AsieBusinessLes contributeursTech

Technologie, le cauchemar américain

On a pour habitude de parler des Etats-Unis comme d’une référence en matière de technologie. Dès que l’on aborde les sujets IT, on pense Californie, Silicon Valley, Las Vegas, G.A.F.A.M..

Nos yeux éblouis sont tournés vers nos alliés (?) d’outre-Atlantique à chaque sortie de nouveau produit. Quel utilisateur ou informaticien n’a pas une vision idyllique de ce qui se passe…. aux US?

La réalité, si l’on enlève nos «Google glasses» peut apparaître bien moins charmante et nous donner, à nous, Européens, du fil à retordre. 

Force est de constater que le rêve américain peut parfois se transformer en un vrai «cauchemar».

En arrivant à NYC, nous étions bien loin d’imaginer les problèmes que nous allions rencontrer.

Reconnaissance de plaques minéralogiques: le casse-tête américain

La reconnaissance de plaques, très fonctionnelle en Europe, devient un gros challenge aux USA:  chaque état peut posséder sa propre police (fonte) de caractères, les chiffres et lettres ne sont pas normalisés, vous pouvez avoir «MAMAN» sur votre plaque de voiture, en avoir une à l’avant et l’arrière, à l’avant seulement, uniquement à l’arrière voire même pas de plaques du tout en cas de véhicule neuf. (quelques exemples)

Aucune barrière ne vous arrête à l’entrée du parking qui souvent est la même que la sortie, faute de place disponible à NYC.

Le véhicule est-il en train de sortir ou d’entrer? Bonne question, pour y répondre, nous avons truffé les voies d’accès de sensors.

Lors de nos essais, notre système a même imprimé un ticket alors qu’aucun véhicule n’entrait dans le garage. Il nous a fallu du temps pour comprendre que les numéros sur le ticket estampillé «SUV» étaient les mêmes que ceux du tee-shirt de la dame obèse qui était entrée à pied dans le parking.

Connexion Internet: vous avez dit pas de service?

Nous avons dû revoir tout notre modèle le jour où nos commanditaires nous ont demandé d’oublier le 100% Cloud et de penser version «stand alone». Ils nous ont confirmé qu’il n’est pas rare en effet d’avoir des coupures de service Internet allant jusqu’à une semaine.

Explication : les infrastructures dans les grandes villes américaines sont vieilles et mal entretenues. Le marché de l’Internet se partage entre quelques opérateurs et pour 100 dollars par mois, vous pouvez vous estimer satisfait d’une connexion parfois de pauvre qualité. 

Historiquement, la majorité du réseau (câblé) a été mis en place pour la télévision, pas pour la data. COMCAST est en situation de quasi-monopole et abuse de sa position. On commence seulement à voir depuis peu un début de concurrence avec Verizon qui propose de l’ADSL et des offres fibres.

Un réseau vieillot, basé sur une technologie câblée, des routeurs antiques, des câbles partout, mal fixés, aucun schéma, ni plan détaillé… voilà ce qui nous attendait dans les sous- sols des beaux buildings.

Transactions électroniques: anti-puce et fraude maximum

L’une de nos missions fut de veiller à un taux de fraude réduit et un contrôle du cash. Là encore, nous avons été confrontés à une problématique tout à fait différente: même si on peut payer par contact dans certaines boutiques branchées, il n’en reste pas moins que les Etats Unis sont un des pays dont le taux de fraude aux cartes bancaires atteint de grands sommets.

Le «liability shift» qui transfère depuis octobre 2015 la responsabilité de la fraude au couple banque/commerçant a été vite contourné par les banques américaines qui s’en sortent plutôt bien en reportant elles mêmes la responsabilité sur un seul membre du couple: le commerçant.

Une bonne partie des Américains possède une carte à puce mais la fonction de demande du code pin est en majorité désactivée sur les terminaux de paiements (comme pour le fonctionnement dans les péages). Un moyen de contourner l'obligation d’adopter la norme EMV en permettant des transactions sans saisie de code – qui n’est d’ailleurs pas dans la culture des porteurs – qui, de toutes façons ne veulent pas en entendre parler vu le nombre de cartes qu’ils possèdent. 

La carte est «swipée» chez le commerçant et l’usager signe le reçu, qu’il soit ou non le vrai porteur de la carte, avant de sortir avec ses achats.

Les commerçants, bien que convaincus de l’utilité de la carte à puce, ne peuvent pas se résigner à faire de tels investissements pour un usage qu’ils considèrent comme peu adapté à la culture de leur clients.  (cf Procès WallMart Visa) On trouve toujours chez certains commerçants le fameux fer à repasser («collector» aujourd’hui en Europe).

Malgré tout, quoi qu’il arrive, on a toujours le loisir de payer avec des dollars, monnaie totalement archaïque, destructible, avec même des billets d'un dollar (là où le reste du monde utilise des pièces), souvent en très mauvais état.

