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Le secteur high-tech européen doit-il se consolider pour peser au niveau mondial ?

 Les industries européennes seraient trop dépendantes d’acteur étrangers selon un rapport d’AT Kearney.

Certes, le discours est récurrent – et même un peu lassant – mais l’Europe serait en perte de vitesse dans le secteur high-tech au profit des Etats-Unis et de l’Asie, selon une étude publiée par le cabinet américain AT Kearney. En termes de champion mondiaux, sur les neuf entreprises européennes figurant parmi les 100 plus grands acteurs des technologies de l’information et de la communication, l’une d’elle, Nokia, devrait être retirée portant à huit le nombre de groupes européens. Dans ce marché mondial estimé en 2012 à 1 670 milliards de dollars, l’Europe n’est cependant pas totalement à côté de la dynamique mais n’exploiterait pas suffisamment ses atouts.

« La situation est en effet inquiétant pour une Europe qui prétendait dans son agenda de Lisbonne, adopté en 2000, devenir d’ici 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ». L’objectif est raté et les signaux sont au rouge. Or notre industrie européenne a besoin de s’appuyer sur de puissants acteurs du logiciel pour continuer à se développer » explique Jean-Pierre Corniou, directeur général adjoint de Sia Partners, contacté par Frenchweb.

Les pépites de l’Europe « sont en B2B, et il y a aussi des chefs de file dans des secteurs plus petits qui ne font pas le top 100. Toutefois, au total, l’Europe n’a que peu d’entreprises des TIC d’une taille suffisamment importante pour servir de « consolidateurs » dans la phase finale de chaque segment. Cela laisse les autres vulnérables aux rachats par les grands rivaux des autres régions » explique Axel Freyberg, co-auteur de l’étude. « Les start-up sont nombreuses, mais ne dépassent jamais la taille critique pour devenir mondiales. Leurs créateurs préfèrent souvent les vendre que les développer » confirme M. Corniou, avant d’ajouter : « nous avons seulement deux champions dans le secteur des  grands logiciels d’entreprise, SAP, sept fois plus important en chiffre d’affaires que le second éditeur, Dassault Systems, suivis d’entreprises de moins d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires, trop petites pour pouvoir consolider le secteur. Le risque est que la consolidation se fasse par les américains ».

De 2011 à 2015, le Vieux Continent devrait ainsi connaître un taux de croissance annuel moyen des ventes de 2,2%, contre plus de 5% aux Etats-Unis et en Asie selon AT Kearney. Principal facteur évoqué : « les sociétés européennes, en particulier les fournisseurs de services IT, sont plus redevables à l’évolution de la demande régionale que leurs homologues américains et asiatiques, et pourraient donc perdre des parts de marché », explique Thomas Kratzert, co-auteur.

Et l’enjeu serait plus important qu’il n’y paraît. A l’heure où Angela Merkel prône un « Internet européen » pour éviter un transit des données des consommateurs vers les Etats-Unis suite aux révélations de la surveillance orchestrée par la NSA, le cabinet américain souligne que de nombreuses industries européennes sont trop dépendants de groupes technologiques non-européens, que ce soit pour la production ou l’innovation.

S’il souligne la prise de conscience des autorités, notamment celle de la Commission européenne qui a lancé le programme Horizon 2020 – un plan d’investissement de 80 milliards de dollars de 2014 à 2020 – ces efforts ne feraient qu’atténuer le « déclin », sans pour autant inverser la tendance. « Il faut un plan directeur stratégique dans lequel l’UE dépense la majorité de ses efforts pour faire croitre les secteurs TIC prometteurs, et dans lequel une politique industrielle vise à aider les principaux acteurs à maintenir et à étendre leurs positions » selon M. Freyberg.

« L’attraction de la Silicon Valley est trop forte. C’est là où sont les talents et les financiers. Aussi, il faut sauter dans la prochaine génération : l’internet des objets, la santé, l’énergie, les transports et mener des plans vigoureux pour faire converger les talents dans une Silicon valley européenne avec des clefs de financement , de fiscalité et de partage des bénéfices claires » conclut M. Corniou.

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La rédaction

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