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Google est-il en mesure d’inquiéter les géants du jeu vidéo ?

AFP

Google a promis mardi de révolutionner le monde du jeu vidéo en lançant « cette année » une plateforme permettant de jouer en streaming, mais aussi en dévoilant une nouvelle manette et en lançant son propre studio de création. Le groupe américain, qui est aussi un géant du cloud, lancera cette plateforme, baptisée Stadia, aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et certains pays d’Europe, ont indiqué ses responsables lors d’une conférence annuelle des développeurs de jeux vidéo à San Francisco.

Stadia sera « le moteur qui va redessiner les jeux et l’avenir », a affirmé mardi Jade Raymond, qui va prendre la tête du nouveau studio de création de jeux vidéo de Google – « Stadia Games and Entertainment », autre annonce importante du groupe mardi. Avec cette plateforme, Google entend s’adresser à tout le monde, aux créateurs de jeux comme aux joueurs. Concrètement, Stadia va permettre aux gamers de jouer sans accroc et directement en ligne, depuis différents appareils compatibles (tablette, smartphone, télévision), à des jeux sophistiqués. Et ce, sans avoir à les télécharger ou à les installer, sur le modèle de Netflix pour la vidéo ou de Spotify pour la musique.

« Le pouvoir et l’accessibilité du streaming va offrir à des milliards [de gens] des possibilités inédites pour jouer à des jeux vidéo », a commenté Yves Guillemot, PDG du géant français du secteur Ubisoft, qui collabore avec Google sur le sujet.

Google, qui dispose de la puissance de son infrastructure de cloud avec des centres de stockage de données dans plusieurs pays du monde, avait commencé en effet à tester la technologie il y a quelques mois, avec Assassin’s Creed: Odissey d’Ubisoft : les gamers pouvant accéder à une partie tout simplement depuis Chrome.

Sony et Nintendo inquiets

Les actions des groupes japonais Sony et Nintendo dévissaient chacune de plus de 4 % mercredi matin à la Bourse de Tokyo, au lendemain de l’annonce par Google de ses projets ambitieux dans le domaine du jeu vidéo. Le titre Sony tombait de 4,47% à 4 895 yens et celui de Nintendo s’affaissait de 4,57% à 30 050 yens.
Les investisseurs craignent que leur domination actuelle de l’univers du jeu vidéo ne soit bousculée par Google et le lancement de Stadia.

S’il est difficile de mesurer l’impact d’un service tant qu’il n’existe pas, la taille de Google et l’emprise du géant sur internet semblent inquiéter les détenteurs d’actions de Sony et Nintendo dont les jeux, y compris en ligne, reposent sur la possession d’une console dédiée. D’un autre côté, le pari de Google suppose d’être connecté avec une liaison d’excellente qualité.

Les limites du jeu vidéo « classique »

Actuellement, les créateurs de jeux font face à des « limites », car il faut que leurs produits tiennent sur un support physique ou qu’ils soient téléchargeables dans un temps raisonnable, explique à l’AFP Darryl Long, directeur du studio Ubisoft de Winnipeg au Canada, qui explore depuis quelques mois les possibilités offertes par le cloud. Or, les joueurs veulent des « univers plus immersifs », leurs « attentes continuent de croître », souligne M. Long, venu à San Francisco pour la Conférence annuelle des développeurs de jeux. Il explique aussi que même en interne, transmettre les « énormes fichiers » d’un membre du studio à un autre est une « galère », qui fait un perdre beaucoup de temps. « Avec des jeux créés pour le cloud, il n’y a pas de limites », poursuit M. Long, le cloud peut « aider les créateurs à développer plus vite » leurs jeux ou à les tester immédiatement. Il va permettre aussi d’améliorer la qualité graphique et d’animation.

Le jeu vidéo actuel « n’a jamais été capable de simuler certains objets réels de façon réaliste, comme les vagues, la neige et sa façon de s’agglomérer ou de se transformer en avalanche, ou les dunes de sable », explique Darryl Long. S’il y a encore du travail pour « explorer » tout ce que le cloud peut apporter pour les créateurs, continue Darryl Long, qui prédit « une nouvelle ère dans le jeu vidéo sur les cinq ou dix ans à venir ».

Un défi de taille

Le défi est de taille car le streaming doit pouvoir offrir la même qualité de jeu que sur console ou PC. Il faut notamment que le transfert des données soit suffisamment rapide pour éviter des interruptions dans l’action ou une dégradation du graphisme : c’est la combinaison de la puissance du cloud et des avancées en matière de vitesse internet qui peuvent permettre un résultat satisfaisant aux deux bouts de la chaîne : du créateur du jeu au gamer dans son salon.

« Nous sommes à l’orée d’une révolution gigantesque dans le jeu, qui va permettre un nouveau niveau de créativité pour les développeurs, maintenant que le data center est votre plateforme », a résumé Mme Raymond.

En revanche, Google n’a pas indiqué comment il comptait monétiser son Netflix des jeux vidéo pour le grand public, via un abonnement mensuel par exemple, ou de la publicité. Avant de mettre au point un modèle économique, il faut d’abord que la plateforme puisse être en mesure de proposer un vaste catalogue de produits : la première étape consiste donc à inciter les développeurs à créer des jeux spécialement pour Stadia. C’est ce à quoi servait la présentation de mardi, précisément faite devant un parterre de développeurs auxquels Google a donc proposé toute une batterie d’outils techniques.

Une opération séduction plus qu’un lancement de produit ?

« Assassin’s Creed Odyssey » devrait dont en toute logique figurer au catalogue dès le lancement de la plateforme, de même que le jeu « Doom Eternal », dernier opus de la série à succès Doom. Côté créateurs, ce service permet de créer plus vite et plus facilement, y compris des jeux très sophistiqués graphiquement, ont aussi expliqué les responsables du groupe américain. Le groupe a aussi dévoilé une manette qui permettra d’accéder immédiatement à un jeu en ligne, via une connexion wi-fi. En outre, Stadia permettra aussi de regarder en direct des parties de jeux vidéo de tierces personnes, sur le modèle de Twitch (Amazon).

L’arrivée massive de Google dans le jeu vidéo est un tournant majeur pour le secteur, compte tenu de sa puissance technologique et financière. Mais, Emmanuel Freund, cofondateur et président de Blade, qui offre déjà Shadow, un service de streaming de jeux vidéo, estime qu' »il est difficile d’apprécier l’intérêt de Stadia pour ses futurs utilisateurs sans prix, sans catalogue et sans date de disponibilité ».

« La conférence de ce soir ressemblait plus à une opération séduction de développeurs qu’au lancement d’un produit », ajoute-t-il dans un communiqué.

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La rédaction

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