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[DECODE] Facebook, l’outil de prédilection de la junte militaire en Birmanie pour persécuter les Rohingyas

Pour une grande partie des Birmans, Facebook apparaît comme le synonyme d’Internet. Et pour cause, dans ce pays d’Asie du Sud-Est, coincé entre la Thaïlande et la Chine, le réseau social américain compte plus de 18 millions d’utilisateurs au sein d’une population de 53 millions d’habitants. Fortement adoptée par les Birmans, la plateforme a connu un envol spectaculaire à partir de 2014, année lors de laquelle la junte militaire, au pouvoir depuis le coup d’État de Ne Win en 1962, a décidé d’assouplir les restrictions sur l’utilisation des téléphones portables.Apple-converted-space »> 

Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en 1962, ce groupe ethnique subit des persécutions constantes. Il leur est notamment reproché d’avoir épaulé l’armée britannique durant la première guerre anglo-birmane de 1824 à 1826. Ce soutien a conduit les indépendantistes birmans à les considérer comme des traîtres. La situation a continué à s’envenimer au gré du temps, notamment lors de la Seconde Guerre mondiale, qui a été le théâtre d’affrontements entre musulmans, soutenant les Britanniques, et bouddhistes, défendant de leur côté les Japonais. La rupture quasi-définitive entre les deux populations a été actée après la Seconde Guerre mondiale, les Rohingyas soutenant une nouvelle fois les Britanniques face aux Birmans pour éviter de se faire persécuter par ces derniers.Apple-converted-space »> 

Crédits : Shutterstock.

Aung San Suu Kyi, l’espoir déchuApple-converted-space »> 

Partisante de la réconciliation nationale et soutenue par la communauté internationale, Aung San Suu Kyi va pourtant se distinguer par son silence malgré sa nouvelle position à la tête de l’État birman. En effet, malgré la multiplication des exactions à l’encontre des Rohingyas, marquées par une répression particulièrement violente en août 2017, la dirigeante birmane n’a jamais condamné ces violences qui ont été commises par les militaires birmans et des milices bouddhistes. Totalement isolés, plus de 700 000 membres de cette minorité ethnique musulmane n’ont eu d’autre choix que de fuir la Birmanie en 2017 pour se réfugier au Bangladesh.

La junte militaire adepte de la méthode russe sur Facebook
Crédits : Shutterstock.

Facebook critiqué par l’ONUApple-converted-space »> 

«Facebook est utilisé pour transmettre des messages à la population mais nous savons aussi que les bouddhistes ultra-nationalistes ont leurs propres pages et se livrent à de l’incitation à la violence et à la haine contre les Rohingyas et d’autres minorités ethniques», avait déclaré l’enquêtrice Yanghee Lee devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève. «J’ai peur que Facebook se soit maintenant transformé en une sorte de monstre, et non en ce à quoi il était initialement destiné», avait-elle ajouté.

D’un modérateur parlant birman en 2014 à quatre fin 2015

Il faut dire que la modération des contenus dans ce pays d’Asie du Sud-Est était loin d’être optimale avec un seul modérateur parlant birman, basé à Dublin, en 2014 et à peine quatre fin 2015 alors que le réseau social comptait alors 7,3 millions d’utilisateurs en Birmanie. De plus, les outils de détection automatique des contenus haineux, sur lesquels Facebook mise pour se faciliter la tâche, rencontrent d’importantes difficultés en raison des caractères de la langue birmane qui peinent parfois à s’afficher de manière optimale sur l’écran.

Crédits : Shutterstock.

Facebook, plateforme à réaction (trop tardive)

Si Facebook a augmenté son nombre de modérateurs sous-traitants parlant birman, la plupart travaillant depuis Kuala Lumpur, en Malaisie, nombreuses sont les ONG à considérer que les efforts de la firme américaine sont insuffisants. «Facebook ne perd pas de temps pour supprimer des svastikas mais il ne fait rien contre le discours haineux de Wirathu, qui traite les musulmans de chiens», déplore auprès du New York Times Phil Robertson, directeur adjoint de l’ONG Human Rights Watch en Asie.

En pleine opération séduction pour redorer son blason, malgré les tuiles qui continuent de s’accumuler, Facebook a annoncé cette semaine avoir procédé à la suppression de 425 pages et 135 comptes, qui derrière leur apparence normale cachaient des liens avec la junte militaire en Birmanie. Un chiffre qui paraît bien dérisoire au regard de la population birmane, qui s’élève à plus de 50 millions d’habitants. Pour se montrer plus convaincant auprès de l’ONU, Facebook va devoir muscler son jeu afin de contrer la junte militaire qui a transformé un réseau social en un outil de nettoyage ethnique redoutable. Sous peine de voir des ONG l’attaquer en justice et de se faire punir par la communauté internationale.

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Maxence Fabrion

Journaliste chez FW - DECODE MEDIAPour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media

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2 commentaires

    1. S’agit-il de politique? Il est question ici de modération du contenu des publications sur Facebook et de prévention de son utilisation pour des appels à la haine. C’est un enjeux qui dépasse les clivages politiques.