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Gilles Grapinet, le patron de WORLDLINE sous pression

Par Benoît PELEGRIN / AFP

Les temps sont durs pour Gilles Grapinet: après deux pannes et une chute impressionnante en Bourse, la société spécialisée dans les paiements qu’il dirige, Worldline, va quitter le 18 décembre le CAC 40, l’indice vedette de la Bourse de Paris.

Ce revers de fortune est assez nouveau pour l’énarque de 60 ans, directeur général depuis l’été 2013 de l’entreprise créée par le géant informatique Atos pour héberger ses activités relatives aux paiements.

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Sous sa direction, Worldline s’émancipe d’Atos à la faveur d’une introduction en Bourse en juin 2014. Avide de croissance, le groupe multiplie ensuite les acquisitions (Equens, Six Payment Services, Ingenico…).

Le prix de l’action enfle lui aussi, passant d’un peu plus de 16 euros à ses débuts à plus de 85 euros pendant l’été 2021. C’est à ce moment-là que la rentabilité de l’entreprise commence à décevoir les analystes, qui s’interrogent aussi sur le sort de l’activité de terminaux de paiement du groupe.

« On s’est contenté de faire de la croissance externe sans vraiment digérer toutes les entreprises qu’on rachetait », déplore un délégué syndical CFTC auprès de l’AFP.

La passe est particulièrement mauvaise depuis cet automne: la société a subi coup sur coup deux pannes d’ampleur, le 21 octobre puis le 7 novembre.

Dans l’intervalle, le 25 octobre, l’action subit une dégringolade historique de 59% de son cours de Bourse, en marge de résultats du troisième trimestre décevant.

 

– Formé à Bercy –

 

« J’ai le sentiment que dans la tempête il est assez solide », explique à l’AFP, à propos de Gilles Grapinet, l’ex-directeur général de Pôle Emploi Jean Bassères, rencontré dans les couloirs du ministère de l’Économie, au début des années 2000.

Il sait rester « actif » dans ce type de circonstances, abonde le patron d’EDF Luc Rémont, lui aussi rencontré il y a plus de vingt ans à Bercy. M. Grapinet tente par exemple d’éteindre l’incendie le soir même du 25 octobre dans les colonnes du quotidien économique Les Echos.

La première partie de la carrière de Gilles Grapinet se fait « au service de l’État » comme il le souligne lui-même et comme avant lui son père magistrat, qui a occupé plusieurs postes en Afrique, sous l’autorité du ministère de la Coopération.

Sorti de l’ENA en 1992, Gilles Grapinet intègre l’inspection des finances et planche sur le programme baptisé Copernic, qui fait entrer la collecte de l’impôt dans le XXIème siècle et comporte un volet paiement.

Au retour aux affaires de la droite en 2002, il devient conseiller auprès du premier ministre Jean-Pierre Raffarin puis directeur de cabinet de l’éphémère ministre de l’Economie Hervé Gaymard fin 2004.

Prenant la suite au pied levé à Bercy, Thierry Breton conserve M. Grapinet auprès de lui jusqu’à son départ en 2007.

Après un bref passage au Crédit Agricole, M. Grapinet est rappelé par Thierry Breton, arrivé entre-temps à la tête du champion informatique français Atos.

 

– Plus d’un tour –

 

Son entourage professionnel le dépeint comme un homme intelligent, curieux mais parfois susceptible, à même de faire comprendre à son interlocuteur si un point sensible a été touché.

Il loue aussi la créativité du chef d’entreprise, magicien à ses heures et passionné d’histoire, en lien avec ses origines corses ou le Mali, où il a vécu enfant.

« Gilles a d’immenses qualités », souligne M. Rémont, qui a été administrateur de Worldline entre 2014 et 2023, « il est passionné et engagé, notamment pour toutes ces questions digitales qui l’habitent depuis très jeune ».

Le dirigeant, marié et père de trois enfants, cristallise aussi les oppositions en interne.

Son salaire, qui peut aller jusqu’à 3 millions d’euros cette année (fixe et variable), et à 3,4 millions d’euros à partir de l’année prochaine, fait grincer des dents.

Le responsable de Phitrust Dominique Branche, petit actionnaire de Worldline, reproche à Gilles Grapinet une mauvaise communication auprès du marché.

« C’est un technocrate, il ne fend pas beaucoup l’armure », regrette ce même représentant syndical CFTC, animateur d’un mouvement de grève en fin d’année dernière, fait rare dans un monde au croisement de l’informatique et la finance.

« On est en train de se rendre compte que la stratégie que l’on poursuit depuis presque dix ans ne paye pas », poursuit-il.

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