
Pourquoi lever auprès d’un gros fonds d’investissement n’est pas toujours un avantage pour un fondateur
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Lever des fonds auprès d’un grand fonds de venture capital reste, pour beaucoup d’entrepreneurs, une forme de consécration. Montants élevés, marque reconnue, accès supposé à un réseau international, l’équation paraît évidente et pourtant, derrière cette évidence apparente se cache une réalité plus nuancée. Car un fonds très capitalisé n’est pas seulement un investisseur plus riche, c’est un acteur dont la structure, les contraintes et les objectifs transforment profondément la relation avec les startups qu’il finance.
Comprendre cette mécanique n’implique pas de rejeter les grands fonds. Elle permet simplement d’éviter un malentendu fréquent qui est de croire que la taille d’un fonds joue mécaniquement en faveur du fondateur.
Un fonds n’investit pas “plus”, il investit différemment
Un fonds de plusieurs centaines de millions d’euros n’opère pas selon la même logique qu’un véhicule de 30 ou 50 millions. Cette différence est mathématique, pour un grand fonds, un investissement de quelques millions d’euros représente une exposition marginale. Même un succès significatif peut rester insuffisant pour influer réellement sur la performance globale du portefeuille. À l’inverse, un fonds plus modeste peut voir son avenir profondément transformé par une seule réussite majeure.
Cette asymétrie a une conséquence directe, à savoir qu’un grand fonds ne cherche pas seulement de “bonnes entreprises”, mais des trajectoires capables de produire des résultats hors norme, à une échelle compatible avec la taille de son véhicule.
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Un aspect sur lequel nous invitons les entrepreneurs à challenger le fonds, voici les 3 questions (il y a d’autres bien sur) à poser:
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À partir de quelle taille de sortie une participation devient-elle réellement significative pour votre fonds ?
→ Pour savoir si votre succès potentiel “comptera” vraiment à l’échelle du véhicule. -
Quel rôle jouerait notre entreprise dans votre portefeuille : ligne centrale ou option ?
→ Pour mesurer le niveau réel d’attention, de soutien et d’engagement attendu. -
Dans quelles conditions arrêteriez-vous de nous suivre, même si l’entreprise progresse ?
→ Pour identifier en amont les seuils où les intérêts peuvent diverger.
La pression implicite de l’hypercroissance
Lorsqu’un fonds important entre au capital, il embarque également avec lui l’exigence d’un potentiel de sortie très élevé. C’est l’un des fondamentaux mathématiques de son modèle.
Dans ce contexte, une entreprise qui progresse de manière saine, rentable, mais à un rythme mesuré, peut se retrouver en décalage avec les attentes de son investisseur.
Le problème n’est pas la performance opérationnelle, mais l’écart entre cette performance et ce que le fonds doit démontrer à ses propres investisseurs, et ce décalage peut se traduire par des tensions subtiles : incitation à accélérer plus vite que prévu, priorité donnée à la croissance sur la profitabilité, préférence pour des stratégies expansionnistes là où une consolidation progressive aurait été suffisante.
Rien d’anormal en soi, mais une dynamique que le fondateur doit anticiper. Voici 3 questions à poser sur ce sujet
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Quel rythme de croissance considérez-vous comme “satisfaisant” pour un investissement de notre taille ?
→ Pour identifier l’écart éventuel entre une progression saine et ce que le fonds doit démontrer à ses LPs. -
Comment arbitrez-vous entre croissance, rentabilité et contrôle du risque ?
→ Pour comprendre si la profitabilité est une option stratégique… ou une variable d’ajustement. -
Dans quels cas poussez-vous une entreprise à accélérer, même si son modèle fonctionne ?
→ Pour anticiper les moments où la pression du fonds peut influencer la stratégie.
Quand l’entreprise devient une “ligne” parmi d’autres
Dans un grand portefeuille, toutes les participations ne jouent pas le même rôle. Certaines sont identifiées très tôt comme stratégiques et d’autres relèvent davantage de l’option. Cette hiérarchisation n’est pas nécessairement explicite, mais elle influence la disponibilité des équipes, l’allocation du temps des partners et la capacité de suivi dans les phases plus complexes.
Pour un fondateur, la différence est de facto très tangible, être une participation centrale signifie bénéficier d’un soutien fort, notamment lors des tours suivants ou dans les moments de tension, quand être une ligne secondaire expose à un accompagnement plus distant, sans que cela traduise un manque de confiance ou d’estime. Là encore, il s’agit d’arbitrages dictés par la structure du fonds, non par un jugement sur la qualité du projet.
