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IA, espace, énergie, ce que révèlent vraiment les scénarios de rapprochement autour de SpaceX

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À la suite de révélations publiées par Reuters sur l’exploration de scénarios de rapprochement entre SpaceX , Tesla et X.ai contrôlées par Elon Musk, les interprétations se sont rapidement multipliées au sein de la communauté tech. Certains y voient l’esquisse d’un conglomérat hors norme, d’autres une manœuvre tactique en amont d’une introduction en Bourse historique. Entre projections industrielles et récits de rupture, le débat s’est rapidement enflammé.

Plutôt que de prolonger ou commenter ces spéculations, il convient de revenir aux faits établis pour en mesurer précisément la signification, car ce que révèlent ces informations n’est pas l’existence d’un projet unifié déjà structuré, mais une phase d’exploration stratégique, contrainte par des réalités très concrètes : financement, accès au calcul, énergie et montée en puissance d’infrastructures lourdes, désormais centrales dans la course à l’intelligence artificielle.

Des discussions capitalistiques avérées, sans décision actée

Premier élément tangible, SpaceX travaille activement à la préparation d’une introduction en Bourse. Plusieurs sources concordantes évoquent une IPO dès 2026, pour une valorisation cible d’environ 1 500 milliards de dollars, avec une levée potentielle pouvant atteindre 50 milliards de dollars. La création, en janvier, de structures juridiques de type merger sub au Nevada, impliquant le directeur financier de SpaceX, s’inscrit dans des pratiques classiques de préparation à des opérations capitalistiques complexes.

Dans cette perspective, des discussions ont bien eu lieu autour de deux options, d’un coté un rapprochement entre SpaceX et Tesla, et de l’autre une combinaison entre SpaceX et xAI. Reuters a confirmé l’exploration d’un scénario d’échange d’actions entre SpaceX et xAI, assorti de la possibilité, pour certains dirigeants de xAI, d’opter pour un règlement en numéraire. Aucun accord n’a toutefois été annoncé, et aucune décision finale n’a été communiquée.

Ces échanges doivent donc être compris comme des hypothèses de travail, mais quel en est le sens et surtout que disent elles du changement d’échelle et de ses impacts géopolitiques.

Des périmètres industriels qui restent, pour l’instant, distincts

Si l’on s’en tient au plan opérationnel, les trois entreprises poursuivent des trajectoires largement autonomes.

SpaceX demeure un acteur industriel du spatial, concentré sur l’augmentation de sa cadence de lancement et sur le développement de Starship. L’entreprise investit massivement dans ses capacités de production et dans ses infrastructures au sol, avec pour objectif affiché de soutenir un rythme de vols sans précédent et, à plus long terme, des projets lunaires et martiens.

Tesla, de son côté, est aujourd’hui autant une entreprise énergétique qu’un constructeur automobile. Ses activités de stockage d’énergie stationnaire, notamment à travers ses systèmes de batteries à grande échelle, sont déjà déployées à l’échelle industrielle. En parallèle, le groupe poursuit le développement de son robot humanoïde Optimus, encore au stade expérimental, mais présenté comme un axe stratégique de long terme.

xAI reste une structure plus récente, centrée sur le développement de modèles d’intelligence artificielle. Comme l’ensemble du secteur, elle est confrontée à une contrainte majeure : l’accès au compute, devenu un facteur différenciant autant qu’un verrou de croissance.

Espace, énergie, calcul : des déclarations qui ouvrent le champs des possibles.

Elon Musk a récemment évoqué publiquement la convergence entre espace, énergie et intelligence artificielle notamment à Davos, lors du Forum économique mondial, en insistant sur un point précis : l’énergie constitue désormais l’un des principaux facteurs limitants du développement de l’IA à grande échelle. Dans ce cadre, il a mentionné l’énergie solaire, sur Terre comme potentiellement depuis l’espace, comme une piste permettant de répondre, à long terme, aux besoins croissants des infrastructures de calcul.

Si ces propos ne sont connectés à aucune réalité opérationnelle, il n’existe à ce stade aucun programme industriel de centres de calcul orbitaux,  la perspective de tels projets est toutefois parfaitement envisageable.

Une convergence dictée par les contraintes de l’IA

Cette hypothèse repose sur un triptyque devenu structurant pour l’intelligence artificielle de grande échelle, à savoir la capacité de calcul nécessaire, l’accès à une énergie abondante et la mobilisation de capitaux sur des horizons longs.  Sur chacun de ces axes, les tensions s’accentuent. Le compute est concentré et coûteux, l’énergie devient un facteur de contrainte explicite, y compris dans des économies jusqu’ici considérées comme abondantes, quant au capital, il doit être engagé dans des projets à très forte intensité capitalistique, comparables à des infrastructures industrielles ou énergétiques.

Dans ce contexte, les scénarios évoqués autour de SpaceX doivent être lus non comme l’annonce d’une intégration imminente entre IA, énergie et espace, mais comme l’exploration de solutions permettant de soutenir des investissements massifs, continus et faiblement liquides, à l’échelle requise par l’IA contemporaine.

SpaceX, un actif central

Dans ce contexte, SpaceX apparaît comme un actif central dans les réflexions en cours. L’entreprise est aujourd’hui l’une des seules au monde capable de lever des montants historiquement réservés à des programmes étatiques, d’autant qu’elle est l’une des seules à capter l’attention de fonds souverains et d’investisseurs en infrastructures aux poches suffisamment profondes

Une géopolitique privée encore hypothétique, mais aux implications dont doivent se saisir les politiques

In fine, ce qui se dessine en creux, mérite une attention particulière. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, des entreprises privées envisagent de contrôler simultanément des leviers historiquement réservés à la puissance publique. L’accès à l’espace, la capacité à produire et stocker de l’énergie à grande échelle, et l’exploitation d’infrastructures de calcul critiques constituent, ensemble, un socle de pouvoir dont la combinaison dépasse le simple cadre économique.

Qui fixe les règles lorsqu’une entreprise privée opère des infrastructures essentielles hors du territoire national ? Quelle juridiction s’applique à des capacités de calcul situées en orbite ? Quelle capacité de contrôle disposent les États sur des actifs financés par des capitaux privés mais aux usages stratégiques évidents ? Autant de questions encore largement ouvertes, sur lesquelles les responsables publics devront s’interroger, sous peine de voir ces enjeux se structurer en dehors du cadre politique traditionnel.

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