats industriels.
La structure de gouvernance illustre l’ambition du projet de combiner recherche fondamentale, engineering de pointe et capacité d’industrialisation.
Les “world models”, une alternative aux architectures dominantes
Depuis l’essor des modèles génératifs, les grandes avancées de l’IA ont été portées par les large language models (LLM). Ces systèmes apprennent principalement en analysant d’immenses volumes de texte afin de prédire les mots les plus probables dans une séquence donnée.
Pour Yann LeCun, cette approche atteint toutefois des limites structurelles. Les modèles génératifs peuvent produire des réponses cohérentes, mais ils restent incapables de comprendre les relations causales qui régissent le monde physique et social.
Les world models visent précisément à combler cette lacune. L’objectif est de concevoir des systèmes capables de construire une représentation interne de leur environnement et d’anticiper l’évolution des situations auxquelles ils sont confrontés. Une telle approche pourrait ouvrir la voie à des avancées majeures dans des domaines comme :
- la robotique autonome
- la simulation scientifique
- les agents intelligents
- les systèmes décisionnels.
Autrement dit, là où les LLM se spécialisent dans la génération de contenu, les world models cherchent à modéliser la réalité elle-même.
Une levée de fonds sursouscrite
Le financement d’AMI Labs atteint 890 millions d’euros, un niveau exceptionnel pour un projet encore en phase de lancement. Selon plusieurs sources proches du dossier, le tour de table a suscité un intérêt bien supérieur au montant finalement retenu, les engagements d’investisseurs dépassant largement la taille du tour.
Cette sursouscription a conduit plusieurs participants à réduire leur ticket initial, afin de permettre l’entrée d’un plus grand nombre d’investisseurs stratégiques.
Le tour de table réunit un ensemble d’acteurs représentant différentes catégories de capital : venture capital, investisseurs institutionnels et partenaires industriels. Parmi eux figurent notamment Temasek, Softbank, Greycroft, New Legacy Ventures, Bezos Expeditions, Toyota Ventures ou encore Nvidia, dont la présence reflète l’importance croissante des infrastructures de calcul dans le développement des modèles d’IA.
Du côté des investisseurs européens, on retrouve Cathay Innovation et Daphni qui se positionnent en tête des investisseurs institutionnels français, suivis par Serena, Eurazeo et Bpifrance.
La diversité de ce tour de table reflète la nature hybride du projet, à la fois scientifique, industriel et stratégique.
La bataille mondiale pour l’infrastructure de l’IA
Au-delà de la recherche fondamentale, une part très significative des capitaux levés devrait être consacrée à la puissance de calcul nécessaire à l’entraînement des modèles.
L’IA moderne repose en effet sur des infrastructures de plus en plus lourdes : clusters de GPU, réseaux haute performance et centres de données spécialisés. Dans ce contexte, la disponibilité du compute devient un facteur déterminant de compétitivité.
Un projet emblématique pour l’écosystème européen
L’ambition d’AMI Labs s’inscrit dans une dynamique visant à renforcer la capacité de l’Europe à financer et développer des laboratoires de recherche en intelligence artificielle à très grande échelle.
Jusqu’à présent, les initiatives de ce type ont principalement émergé aux États-Unis, avec des organisations comme DeepMind, OpenAI ou Anthropic. La création d’AMI Labs marque ainsi une tentative européenne de structurer un laboratoire capable de rivaliser sur le terrain scientifique et technologique.
Si la réussite d’un tel projet reste incertaine, l’ampleur du financement obtenu et la qualité de l’équipe réunie témoignent d’un changement d’échelle dans les ambitions de l’écosystème, et dans une industrie où la course à la puissance de calcul et aux talents scientifiques s’intensifie, AMI Labs apparaît déjà comme l’un des paris les plus audacieux de l’IA européenne.
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