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Macron annonce un plan de 1,5 milliard d’euros pour faire de la France un leader de l’intelligence artificielle

Présenté comme l’ami des entrepreneurs, Emmanuel Macron fera de l’intelligence artificielle une des priorités de son quinquennat. Dans la foulée de la remise du rapport du député et mathématicien Cédric Villani sur l’intelligence artificielle, le président de la République a dévoilé la feuille de route de la France dans se secteur. Dans ce cadre, Emmanuel Macron a annoncé un plan ambitieux pour injecter de l’intelligence artificielle dans plusieurs domaines clés, comme la santé et la mobilité, attirer les meilleurs talents français et étrangers ainsi que les géants du numérique, ou encore procéder à l’ouverture des données publiques.

Pour mettre en oeuvre cette stratégie, l’État débloquera une enveloppe de 1,5 milliard d’euros d’ici 2022, dont 400 millions d’euros pour des appels à projet divers, 100 millions d’euros pour épauler des start-up spécialisées dans l’intelligence artificielle et 70 millions d’euros destinés à Bpifrance pour développer des entreprises travaillant sur les «deep technologies». Cet investissement sera réalisé via le Fonds pour l’innovation et l’industrie de 10 milliards d’euros, mis en place en début d’année.

Comme l’ont souligné nos confrères du HuffPost, la somme allouée pour l’intelligence artificielle est la même que celle consacrée à l’adaptation au changement climatique, une manière pour Emmanuel Macron de marquer l’importance qu’il accorde à ce domaine qui va bouleverser en profondeur la société. «Je souhaite que la France soit l’un des leaders de l’intelligence artificielle, nous en avons les moyens et nous allons en créer les conditions», a déclaré le chef de l’État lors de son discours au Collège de France, en clôture du sommet sur l’intelligence artificielle, «AI for Humanity».

Doubler le nombre d’élèves formés à l’IA

Sur les recommandations de Cédric Villani, Emmanuel Macron veut développer la recherche dans l’intelligence artificielle. Dans ce sens, le président de la République a annoncé le lancement d’un programme national pour l’intelligence artificielle, qui sera coordonné par l’inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique). Emmanuel Macron veut aussi offrir un cadre de travail plus souple aux chercheurs en leur permettant de passer 50% de leur dans une entreprise privée, contre les 20% maximum autorisés actuellement.

Pour que les chercheurs français restent dans l’Hexagone, Cédric Villani suggérait un doublement des salaires en début de carrière, mais Emmanuel Macron n’a fait aucune annonce à ce sujet. «Le premier enjeu de l’intelligence artificielle à l’échelle mondiale est celui des talents. Le risque est l’assèchement de ce vivier. Nous doublerons le nombre d’élèves formés à l’intelligence artificielle», a assuré le président de la République. Pour favoriser les synergies entre les meilleurs chercheurs, l’État veut mettre sur pied un réseau d’instituts réputés sur l’ensemble du territoire, qui regroupera des établissements basés à Paris, Saclay, Toulouse ou encore Grenoble. Un programme de chaires individuelles pourrait également voir le jour pour attirer les meilleurs scientifiques du monde entier.

Une ouverture des données plus large 

Au-delà des talents, la montée en puissance de la France dans l’intelligence artificielle passe par une politique d’ouverture des données plus offensive. «C’est un atout de la France. Nous allons procéder à une ouverture proactive de nos données. Cela passe par l’ouverture des données publiques. Nous ouvrirons également les données financées sur les deniers publics. Nous faciliterons la création de plateformes de données entre le public et le privé», a déclaré le chef de l’État.

Emmanuel Macron a d’ailleurs profité de l’occasion pour glisser un tacle discret à Facebook et Mark Zuckerberg, sans les nommer, qui sont englués dans le scandale Cambridge Analytica. «Un des défis de l’intelligence artificielle est de ne pas confondre l’usage des données agrégées et les données personnelles», a-t-il ainsi rappelé. Dans la lignée du rapport de Cédric Villani, le chef de l’État estime que le nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui entrera en application le 25 mai prochain, va dans le bon sens. «Nous devons aller plus loin, nous jouons là une part de l’avenir de l’intelligence artificielle. La voie européenne est la bonne», a-t-il déclaré.

Les voitures autonomes et la santé au coeur du plan 

Pour Emmanuel Macron, être à la pointe en matière d’intelligence artificielle, c’est aussi une garantie de ne pas rater le train de la voiture autonome. Le président de la République a ainsi annoncé que la France se doterait dès 2019 d’un cadre législatif qui permettra de tester des véhicules autonomes de niveau 4 (autonomie quasi-totale). Si les géants américains comme Google et Waymo se sont déjà positionnés dans ce secteur, Renault et PSA nourrissent également de fortes ambitions en la matière. Dans ce cadre, la France va dévoiler «courant avril» sa stratégie pour la voiture autonome. Ce sera la première pierre de la stratégie française avant la mise en place d’un cadre de régulation pour la circulation des véhicules autonomes sur les routes de l’Hexagone.

Outre la mobilité, la santé sera également au coeur du plan de la France pour l’intelligence artificielle. Pour amener la médecine dans une nouvelle dimension, Emmanuel Macron estime que le secteur doit s’appuyer sur les bases de données de l’assurance-maladie et des hôpitaux pour mettre en place un hub de données de santé afin de favoriser les innovations médicales. A partir de ce large éventail de données, il sera ainsi possible de développer une médecine plus personnalisée et donc plus efficace pour les patients. «Nous inventerons la médecine de demain, ici, en France», a assuré le chef de l’État.

Le défi est immense pour l’Hexagone. Et pour cause, la France est en retard sur l’intelligence artificielle. Pire, elle ne figure même pas dans le Top 5 mondial du secteur, dominé sans surprise par la Chine et les États-Unis, mais aussi par l’Israël, le Canada et le Royaume-Uni. Pour rappel, Pékin a annoncé en juillet 2017 un plan de développement national en faveur de ce secteur pour que l’industrie de l’intelligence artificielle génère plus de 20 milliards de dollars à l’horizon 2020 et près de 60 milliards de dollars d’ici 2025. Avec un tel plan, la Chine entend rivaliser avec les leaders américains du marché, qui ne sont autre que Microsoft et Google.

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Maxence Fabrion

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA

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