Transactions bancaires: IBAN: what is this?

Une des fonctions demandées par notre client: suivre les paiements mensuels des clients abonnés.

Bizarrement, les Américains sont de gros émetteurs de chèques, par exemple pour les salaires (souvent hebdomadaires…), les temps d’encaissement des chèques sont longs, et beaucoup de salariés font souvent même appel à des sociétés d’escompte pour récupérer plus vite, le prix de leur salaires en abandonnant au passage un léger pourcentage.

Lorsque vous devez gérer des réconciliations bancaires, il est surprenant de constater à quel point le système financier américain est en retard dans l’établissement de règles communes afin de pouvoir réduire les traitements chèques au profit de transactions électroniques plus sûres et plus rapides (voir ici).

Difficile d’utiliser des virements; on dispose bien de différents éléments (code routage etc..) mais pas de CRC de vérifications comme pour l’IBAN, bref, on est jamais sûr de faire le virement à la bonne personne.

Telecom: de la fausse 4G?

Pour palier aux défauts de service Internet, nous avions pensé réseau mobile.

Lorsque la LTE (4G) est sortie, tous les opérateurs ont investi pour upgrader leur réseau.

AT&T, qui avait déjà un réseau qui fonctionnait en 2G et 3G n’était pas prêt à investir à nouveau massivement pour faire cet upgrade.

Devant cette situation difficile, le service marketing AT&T a beaucoup réfléchi à la question et surtout lu en détail ce qui définissait la 4G. Comme il n’était fait mention que d’un certain niveau de débit et que le débit de leur 3G approchait le débit défini de la 4G, AT&T a tout simplement vendu sa 3G en l’appelant… 4G.

Cette escroquerie marketing donne bien le ton des ruses utilisées pour masquer des retards techniques par un relookage en bonne et due forme.

Électricité: une capacité divisée par deux

Lorsque vous avez des serveurs ou tout autre équipement installés aux USA, vous devez vous assurer que vos appareils fonctionneront aussi bien outre-Atlantique qu’en Europe.

L’Amérique, comme le Canada et le Japon, est historiquement restée en 110 volts par souci de ne pas faire l’énorme investissement de la conversion telle qu’on l’a connue en Europe dans les années 60.

La conséquence est qu’il faut, pour avoir la même puissance qu’en 220, 2 fois plus d’ampérage ou des câbles plus gros. 

Souvent, les villes, par souci d’économie, limitent l’ampérage pour ne pas avoir de câbles trop gros et montent des transformateurs en série, si l’un d’entre eux brûle, ce sont tous les transformateurs montés en série qui sautent! Un peu comme avant la guerre…

Pour éviter les problèmes de régulation de tension sur des réseaux partagés, les Américains achètent et utilisent des appareils presque indispensables pour eux et que nous n’utilisons presque pas,……des «onduleurs».

A qui n’est-il pas arrivé non plus de rapporter fièrement en souvenir à ses enfants quelque gadget électronique et de le voir tout simplement «griller» au premier branchement en Europe?

Les formats vidéos: un big business?

Heureusement, nous n’avons pas eu à travailler sur de la vidéo.

S’il y a peu, la norme était encore au NTSC (Never Twice The Same Color), la TNT et ses formats DVBT (Terrestre) et DVBS (Satellite) apportaient enfin une solution à la hauteur avec un licensing équitable.

On peut se poser la question comment, alors, les industriels américains ont-ils pu réussir le tour de passe passe de faire voter par les membres du gouvernement la norme ATSC pour avoir une nouvelle rente Pinay de licensing à portée de main.

Les opérateurs satellites l’ont bien compris et utilisent du DVBS.

Ces quelques exemples montrent bien à quel point l’Amérique n’a pas toujours su faire les bons choix technologiques.

La fin justifiant les moyens, si l’armée de terre américaine et la communauté scientifique utilisent le système métrique et des journées de 24h, ce n’est sûrement pas pour rien.

Pour réussir notre mission, nous avons dû nous adapter, être plus vigilants et souples pour combler les retards et défauts techniques que nous avons rencontrés.

De nouveaux challenges et surtout, la conviction que nous n’avions peut être pas à rougir d’être de la vieille Europe. Vieille? …pas tant que ça.

[tabs][tab title= « Le contributeur: »]

pascal-bergerDe formation Universitaire, spécialiste des systèmes CRM et Billing notamment dans l’univers Télécom du temps de la dérégulation (First Télécom, Atlantic Telecom), Pascal Berger s’est tourné tout naturellement vers l’Internet et les applications Web. 

Fondée en 2005, Wapp réalise des applications Cloud sur mesure pour ses clients Français et étrangers.

[/tab]

[/tabs]

Lire aussi: Miami: nouvelle porte d’entrée des start-up sur le continent américain

Tags

contributeur

Les contributeurs sont des auteurs indépendants de la Rédaction de FrenchWeb. Leurs propos et positions leurs sont personnels.

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même sujet

Close
Share This