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Pourquoi l’activiste autrichien Max Schrems fait encore trembler les Gafa

AFP

Empêcher Google de vous suivre à la trace sur votre mobile: voilà son nouveau cheval de bataille. À la tête d’une équipe de juristes chevronnés, l’Autrichien Max Schrems fait trembler les géants de l’Internet. Dans ce combat de « David contre Goliath », selon son expression, ni quête de gloire ou combat idéologique, mais la volonté farouche de protéger la vie privée face aux Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) qui « font des profits en violant la loi », accuse le jeune homme de 33 ans, style vestimentaire décontracté et ton avenant, dans un entretien à l’AFP. Si l’association française de la Quadrature du net se mobilise contre les lois sécuritaires et attend mercredi une décision du Conseil d’Etat sur le sujet, lui a choisi de concentrer ses efforts sur la sphère de l’intime et il ne chôme pas.

Actuellement, la quinzaine d’employés de son organisation viennoise Noyb (pour « None of your business »: « ce ne sont pas vos affaires »), fondée en 2018, suivent quelque 150 procédures judiciaires. « En réalité, nous ne devrions pas exister », estime Max Schrems. « Le problème, c’est que de nombreux États membres ne font pas correctement leur boulot », dit-il. Il cite l’exemple de l’Irlande, siège européen de nombreuses multinationales, où « 99,9% des dossiers sont tout simplement jetés à la poubelle ». « C’est un problème fondamental que nous avons en Europe: nous sommes très bons pour adopter des lois et nous féliciter de la protection de la vie personnelle, à quel point nous sommes excellents en matière de droits de l’Homme, mais nous ne sommes en fait pas très bons pour les faire appliquer », déplore Max Schrems.

Aucun contrôle

Dernière offensive en date, Noyb a annoncé début avril le dépôt d’une plainte contre Google auprès de la Cnil, le régulateur français, pour dénoncer l’utilisation d’un code de pistage sur les smartphones Android à des fins de ciblage publicitaire. Egalement dans le viseur de l’ONG, Apple a prévu cette année une mise à jour de son système d’exploitation mobile qui va obliger les éditeurs d’applications à demander aux usagers leur permission. Max Schrems a gardé, une décennie après ses premiers faits d’armes, la même indignation face aux pratiques de la Silicon Valley, qui ignorent « délibérément » la législation, notamment le Règlement européen des données personnelles (RGPD).

« C’est quelque chose que les gens doivent comprendre: ce qui est sur votre écran, c’est un monde magnifique de services en ligne, mais il y a une tonne de choses qui se passent en arrière-plan et sur lesquelles vous n’avez aucun contrôle », décrypte-t-il. Il voit là un phénomène absolument « effrayant », s’indignant que les Gafa tentent de plus en plus de « se dédouaner de leur responsabilité » en demandant aux internautes de régler eux-mêmes les paramètres. « Facebook met régulièrement en place des dizaines de nouvelles options censées protéger la vie privée des utilisateurs, mais en réalité personne au monde ne va cliquer sur ces boutons ».

Anti-Zuckerberg?

L’Autrichien s’étonne d’ailleurs de la confiance du public à l’égard des réseaux sociaux alors même de nombreux internautes ont rechigné à télécharger les applications gouvernementales anti-Covid, pour la plupart tout à fait dans les règles selon lui. « C’est assez étrange de penser que les gens font confiance à Google pour toutes leurs données, mais pas à leur ministère de la Santé », relève-t-il, regrettant une approche « très émotionnelle » du sujet. Parallèlement à ses combats quotidiens, Max Schrems garde un oeil sur les discussions en cours entre l’Union européenne et les États-Unis au sujet du transfert de données personnelles, qui lui ont valu deux belles victoires judiciaires et sa renommée.

Tombeur de l’accord « Safe Harbor » en 2015, puis de son successeur « Privacy Shield » en 2020, tous deux retoqués par la Cour de justice de l’UE (CJUE), il ne se fait guère d’illusion sur la prochaine mouture, qu’il devra sans doute elle aussi attaquer. « Cela va être très difficile de parvenir à une solution qui tienne la route », souligne-t-il. Et d’imaginer des « cas Schrems 3/4/5 », tout en s’amusant « d’avoir son nom » sur un dossier. Pourtant le discret jeune homme n’apprécie pas vraiment cette personnalisation et l’étiquette d’anti-Zuckerberg qu’on lui colle souvent. « Je ne voulais pas me faire connaître au début », explique-t-il, mais tout comme « Greta Thunberg incarne la lutte contre le changement climatique », « j’ai accepté d’être le visage du débat sur la vie privée » pour mieux défendre cette cause.

La rédaction

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