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Pourquoi Sergey Brin et Larry Page quittent-ils Alphabet?

Avec l'AFP

Les fondateurs de Google Sergey Brin et Larry Page ont démissionné de leurs fonctions respectives de président et CEO d’Alphabet, la maison-mère de l’entreprise. A la tête de Google depuis la création d’Alphabet en 2015 et la restructuration de Google, Sundar Pichai les remplace tous les deux. Pourquoi Sergey Brin et Larry Page quittent-ils la firme de Mountain View maintenant?

En réalité, Sergey Brin et Larry Page gardent encore le contrôle final d’Alphabet: ils conservent leurs parts fondateurs et restent actionnaires et membres du conseil d’administration. Comme l’a souligné Luther Lowe, senior vice-president of public policy de Yelp (et critique de Google), « rien dans l’annonce Page/Brin n’indique quoique ce soit à propos d’une cession ou d’un abandon du contrôle des voix. Le fait est que Larry Page et Sergey Brin sont les humains les plus puissants et à qui on demandera le moins de compte sur la planète ».

Sergey Brin et Larry Page avaient déjà « déserté » Alphabet

Dans les faits également, Sergey Brin et Larry Page se sont montrés plus discrets (surtout Larry Page) depuis la mise en place d’Alphabet, pour laisser Sundar Pichai et la CEO de YouTube Susan Wojcicki représenter publiquement l’entreprise. Et notamment face aux régulateurs: en décembre 2018, par exemple, c’est Sundar Pichai qui est apparu devant le congrès américain pour répondre aux questions des parlementaires sur la transparence et les pratiques de filtrage utilisées par le géant du numérique. Autre exemple: en septembre dernier, Susan Wojcicki a collaboré avec la FTC pour trouver un accord à l’amiable (une amende de 170 millions de dollars) alors que Google et YouTube étaient accusés d’avoir enfreint la loi en exposant les enfants à des vidéos inappropriées ou en collectant des données personnelles les concernant.

A tel point que pour certains, à l’image de la journaliste américaine Kara Swisher, estiment que les deux fondateurs avaient déjà « déserté » l’entreprise pour s’occuper de leur « myriade d’autres intérêts ».

S’éloigner d’une période de troubles chez Alphabet

D’autres observateurs estiment qu’ils cherchent à s’éloigner d’une période de troubles chez Alphabet. La maison-mère de Google, accusée par la presse et des actionnaires d’avoir couvert des cas de harcèlements sexuels, a lancé en début d’année une enquête interne sur le sujet, a révélé début novembre CNBC. Le conseil d’administration de l’entreprise a formé un sous-comité indépendant chargé de l’enquête et contracté un cabinet juridique pour l’assister et contacter les victimes présumées de ces harcèlements.

« Début 2019, le conseil d’administration d’Alphabet a mis en place un comité spécial pour évaluer les accusations d’actionnaires dans différents procès liés à des comportements passés sur le lieu de travail », avait alors confirmé un porte-parole d’Alphabet.

Dénonciation de la gestion du harcèlement sexuel chez Google

Un an plus tôt, des milliers d’employés de Google à travers le monde avaient observé un arrêt de travail pour dénoncer la gestion du harcèlement sexuel au sein de l’entreprise. Ce mouvement social sans précédent chez le moteur de recherche dominant faisait suite à un article du New York Times qui affirmait que Google avait couvert ces dernières années une série de cas de harcèlements sexuels impliquant des hauts responsables, dont Andy Rubin. Le créateur du système d’exploitation mobile Android est parti du groupe en 2014 avec une indemnité de 90 millions de dollars. Il avait alors nié ces allégations. En janvier dernier, un actionnaire d’Alphabet a engagé des poursuites contre le conseil d’administration du groupe pour avoir cherché à couvrir les comportements de dirigeants comme Andy Rubin, précise CNBC. Un autre responsable, Amit Singhal, a été accusé d’avoir dissimulé une plainte pour harcèlement sexuel. Embauché chez Uber après avoir remis sa démission à Google en 2016, il a fini par quitter aussi le leader des plateformes de réservation de voitures avec chauffeurs.

L’enquête du conseil d’administration d’Alphabet doit déterminer comment les dirigeants du groupe ont géré les accusations de harcèlement sexuel mais aussi d’autres abus ou comportements potentiellement répréhensibles, comme celui de David Drummond, directeur des affaires juridiques de la maison-mère, auparavant chez Google. Une ancienne employée de son département, Jennifer Blakely, l’a accusé d’abus dans un article en août dernier, où elle relate sa relation avec lui alors qu’il était marié avec quelqu’un d’autre en 2004.

Protéger Sergey Brin et Larry Page du type d’interrogatoire subi par Mark Zuckerberg

Sergey Brin et Larry Page pourraient en outre chercher à s’éloigner davantage d’autres enquêtes ouvertes à l’encontre d’Alphabet et Google. Le géant du numérique, comme d’autres acteurs de la Tech aux Etats-Unis, sont dans le viseur de plusieurs enquêtes menées par les Etats américains et certaines autorités fédérales comme le ministère de la Justice et la FTC. Ils s’inquiètent du pouvoir important qu’ils ont acquis dans les communications et de leur façon de gérer les données personnelles. Facebook a par exemple été condamné fin juillet à une amende record de 5 milliards de dollars par la FTC pour ne pas avoir su protéger les données personnelles de ses utilisateurs.

Puis, Laurence Berland, Paul Duke, Rebecca Rivers et Sophie Waldman, quatre salariés de Google licenciés la semaine dernière pour avoir consulté des documents internes confidentiels ont annoncé leur décision de déposer plainte pour « pratiques injustes au travail » contre le géant technologique. Ils estiment que l’entreprise cherche « à entraver toute tentative d’organisation parmi les salariés ». Le quatuor contestataire s’était à plusieurs reprises fait remarquer pour leurs critiques de l’entreprise, prise à partie notamment pour son comportement face au harcèlement sexuel et pour sa collaboration avec la surveillance numérique en Chine.

Pour Luther Lowe, l’annonce du départ des deux fondateurs d’Alphabet est le « dernier act » d’un remaniement corporate lancé en 2015 et destiné à les protéger du type d’interrogatoire subi par exemple par Mark Zuckerberg face aux régulateurs américains et mondiaux.

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Patrick Randall

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA. Pour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media

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