PERSPECTIVES

Robotique humanoïde : la fin de la promesse, le début de l’industrialisation – Perspectives avec Nicolas Halftermeyer

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En 2010, au CES de Las Vegas, les drones grand public n’étaient encore qu’une intuition industrielle. Quinze ans plus tard, la robotique humanoïde traverse un moment comparable. Nicolas Halftermeyer, expert de long terme, passé par Parrot puis Aldebaran, nous partage dans ce nouveau numéro de Perspectives, son analyse d’un domaine où l’innovation atteint une vélocité inédite, et qui s’intègre dans tous les secteurs d’activité, le tout dans un échiquier dominé par la Chine.

Une trajectoire au contact des cycles technologiques

Nicolas Halftermeyer situe son parcours dans une continuité : pionnier de l’internet, puis de l’internet des objets, il a assuré la direction marketing chez Parrot, un jalon qu’il revendique comme moment fondateur : “J’ai eu l’honneur, avec mon boss Henri Seydoux, de lancer les drones au CES Las Vegas en 2010.” Dix ans plus tard, changement d’échelle technologique : “J’ai pris soin des robots Nao et Pepper chez Aldebaran.”

Malgré les démonstrations éloquentes, il rappelle que la robotique avance moins par “effets de mode” que par cycles longs, où s’impose le temps industriel nécessaire pour stabiliser la mécanique, l’électronique, la chaîne logicielle, la maintenance, et, surtout, les usages.

De Pepper à 2026 : ce qui a réellement changé

Sur le plateau, la main du robot Pepper matérialise l’écart : “Voici la main du robot Pepper, un robot franco-japonais, conçu à Paris, mais évidemment sous commande japonaise de SoftBank.” Pepper, rappelle-t-il, coûte “20 000 euros”, embarque capteurs 3D, RGB, microphones, haut-parleurs, et une main “plutôt cool”, mais qui “ne pouvait pas vraiment attraper grand-chose” à l’époque.

Dix ans plus tard, le pivot tient moins au “design” qu’à l’exécution motrice et à l’IA embarquée, véritables facteurs clés de succès. C’est sur ce point que va se jouer les années à venir, notamment avec le Physical AI.

Compter les volumes, même imparfaits

Si la robotique industrielle n’est pas nouvelle : “Il y a 500 000 [robots] installés par an.” La cobotique, des robots hors cages, à proximité des opérateurs, progresse aussi : “peut-être 50 000 par an.” L’humanoïde, lui, était encore récemment un objet d’exposition, “pour des stands (…) à Las Vegas ou à VivaTech”.

En 2026, “Il est estimé aujourd’hui que 13 000 robots (…) ont été produits.” Il parle de “vrais humanoïdes”, “de notre taille”, “avec deux mains”. Ce volume reste faible au regard des chaînes industrielles asiatiques, mais il marque un changement de catégorie : l’humanoïde n’est plus seulement un prototype coûteux ; il entre dans une phase où l’on peut piloter, déployer, apprendre en conditions réelles. Ce serait une erreur de dire : ‘attendons 2030’ pour appréhender le sujet.

CES 2026 : une bataille de visibilité et un indice géopolitique

Le CES, révèle ce que les acteurs veulent montrer, et donc où se situe l’effort d’investissement marketing et industriel. Sur place, le constat est chiffré : “Sur 40 développeurs présents, 21 étaient chinois.” Une “douzaine” de coréens, “un singapourien”, puis “un allemand, un anglais, deux français”. Ces derniers ont présentés, Miroki (Enchanted Tools) et Richie Mini (Pollen Robotics). Quand aux américains ils étaient peu visibles, Tesla et Figure, notamment, n’étant pas présents.

Sécurité : la robotique cesse d’être un jouet

Les images du CES soulèvent un sujet que l’industrie aborde encore de manière hétérogène, à savoir la sécurité en environnement humain.  Quand un humanoïde tombe, “c’est 80 kilos de métal qui tombe sur votre pied”. Autant dire que doivent s’imposer de solides garde-fous, une culture de l’arrêt d’urgence, et des comportements “responsables”, notamment si l’on veut des robots au contact du public.

Dual use : l’humanoïde militaire est bientôt là

Dans le secteur de la défense, Les drones, dit-il, ont déjà basculé. Les quadrupèdes (type robots d’inspection) ont des usages concrets. L’humanoïde, en revanche, n’est “pas encore” la plateforme militaire la plus crédible pour différentes raison, notamment des batteries limitées (“une heure, deux heures maximum”), les contraintes de terrain, et une forte sensibilité aux conditions.

Mais il ne ferme pas la perspective, “Dans 10 ans, est-ce qu’on aura vraiment des robots de combat ?  c’est assez probable.”

L’Europe : des compétences, mais un fort risque de décrochage.

Nous avons bien entendu abordé la place de l’Europe, qui après avoir été “très bien positionnée”  avec Aldebaran et des laboratoires (CEA, CNRS), est confrontée à des conditions de passage à l’échelle trop difficiles, que cela soit pour des raisons industrielles, financières mais aussi réglementaires.  Il dénonce le manque d’“ouverture des vannes” sur l’expérimentation, en comparaison avec les États-Unis, où il voit déjà des robotaxis en circulation.

Parmi les centres névralgiques en europe, il cite naturellement Zurich comme place forte robotique (ETH, EPFL) ainsi que Munich, et insiste sur la nécessité de sortir d’une lecture strictement nationale : “Il faudra être avec nos amis italiens, espagnols, allemands, et nos amis suisses aussi.” Le mot qui revient est celui de coopération opérationnelle si l’on veut se positionner face à la Chine où excellent des entreprises comme Ubtech, Agibot ou encore Unitree.

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