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Corporate Venture: quelle efficacité pour les grands groupes et les start-up?

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Depuis le 3 septembre 2016, un nouveau dispositif fiscal permet aux entreprises entrant au capital d'une PME européenne innovante d’amortir sur 5 ans les sommes versées via l’impôt sur les sociétés (IS). Ce dispositif «corporate venture» ou «capital-investissement d'entreprise» en français, ne s'applique toutefois qu'aux placements n'excédant pas 20% du capital de l'entreprise bénéficiaire et dont le montant est inférieur à 1% des actifs de l’investisseur. Le Ministère de Finance estime le montant pour 2017 à au moins 700 millions d’euros.

Mais est-ce vraiment une formule magique pour nos entreprises?

Regardons d’abord les grandes entreprises et ETI

Dans un marché européen à faible croissance et à concurrence grandissante, pour des raisons stratégiques (mieux innover) mais aussi pour obtenir un meilleur résultat financier, beaucoup de nos grandes entreprises ont instauré une cellule «Venture» qui contient en moyenne 25 millions d’euros. Mais dans deux tiers des cas, cette cellule est peu-active et se limite à donner à des cadres hors-mission une soi-disant tâche d’accompagnement des start-up. Nous pouvons parler d’un placard doré où les start-up aidées ne reçoivent pas le support adapté pour accélérer leur développement.

Les initiatives telles que les hackathons, la création d’incubateurs ou la mise en place de cellules d’innovation ouverte (Open innovation) échouent également à 80-90% (chiffres de Capgemini Consulting et Altimeter) et le rachat d’entreprises innovantes dans le but d’intégrer leurs innovations ne fonctionne guère mieux (72% d’échecs d’intégration). Pour les grandes entreprises, l’acquisition tue l’innovation acquise.

Sous condition d’une bonne définition stratégique par le comité exécutif, ce nouveau dispositif de corporate venture permet de préempter un ensemble d’innovations, d’en appréhender les nouveautés et les écosystèmes associés. De plus, les grandes entreprises peuvent en tant qu’actionnaire bénéficier de ces nouveaux produits/services en gardant ses principaux concurrents à distance.

En limitant l’investissement à 20% du capital, la grande entreprise apporte l’aide financière nécessaire au développement de l’entreprise innovante tout en préservant son indépendance.

En finalité, investir dans une société européenne à forte capacité de croissance, tout en bénéficiant d’un avantage fiscal conséquent, est une opération très rentable pour les grandes entreprises.

Le défaut des financements publics

Nos institutions soutiennent fortement l’innovation et c’est nécessaire mais cette solution est trop chronophage et oblige les entreprises soutenues à se focaliser sur le développement du produit et sur la rédaction de reporting demandé au détriment de la commercialisation même. Cette approche est une des causes majeures de la disparition de 90% de nos start-up. Il est temps que les institutions françaises suivent certains pays européens qui intègrent la commercialisation dans leurs critères d’obtention d’une aide publique. Je préfère une start-up étrangère qui me montre comment arriver au bout du chemin qu’une start-up française qui me demande de financer son arrivée au prochain feu rouge. A nous de changer les règles!

Et pour nos PME innovantes?

Toutes les entreprises innovantes cherchent avant tout à devenir des acteurs majeurs sur le marché. Pour se faire, elles ont besoin d’argent pour accélérer leur développement et conquérir de nouveaux clients/marchés en France et à l’international.

Recevoir de l’argent d’un grand compte/ETI est intéressant mais avoir un acteur majeur comme actionnaire crédibilise de suite l’entreprise et ses produits tout en lui permettant de se développer plus rapidement. Les aspects hors-financier de cette relation permet à la PME d’apprendre à s’industrialiser, à installer son innovation au sein du grand groupe/ETI et le cas échéant, à utiliser le réseau de distribution pour diffuser ses produits sur un marché international. La PME peut grandir très rapidement en gardant son autonomie de décision.

Conclusion

Avec cette forme de corporate venture disponible depuis septembre dernier, nous retrouvons un dispositif permettant d’optimiser l’innovation au sein des grands groupes/ETI et PME en les faisant travailler ensemble.

Dans les conditions économiques actuelles, nos grandes entreprises ont besoin d’obtenir de meilleurs résultats financiers et de mieux concrétiser leur transformation numérique. Elles peuvent y parvenir en investissant d’une manière intelligente dans des PME innovantes européennes. En ajoutant suivant Bercy 700 millions d’euros par an en capital risque sur le marché français, nos PME ont de très beaux jours devant elles pour grandir et se développer.

Erik Van Rompay

Alliant une formation d’ingénieur à l’Insead, un esprit entrepreneur et des expériences en France et à l’International, Erik Van Rompay est un expert référent sur l’innovation en Europe.

Avec cinq années chez Walt Disney Imagineering à son actif, il a travaillé à la réalisation de plusieurs projets industriels pour Ford Motors, Volvo, Daf Trucks et Rolls Royce, ainsi qu'à la création de 5 start-up. Cette expérience lui a permis de maîtriser toute la problématique de la start-up jusqu’au grand groupe industriel.

mail : erikvanrompay@yahoo.com

twitter @vanrompay

 

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Un commentaire

  1. « Je préfère une start-up étrangère qui me montre comment arriver au bout du chemin qu’une start-up française qui me demande de financer son arrivée au prochain feu rouge. A nous de changer les règles »
    Merci Erik ! ET très bonne année 2017.

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