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Hyperscalers contre clusters GPU : le cloud européen sous pression, INFOMANIAK veut changer d’échelle

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Pendant plus d’une décennie, l’économie du cloud s’est structurée autour de quelques plateformes dominantes. Les infrastructures numériques de milliers d’entreprises reposent aujourd’hui sur les services de Amazon Web Services, Microsoft et Google, dont les investissements dans les centres de données et les infrastructures de calcul se chiffrent chaque année en dizaines de milliards de dollars.

Face à ces hyperscalers, les acteurs européens du cloud ont longtemps occupé des positions plus modestes. Des entreprises comme OVHcloud, Scaleway ou l’allemand IONOS Cloud ont construit des alternatives crédibles, mais sans atteindre l’échelle industrielle des géants américains.

Depuis deux ans, un second front s’ouvre dans cette compétition, avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, qui transforme la structure du marché. L’entraînement et l’exploitation des modèles nécessitent des infrastructures de calcul considérables, reposant sur des clusters de processeurs graphiques (GPU) et des réseaux à très haute performance.

Cette nouvelle demande favorise l’émergence d’acteurs spécialisés dans l’infrastructure de calcul pour l’IA. Des entreprises comme Nscale ou CoreWeave concentrent leurs investissements sur des data centers conçus pour accueillir des milliers de GPU destinés à l’entraînement et à l’inférence des modèles.

Dans ce nouvel environnement, les clouds européens historiques se retrouvent pris entre deux dynamiques industrielles, d’un coté la domination des hyperscalers et de l’autre la montée en puissance des opérateurs spécialisés dans le calcul intensif.

Une recomposition du marché du cloud

Cette transformation ne relève pas seulement d’une évolution technologique et traduit une mutation plus profonde du rôle des infrastructures numériques.

Le cloud est devenu la base de systèmes critiques : intelligence artificielle, cybersécurité, infrastructures industrielles, services financiers ou plateformes publiques. La maîtrise de ces infrastructures devient progressivement un enjeu stratégique comparable à celui des réseaux énergétiques ou des télécommunications.

Dans ce contexte, la question de la souveraineté numérique prend une importance croissante en Europe. De nombreuses organisations cherchent à réduire leur dépendance à des plateformes soumises à des juridictions extérieures. Parallèlement, la demande en puissance de calcul explose. L’économie de l’IA introduit une nouvelle variable dans la compétition : la capacité à déployer rapidement des infrastructures capables de supporter des charges de calcul massives.

C’est dans cette équation que les acteurs européens doivent désormais se positionner.

Infomaniak prépare un changement d’échelle

Après OVHCloud qui veut changer d’échelle, Infomaniak affiche une nouvelle ambition qui s’inscrit précisément dans ce contexte.

L’entreprise suisse, historiquement connue pour ses services d’hébergement et ses solutions cloud pour les entreprises et les organisations publiques européennes, engage une nouvelle phase de développement. Elle prévoit d’investir environ 200 millions de francs suisses dans ses infrastructures cloud et ses capacités liées à l’intelligence artificielle au cours des prochaines années.

En 2025, Infomaniak a réalisé près de 62 millions d’euros (56 millions de francs suisses) de chiffre d’affaires, avec une croissance de 50 % en trois ans. Ses effectifs ont fortement progressé, dépassant désormais les 300 collaborateurs.

Ces investissements visent à renforcer les centres de données opérés par l’entreprise et à développer des infrastructures capables de répondre aux besoins croissants en puissance de calcul.

Une stratégie fondée sur trois piliers

Pour faire face à la recomposition du marché, Infomaniak mise sur plusieurs axes.

Le premier concerne la souveraineté des données. L’entreprise opère ses infrastructures en Europe et met en avant une forte maîtrise locale de ses technologies et de ses compétences. Cette approche vise à répondre aux préoccupations croissantes de certaines organisations publiques et industrielles en matière de sécurité et de conformité réglementaire.

Le deuxième concerne l’adaptation aux workloads d’intelligence artificielle. Dans un marché où la puissance de calcul devient un facteur déterminant, l’entreprise cherche à renforcer ses infrastructures afin de rester compétitive face aux nouveaux acteurs spécialisés dans les clusters GPU.

Le troisième concerne l’efficacité énergétique des centres de données. Infomaniak met en avant l’utilisation d’énergies renouvelables et la récupération de chaleur produite par ses infrastructures pour alimenter des réseaux de chauffage urbain.

Une gouvernance renforcée pour accompagner la croissance

La transformation de l’entreprise se reflète également dans l’évolution de sa gouvernance. Infomaniak renforce son conseil d’administration avec l’arrivée de Paul Such, pionnier suisse de la cybersécurité et CEO de Swiss Post Cybersecurity, ainsi que de Patricia Solioz Mathys, ancienne directrice générale des Transports publics de la région lausannoise. Ils rejoignent le fondateur et président du conseil Boris Siegenthaler et l’administrateur indépendant Frank Guemara.

La question de l’échelle

Reste une question centrale : celle de l’échelle industrielle.

Les hyperscalers disposent d’une capacité d’investissement très supérieure à celle des acteurs européens. Dans le même temps, les nouveaux opérateurs d’infrastructures IA concentrent leurs ressources sur un segment technologique spécifique, celui du calcul intensif.

Dans ce paysage, les fournisseurs européens doivent trouver un positionnement capable de soutenir leur croissance. Certains misent sur la souveraineté des données, d’autres sur la proximité avec les entreprises locales ou sur l’efficacité énergétique de leurs infrastructures.

La stratégie d’Infomaniak semble chercher à combiner plusieurs de ces dimensions : renforcer ses capacités techniques tout en conservant un positionnement souverain et indépendant, afin de construire une infrastructure cloud souveraine, qui soit capable de répondre aux nouveaux besoins d’un marché européen en pleine mutation.

Dans un marché désormais dominé par la guerre du compute, les acteurs historiques européens peuvent-ils encore peser dans l’économie du cloud ?

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