Pourquoi ASML réduit ses effectifs malgré des résultats financiers historiques
📩 Pour nous contacter: redaction@fw.media
La décision peut surprendre au premier regard, en 2025, ASML enregistre un exercice record, marqué par 32,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, une marge brute de 52,8 %, un résultat net de 9,6 milliards d’euros et un carnet de commandes de 38,8 milliards d’euros. Les perspectives pour 2026 sont orientées à la hausse, avec des ventes attendues entre 34 et 39 milliards d’euros, portées par la demande en lithographie EUV et la montée en puissance des investissements liés à l’intelligence artificielle.
C’est pourtant dans ce contexte de surperformance et de visibilité sur le carnet de bons de commande, que le groupe néerlandais annonce une réduction nette d’environ 1 700 postes, principalement au sein des organisations Technology et IT, et majoritairement sur des fonctions de management. Loin d’être un ajustement conjoncturel, cette décision s’inscrit dans une réflexion plus profonde sur la capacité d’exécution d’un acteur devenu central pour l’industrie mondiale des semi-conducteurs.
Une décision assumée « à un moment de force »
Dans son message adressé aux salariés, le président-directeur général Christophe Fouquet prend soin de replacer cette annonce dans le cadre global des résultats. « Comme le montrent nos résultats financiers pour l’exercice 2025, nous choisissons de faire ces changements à un moment de force pour l’entreprise », écrit-il.
Le diagnostic : quand la croissance engendre de la complexité
Selon Christophe Fouquet, les retours des collaborateurs, des fournisseurs et des clients indiquent que les modes de fonctionnement se sont considérablement alourdis, et sont en décalage avec la souplesse et célérité dont doit faire preuve une entreprise dans le contexte concurrentiel actuel.
Pour un groupe dont les machines constituent un point de passage obligé pour les fondeurs les plus avancés, la moindre rigidité organisationnelle peut rapidement devenir un facteur de risque.
Repenser l’organisation de l’ingénierie
Le cœur de la réorganisation concerne la division Technology. ASML prévoit de faire évoluer son modèle en sortant partiellement d’une organisation matricielle et par projets, pour privilégier une structure dans laquelle les ingénieurs seront rattachés à des produits et à des modules spécifiques.
Ce choix vise à simplifier les processus, clarifier les responsabilités et à accélérer la prise de décision technique. « Cette nécessité de simplification est un message que nous entendons de manière constante à tous les niveaux de l’organisation », précise Christophe Fouquet.
Dans ce cadre, la direction assume que certaines fonctions ne seront plus nécessaires. « En conséquence de ces changements proposés, certains rôles, principalement au niveau du leadership, pourraient ne plus être requis », indique le message interne. Si la formulation est mesurée, la ligne est on ne peut plus claire : réduire les strates intermédiaires pour rapprocher l’ingénierie de l’exécution.
Lors d’une conférence de presse, le CEO résume cette orientation en une phrase devenue emblématique : « Nous voulons plus d’ingénieurs et moins de management. »
Une réduction ciblée, pas un désengagement industriel
ASML indique qu’elle continuera à créer des emplois d’ingénierie pour renforcer ses projets technologiques existants et en lancer de nouveaux. Les recrutements se poursuivront également dans la production, le support client et les ventes, afin d’accompagner la montée en cadence industrielle et l’expansion du parc installé.
ASML développe par ailleurs un second campus à Eindhoven, conçu pour accueillir jusqu’à 20 000 collaborateurs afin de répondre à la demande future.
Entre signal marché et rigueur d’exécution
Les marchés financiers ont accueilli favorablement l’annonce, interprétant la décision comme un signe de discipline opérationnelle plutôt que comme un signal de fragilité. Dans un cycle largement porté par l’IA et par des investissements massifs chez les grands acteurs du calcul et des semi-conducteurs, ASML cherche à démontrer que la performance se mesure à la qualité de l’exécution.
Cette décision intervient alors que le groupe distribuera un dividende en hausse de 17%, accompagné d’un nouveau programme de rachat d’actions pouvant atteindre 12 milliards d’euros.
Une réorganisation pour durer
En conclusion de son message, Christophe Fouquet résume l’ambition de la démarche :
« L’amélioration de nos processus et de nos systèmes nous permettra d’innover davantage et de mieux innover, générant une croissance responsable supplémentaire pour ASML et pour l’ensemble de nos parties prenantes. »
En choisissant d’alléger sa structure managériale à un moment où la demande est forte et la visibilité élevée, le groupe cherche à préserver ce qui fait sa valeur centrale, à savoir une capacité à innover et à industrialiser à grande échelle. Sil l’objectif est de ne pas ralentir par sa propre complexité, reste à savoir comment de telles annonces seront comprises et admises sur le vieux continent.







