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Quel avenir pour la robotique et les systèmes automatisés ?

Interview avec Raffaello D'Andrea, cofondateur de Kiva Systems (Amazon Robotics) et professeur à l'ETH Zurich

L’industrie mondiale de la robotique pourrait peser entre 70 milliards et 93 milliards de dollars en 2023. Elle pourrait même atteindre les 147 milliards de dollars en 2025. En 2016, elle vallait entre 35 milliards et 37 milliards de dollars. Le marché est stimulé par une demande croissante en automatisation industrielle. Il profite particulièrement aux secteurs militaire, de la construction, médical, agriculture, mais aussi à la distribution et l’e-commerce.

« Des sommes immenses actuellement injectées dans la robotique »

Sur ce dernier point, Amazon se situe en figure de proue. Le groupe de Jeff Bezos a racheté Kiva Systems en 2012 pour 775 millions de dollars. L’entreprise créée en 2003 et spécialisée en robotique comptait alors 300 employés et une trentaine d’entrepôts en Amérique du Nord et en Europe. Walgreens, Staples ou The Gap figuraient parmi ses clients. Rebaptisé Amazon Robotics à la suite du rachat, Kiva Systems se trouve à l’origine de toutes les activités en robotique d’Amazon aujourd’hui, selon Raffaello D’Andrea, cofondateur de Kiva Systems, professeur à l’Institute for Dynamic Systems & Control de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) et fondateur en 2014 de Verity Studios, spécialiste des technologies de drones d’intérieurs.

Les équipes dirigeantes d’Amazon « voyaient clairement l’automatisation comme une partie intégrante de leur avenir », souligne M. D’Andrea auprès de FrenchWeb. « Pour d’autres entreprises, [ce rachat] a également démontré qu’elles devaient adopter l’automatisation et la robotique pour rester compétitives », ajoute-t-il. « D’un point de vue investissement, des sommes immenses sont actuellement injectées dans la robotique. Quand nous avons lancé Kiva en 2003, le nom d’origine de l’entreprise était Distrobot. Nous avons rapidement changé de nom parce que tout le monde nous disait que personne n’investirait chez nous si on pensait que nous étions une entreprise de robotique. (…) Aujourd’hui, avoir le mot « robot » dans son nom, c’est quelque chose de cool », ajoute-t-il, marquant la rapide évolution de ces technologies.

Retrouvez l’interview de Raffaello D’Andrea:

En un peu plus d’une décennie, les systèmes automatisés ont surtout bénéficié d’avancées en termes de composants, selon Raffaello D’Andrea: de meilleures technologies de batterie, de microprocesseurs, de processeurs graphiques, de meilleurs algorithmes, le deep learning, ou les réseaux de neurones artificiels, qui « sommeillaient depuis 20 à 30 ans, voire plus ». « Pourquoi est-ce qu’on n’avait pas ça avant ? Nous n’avions pas assez de données, pas assez d’informatique, aujourd’hui nous avons tout cela », continue le professeur.

« Les personnes qui disent que les robots ne font pas disparaître d’emplois mentent »

En ce qui concerne le futur de la robotique, M. D’Andrea prévoit plus d’interaction entre les systèmes automatisés et les humains: « Ce que nous voyons de plus en plus, c’est un environnement de travail où les machines seront naturellement sans cesse autour de nous, (…) une connexion étroite entre l’humain et la machine ».

« Les personnes qui disent que les robots ne font pas disparaître d’emplois et ne font qu’en créer, elles mentent », appuie l’ingénieur. « Les robots font bien disparaître des emplois car, par définition, il s’agit d’innovations qui améliorent les processus. Ils créent aussi de nouveaux types d’emplois (…). Lorsque vous disposez de ces nouvelles capacités, vous pouvez créer de nouveaux processus, et il vous faut des personnes pour en profiter. Mais il y a une période transitoire. Ces choses prennent du temps, et des personnes seront supplantées, c’est un problème: que vont faire ces personnes ? ».

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Patrick Randall

Journaliste chez FW - DECODE MEDIA. Pour contacter la rédaction : redaction.frenchweb@decode.media
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