Participez au Top 100 des entreprises qui recrutent dans le numerique 2019
ActualitéBusinessTech

Il est « impossible de protéger à 100% » les données personnelles sur Internet

Avec l'AFP- Interview d'Alexandre Lazarègue, avocat spécialiste du droit numérique

Il est « impossible de protéger à 100% » les données personnelles sur internet, constate Alexandre Lazarègue, avocat spécialiste du droit numérique, alors que Facebook est secoué par de nouvelles révélations sur l’accès d’autres géants du web aux informations privées collectées par la plateforme.

Serait-il possible de mieux protéger les données personnelles sur internet?

Du point de vue de la sécurité informatique, même si le RGPD (Règlement général de protection des données, entré en vigueur au niveau européen en mai dernier) par exemple impose des obligations en termes d’architecture de réseau pour mieux protéger les données stockées, tout le monde sait qu’en réalité il est impossible de protéger à 100% d’un piratage ou d’une perte de données. Ceux qui transmettent leurs données aux plateformes et grandes entreprises doivent avoir pleinement conscience qu’il n’existe aucune assurance totale de ne pas voir demain ces données perdues. Du point de vue du droit, les entreprises font en sorte qu’il est très difficile à chacun d’assumer pleinement ses droits, les contrats sont tellement déséquilibrés que le consentement est dans les faits imposé. Et leur puissance économique est telle que les sanctions uniquement économiques, même quand il s’agit de 4% du chiffre d’affaires mondial comme le prévoit le RGPD a un faible impact au final, quand on se souvient que Facebook par exemple gagne 500 000 dollars toutes les 7 minutes. Dans les faits, la vie privée se réduit comme peau de chagrin, il faut en avoir conscience. Et le droit concernant les données personnelles n’en est qu’aux prémices, les problématiques ne vont que se multiplier.

Le RGPD est toutefois venu donner plus de droits aux utilisateurs de grandes plateformes, voit-on une évolution des usages depuis son entrée en vigueur?

En tant qu’avocat, j’ai pu constater un intérêt des citoyens quant à la question de la protection de leurs données personnelles, qui s’est matérialisé notamment par une multiplication des recours auprès de la Cnil (Commission nationale informatique et libertés, NDLR), en particulier en ce qui concerne le droit à l’oubli. Il y a globalement une prise de conscience que les données sont précieuses et ne peuvent être vendues. Mais dans le même temps, après six mois d’exercice du RGPD, on constate qu’il y a de quoi l’améliorer. S’il s’applique tant aux petites qu’aux grandes entreprises, on voit que dans les faits il est très contraignant pour les petites alors que les plus grosses peuvent trouver le moyen de s’y soustraire. La philosophie du règlement permet normalement une relation immédiate entre utilisateurs et entreprises, avec la possibilité du choix laissé dans l’usage des données mais dans les faits, on en est très loin et il y a encore beaucoup à améliorer en la matière pour que ce soit effectif.

Quelles sont les limites du RGPD dont profitent les grandes plateforme du net selon vous?

La problématique est dans l’exercice réel des droits, du fait du déséquilibre existant entre utilisateurs et fournisseurs de service. le RGPD octroie des droits mais en réalité les utilisateurs sont pris au piège de ces plateformes qui, de fait, imposent le consentement. Dès lors que l’utilisateur consent à donner accès à ses données, même s’il en a le droit, dans les faits il n’a pas la possibilité de vérifier comment elles sont utilisées ni qui y a accès et souvent il n’a pas conscience d’avoir accordé un accès aussi large, parce que personne ne lit les dizaines de pages de conditions d’utilisation. Pourtant il faut que les individus aient conscience de leur responsabilité et qu’ils comprennent que ces données qu’ils publient, même en privé, elles sont diffusés pour l’éternité, quand bien même il y a le droit à l’oubli. Mais dans le contexte de révolution numérique il est difficile d’échapper à ces services, qui pourtant se basent sur le traitement des données. Vouloir y échapper ce serait désormais se mettre en marge de la société.

Tags
Plus d'infos

La rédaction

Pour contacter la rédaction, cliquez ici / Devenez "la start-up de la semaine" : faites vous connaitre! / Ajoutez un événement à notre agenda: cliquez ici

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share This
Fermer