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La lettre ouverte de Dave Ashton, cofondateur de Snapcar à André Rousselet, Président du groupe de taxis G7

Cher monsieur Rousselet,

Le 27 juin dernier, les parisiens ont échappé de justesse à un enième mouvement social des taxis. Il semblerait que vous ayez – encore – obtenu ce que vous souhaitiez de la part du gouvernement : neutraliser toute forme de concurrence pour assurer le maintien du cours de la licence de taxi et poursuivre le chemin vers la pénurie. Vous avez ainsi réussi à obtenir – pour le moment du moins – un engagement du gouvernement pour que les Véhicules de Tourisme avec Chauffeur (les VTC) ne puissent pas prendre en charge un client en moins de 15 minutes. Comme si votre livreur de pizza, arrivé 10 minutes après que la commande ait été passée, doive attendre en bas de chez vous encore 5 minutes, pour respecter le temps légal avant de la livrer ! Absurde.

Originaire de la Silicon Valley, je suis arrivé en France il y a 6 ans. J’ai du mal à comprendre ce système qui consiste à voir les syndicats faire du chantage au gouvernement dès qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent. Je crois au contraire en un système de compétition ouverte qui donne le choix aux gens qui paient pour un service. Et cela m’est paru évident lorsque j’ai été, en 2008, victime en tant qu’usager de votre opération escargots suite aux propositions du rapport Attali. Nous devons laisser aux parisiens le choix face à leur mode de transport. Et cela est d’autant plus vrai lorsque l’on sait la difficulté à trouver un taxi à certaines heures !

Jusque-là, le client n’a toujours eu pour seules alternatives que deux centrales de réservation, que vous connaissez bien, votre Groupe G7 détenant TAXIS G7, et les Taxis Bleus…

Concurrence déloyale ? Non : une offre de services complémentaire à celle des taxis

Lorsque vous avez menacé de faire grève le 27 juin dernier, vous avez à nouveau évoqué la « concurrence déloyale » des VTC. Pourquoi toujours employer l’adjectif « déloyal » dès lors qu’apparait un concurrent sur votre marché ? De nombreuses règles s’appliquent aux VTC : on ne racole pas, on se doit de vous laisser prendre en charge les courses « à la volée » et d’honorer uniquement celles sur commande. Nous devons respecter quelques réglementations à l’aéroport… Et lorsqu’il s’agit de lutter à vos côtés contre la vraie concurrence déloyale, celle des taxis et des chauffeurs clandestins qui nuit à notre marché et à l’image de nos métiers : nous répondons présents.

Les taxis londoniens ont-ils ce problème ? Exercent-ils le même lobby qu’en France ? Non : le nombre de minicabs à Londres est deux fois supérieur à celui des « black cabs » et ils arrivent à « cohabiter » sur un même marché sans esclandre. A Paris, vous avez 1 VTC pour 15 taxis, de la place pour tout le monde mais un mécontentement sans cesse réaffirmé par les taxis !

Pourtant, on le sait : le nombre de taxis à Paris est insuffisant pour répondre à la demande des habitants, voyageurs urbains, touristes… la faute au sacro-saint numerus clausus, et aussi peut- être à un métier difficile : le chauffeur de taxi pour voir son activité rentable, veut assurer un maximum de courses entre les aéroports et Paris, et de ce fait déserte la capitale.

Licence, oh ma licence…

L’argument de la licence est plus que récurrent dans le débat VTC/Taxis. Certes un chauffeur de VTC ne paie pas une licence à 250.000 € pour travailler. Mais vos licences sont des actifs qui prennent de la valeur (la licence a réalisé une plus-value de 30% en 5 ans). Dommage qu’en 2008, aucune nouvelle licence n’ait été accordée par le gouvernement. Les VTC viennent alors combler le manque de chauffeurs à Paris, pour satisfaire la demande des usagers. Mais est-ce de la responsabilité du gouvernement ou des Français de protéger la valeur de vos actifs ? Se préoccupe-t-on vraiment d’apporter un service de qualité quand sa priorité est de protéger avant tout la valeur de sa plaque ? Permettez-moi d’en douter.

