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Ah ces belles années 2001-2002!

Par Michel de Guilhermier, président et fondateur de Day One Entrepreneurs & Partners

Pour la génération des Milléniums qui ne l’a pas réellement connue, le monde économique a traversé une crise majeure en 2001-2002, à la suite de ce qu’on a appelé «l’éclatement de la bulle» qui avait commencé en mars 2000 avec l’effondrement du Nasdaq, et qui s’est prolongée jusqu’à la fin 2002.

Début mars 2000 le Nasdaq était monté à plus de 5100 points… début octobre 2002 il touchait un point bas de 1100 points, soit une baisse de près de 80% en 2 ans et demi.

C’était bien un effondrement majeur, colossal, à la mesure de la folie qui avait eu lieu dans les 2 années précédentes, comme le montre parfaitement ce graphique:

A côté, la crise de 2008 apparaitrait presque comme une gentille correction…

Début 2000, les jeunes entrepreneurs qui voulaient se financer annonçaient des «valorisations» de 10 millions de francs, soit 1,5 millions d’euros pour leur powerpoint company. Mais 1 an plus tard, c’était l’âge de glace, l’argent facile des années précédentes avait disparu et les entrepreneurs opportunistes repartaient se mettre au chaud dans leurs sociétés de conseil ou les grandes entreprises qu’ils avaient quittées, aussi vite qu’ils étaient arrivés!

Si on ne peut pas réellement prédire ce que le futur nous réserve, on peut sans l’ombre d’un doute parier qu’il y aura ça et là d’autres périodes de folies exhubérantes, comme il y aura aussi de nouveaux krachs boursiers et des crises majeures qui les suivront. Ca arrivera, mais on ne peut pas dire quand. Demain à cause d’une montée des tensions avec la Corée du Nord, dans 6 mois à l’occasion d’un hypothétique éclatement de la bulle bitcoin, dans 2 ans si Uber s’écroule, lui qui a un moment donné a été valorisé 68 milliards de dollars, dans 5 ans… Who knows.

On doit tout de même relever que depuis 2009 Wall Street a monté de façon quasi ininterrompu, sans jamais connaître la moindre correction (définie comme une baisse de 10%, un krack étant à -20%), le Nasdaq passant ainsi de 1300 points à pas loin de 7000 aujourd’hui, soit x5 ans en 8 ans (équivalent à +20%/an à peu près). Mais pour immédiatement relativiser, on remarquera que le Nasdaq avait triplé en seulement 18 mois entre fin 1998 et début 2000, ce qui était là indubitablement le signe d’une folie irrationnelle, très différente de la forte mais continue poussée que nous avons connue depuis début 2009.

Pour revenir à 2001-2002, je dois dire qu’avec du recul je me réjouis quelque part de ces années difficiles. Après 2 levées faciles pour Photoways entre janvier (500 000 euros) et avril 2000 (encore 500 000 euros), une plus compliquée en octobre 2000 (300 000 euros), il a fallu lever début 2001, et là ce fut particulièrement sportif. Certains actionnaires de l’époque me disant qu’ils n’avaient même plus 1000 euros pour Photoways, d’autres conditionnant leur mise à ce que moi aussi je remette significativement.

J’avais totalement confiance dans le modèle Photoways car il était intrinsèquement vertueux: d’une part une forte valeur apportée aux 1er clients qui la reconnaissaient bien (je recevais par exemple des emails du genre «vous avez changé ma vie», «merci d’exister»…), et d’autre part des economics sympathiques (marge brute nette de tous frais variables supérieure à 50%). Il nous fallait juste attendre que le marché mature, que le nombre de clients monte au fur et à mesure que le taux d’équipement en appareils numériques et le haut débit progressaient (ceux qui ont connu les modem à 56K comprendront, une seule photo mettait 4′ à être uploadée à l’époque!).

Si nous étions capable de tenir 2 ans, en serrant les fesses, en étant frugal, et en déployant un marketing actif mais malin pour faire connaître le service, nous étions très probablement sauvés.

En avril 2001, je parviens à l’arraché à lever 800 000 euros, en remettant aussi de ma poche et en m’engageant à tenir avec ça 2 ans, au prix certes d’une dilution massive. Mais la vie n’a pas de prix.. Et je prends bien la peine de négocier un très confortable plan de stock options à la performance, au cas où on arriverait bien à créer de la valeur. Deal tout compte fait très fair, car en avril 2001 Photoways était à court de cash, donc au chevet de la mort, et ne valait donc de facto pas grand chose.

Par la suite, Photoways progressera fortement, sera rentable dés l’été 2003, et connaîtra une très belle année 2004 (de mémoire 6 millions d’euros de chiffre d’affaires et 600 000 euros de résultat net)… avant un tour de table de 24 millions d’euros en juillet 2005, à l’époque record. Photoways boostera à 17 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2005, puis rachètera l’anglais Photobox au printemps 2006 (merger 62/38), qui deviendra la marque globale du Groupe par facilité, s’imposera comme le clair leader européen, et l’ensemble sera revendu 550 millions d’euros en octobre 2015, ce qui constitue là aussi le record de sortie d’une société e-commerce en France.

Mais en avril 2001, dans le froid glacial de la crise, avec ces 800 000 euros de levée, il faut d’abord essentiellement serrer les fesses, créer de la valeur, tenir…

Et la, pas d’autre alternative, pas d’autre choix que d’être tenacefrugalrigoureuxmalin, créatifinnovant, et d’aller chercher l’argent là où il est, à savoir chez les clients, en étant focus sur leur satisfaction. Toutes nécessités qui vous font, au final, développer une belle société rentable et devenir un entrepreneur successful.

Quelque part, cette période fut une excellente école, bien plus formatrice certainement que si on s’était lancé avec une cuillère en argent dans la bouche, beaucoup d’argent sur une grosse valorisation.

La réalité est simplement que trop d’argent trop vite a de fortes chances de tuer la niak, la créativité, la rigueur, le réalisme, le besoin d’être malin, et le besoin d’aller chercher chaque euro de chiffre d’affaires chez les clients…

Connaître à un moment donné la disette, les vaches maigres, aide clairement à mieux performer quand les temps sont meilleurs, à magnifier votre sens des réalités économiques, et à vous donner un sens de l’argent plus précis!

C’est en tous cas ma conviction.

En écho, un grand VC américain disait il y a quelques années que les entrepreneurs qui avaient galéré initialement avait bien plus de chance de réussir par la suite…

L’article initial est disponible sur le blog de l’auteur Michel de Guilhermier.

L’expert:

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Michel de Guilhermier est le président et fondateur de Day One Entrepreneurs & Partners.

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