Trois questions clés pour comprendre votre place réelle dans le fonds
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Comment priorisez-vous vos participations au sein du portefeuille ?
→ Pour comprendre les critères, explicites ou non, qui structurent l’allocation du temps et des ressources. -
Quel niveau d’implication opérationnelle pouvons-nous attendre dans la durée ?
→ Pour mesurer la disponibilité réelle des partners, au-delà de la phase d’investissement initiale. -
Quel est votre comportement lorsqu’une participation devient moins prioritaire sans être en difficulté ?
→ Pour anticiper le degré de soutien dans les phases intermédiaires, souvent les plus exigeantes.
Le paradoxe du follow-on
Les grands fonds disposent en général de réserves importantes. Pourtant, cette capacité théorique à suivre dans les tours ultérieurs n’est pas une garantie automatique.
Un fonds de grande taille arbitre en permanence entre ses participations. Même une startup en croissance peut ne pas justifier un réinvestissement supplémentaire si son potentiel final apparaît insuffisant au regard des objectifs globaux du fonds. À l’inverse, un fonds plus petit peut être incité à soutenir durablement une entreprise dont il détient une part significative, car l’impact relatif sur sa performance est beaucoup plus fort.
Pour le fondateur, cette différence est cruciale et la solidité apparente d’un investisseur ne préjuge pas de sa capacité ni de sa volonté ni à accompagner l’entreprise dans la durée.
Trois questions clés sur la réalité du follow-on
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Quelle part du fonds est effectivement réservée aux réinvestissements ?
→ Pour distinguer une capacité théorique d’un engagement réellement planifié. -
Dans quels cas choisissez-vous de ne pas suivre, même sur une entreprise en croissance ?
→ Pour comprendre les arbitrages internes et les seuils implicites de poursuite. -
Jusqu’à quel niveau êtes-vous prêts à nous accompagner dans les tours suivants ?
→ Pour évaluer la capacité du fonds à soutenir l’entreprise sur la durée, et pas uniquement à l’entrée.
La question rarement posée : “quelle place mon entreprise occupe-t-elle dans ce fonds ?”
Lors des discussions de levée, la question porte souvent sur le montant investi, la valorisation ou la réputation du fonds. Plus rarement sur un point pourtant déterminant que est le rôle que l’entreprise est appelée à jouer dans l’économie globale du fonds.
Un fondateur a tout intérêt à comprendre :
- quelle proportion du fonds est investie dans son tour,
- combien d’entreprises comparables figurent déjà au portefeuille,
- quel niveau de sortie serait nécessaire pour que l’investissement soit réellement significatif pour le fonds.
Ces éléments ne visent pas à disqualifier un investisseur, mais à clarifier les attentes mutuelles, et éviter tout malentendu.
Trois questions à poser pour situer votre entreprise dans le fonds
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Quelle part du fonds représente notre investissement ?
→ Pour mesurer le poids réel de l’opération dans l’économie globale du véhicule. -
Combien d’entreprises comparables à la nôtre figurent déjà dans votre portefeuille ?
→ Pour comprendre le niveau de concurrence interne et les arbitrages à venir. -
À quel niveau de sortie notre entreprise deviendrait-elle réellement significative pour vous ?
→ Pour aligner les attentes sur l’impact attendu de la trajectoire.
Choisir un fonds, ce n’est pas choisir un statut, c’est choisir une trajectoire qui aligne les intérêts
Lever auprès d’un grand fonds peut être un levier puissant, avoir accès à des marchés internationaux, une crédibilité accrue, une capacité de financement sur la durée. Mais ce choix engage l’entreprise dans une trajectoire où la barre du succès est placée très haut, parfois plus haut que ce que le fondateur avait initialement en tête.
À l’inverse, des fonds plus modestes peuvent offrir un alignement différent avec moins de pression sur la taille de l’exit, plus de tolérance aux chemins intermédiaires, et une relation où chaque succès compte davantage.
S’il ne s’agit pas d’opposer les modèles, rappeler une évidence souvent négligée ne nous parait pas inutile : en venture capital, la taille du fonds n’est pas un détail, car elle façonne attentes, arbitrages et, in fine, la vie de la startup financée.
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