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TIKTOK, beaucoup de bruit pour une séparation en trompe-l’œil

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Six ans de bras de fer, une loi fédérale votée sous pression, une validation par la Cour suprême, un ultimatum assorti d’une menace d’interdiction immédiate. Une application brièvement mise hors ligne. Des millions de créateurs mobilisés. Une confrontation assumée entre Washington et Pékin. Et, au bout du compte, un accord présenté comme une issue historique par Donald Trump sur son propre réseau social Truth Social, qui peut aussi être vue comme un immense décalage entre l’ampleur du conflit et la portée réelle de la solution.

Quoiqu’il en soit, si la restructuration de TikTok ne tranche pas la question stratégique qui en était le cœur, elle met fin à un feuilleton devenu politiquement ingérable.

Une crise politique avant d’être technologique

Depuis 2019, TikTok n’a cessé de changer de statut, d’application de divertissement, elle est devenue un enjeu de sécurité nationale, puis un symbole de la rivalité sino-américaine.  La loi votée en 2024 visait explicitement à rompre les liens entre TikTok et ByteDance, au nom du risque que la plateforme puisse être utilisée à des fins de surveillance ou d’influence.

Une victoire de procédure

Le nouveau montage capitalistique est simple, avec plus de 80 % de TikTok US désormais détenus par des investisseurs non chinois, parmi lesquels Oracle, Silver Lake ou MGX. La gouvernance devient majoritairement américaine, son nouveau directeur général Adam Presser est américain (il a d’ailleurs dirigé TikTok France) et la modération des contenus est opérée sur le sol américain.

Le cœur intact

L’algorithme de recommandation, moteur économique, culturel et politique de TikTok, demeure la propriété de ByteDance. Il n’a pas été cédé mais simplement concédé sous licence à l’entité américaine.

Ce point est l’élément structurant du dossier, car sans maîtrise de l’algorithme, TikTok US ne contrôle ni la hiérarchisation des contenus, ni la dynamique de viralité, et d’autant moins l’évolution fonctionnelle du produit.  Autrement dit, les États-Unis ont sécurisé l’actionnariat, pas la technologie.

Une séparation qui ne sépare pas vraiment

Si l’accord satisfait l’exigence de la loi américaine de mettre fin à toute relation opérationnelle entre TikTok aux États-Unis et sa maison mère chinoise, la dépendance technologique persiste. ByteDance reste fournisseur critique, détenteur du code. Pékin, qui avait très tôt classé ces technologies parmi les actifs stratégiques soumis au contrôle des exportations, n’a jamais relâché cette prise.

Le risque déplacé, pas supprimé

En cherchant à neutraliser un risque d’ingérence étrangère, l’accord en ouvre un autre, le nouveau TikTok US est désormais adossé à des investisseurs étroitement liés à l’establishment politique américain. La question est désormais moins celle d’une influence étrangère, que celle d’un biais domestique, dans une plateforme désormais centrale dans l’espace public américain, avec plus de 200 millions d’utilisateurs.

Une sortie par le haut, sans solution de fond

L’accord permet à TikTok de rester aux États-Unis et à l’administration de refermer un dossier devenu trop visible, trop long, trop coûteux. Il apporte de la continuité aux utilisateurs et aux annonceurs. Il offre une issue présentable à une crise devenue chronique, mais à l’échelle des ambitions affichées, le résultat interroge.

 

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