Si ce numerus clausus imposé par le gouvernement ne vous permet pas de créer de l’emploi, les VTC eux estiment à plus de 20.000 le nombre d’emplois qu’ils peuvent créer dans les prochaines années pour la seule ville de Paris. Mettre des bâtons dans les roues des VTC, c’est donc aussi nuire à l’emploi.

Pensez-vous que les Français vont accepter encore longtemps vos grèves et autres opérations qui paralysent le trafic, alors même que votre profession souffre d’une mauvaise image (entre les longues minutes d’attente, les taxis exigeants, l’amabilité qui laisse parfois à désirer…)?

Vous parlez des VTC en disant que « les smartphones permettent de contourner la loi ». Faux.

Les smartphones permettent de s’adapter à une demande : celle de l’immédiateté (à laquelle les 15 minutes sont une menace) et à une époque : celle de l’innovation technologique.

Le business du taxi : chronique d’une indigestion annoncée

Tous ces clients qui téléchargent et utilisent au quotidien une application VTC pour se déplacer constituent la preuve d’une demande d’alternative aux taxis. Le smartphone a créé les conditions d’une préférence client indéfectible. Face à ce constat, la profession taxi ne pourrait-elle pas se remettre en question ? Au lieu de faire la grève et de protéger votre monopole, je vous propose d’offrir à vos clients l’opportunité de juger par eux-mêmes les services qui leur conviennent le mieux pour leurs déplacements.

Permettez aux usagers d’en finir avec les minutes d’attente, les humeurs et le bon vouloir des taxis quant à la destination de la course, les cartes bancaires qui sont refusées car le terminal est en panne… Et que dire des entreprises qui s’abonnent chez vous… Savent-elles vraiment à quels coûts elles s’exposent lorsque l’on sait qu’en plus du prix des courses, elles doivent évaluer ceux des abonnements, des pourboires ?

Non, Monsieur Rousselet. Les clients, les vôtres comme les nôtres, veulent avoir le choix et payer le juste prix. Aujourd’hui les entreprises cherchent à réduire leurs frais de fonctionnement, pour sauvegarder l’emploi, entre autres. Vous n’imaginez pas à quel point vous êtes bien reçu par les entreprises quand vous leur proposez de réduire leur budget taxi avec une meilleure qualité de service !

15 minutes d’attente : votre plus beau coup ?

Le 27 juin dernier, les représentants de la profession taxi ont réussi à faire pression sur le gouvernement pour obtenir, avant même de descendre dans la rue, qu’un délai minimum de 15 minutes soit respecté entre la commande d’un VTC et la prise en charge.

Imposer 15 minutes d’attente à un client qui souhaite un véhicule immédiatement, est-ce décent lorsque l’on a soi même du mal à servir la clientèle ? Votre « coup » des 15 minutes de délai minimum me fait penser à un joueur de tennis qui ne trouve d’autre moyen pour remporter une manche que de réaliser une amortie après un long échange. Mesquin. Les VTC sont jeunes, elles courent vite, et seront toujours à temps au filet.

Acceptez la concurrence, laissez les VTC entrer dans la course avec vous. Laissez l’innovation technologique apporter du service aux Français. Laissez l’emploi se développer, il me semble que la France en a besoin. Laissez les Français se déplacer, comme ils en ont envie. S’ils veulent un VTC tout de suite, c’est leur droit de consommateur. Il y a de la place pour que votre activité et la nôtre se développe.

Veuillez recevoir, cher Monsieur, mes sincères – et loyales – salutations.

Dave ASHTON, Co-fondateur de SnapCar

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Richard Menneveux

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4 thoughts on “La lettre ouverte de Dave Ashton, cofondateur de Snapcar à André Rousselet, Président du groupe de taxis G7”

  1. PigeonVTC Aucun intérêt cette lettre que ce Mr Retourne aux États-Unis là-bas la loi est applicable et sans recours quant elle est bafoue

  2. PigeonVTC Aucun intérêt cette lettre que ce Mr Retourne aux États-Unis là-bas la loi est applicable et sans recours quant elle est bafoue

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