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Le devenir des TV connectées

J’ai eu l’occasion d’animer le 30 sep­tembre 2010 un rare panel sur « La vision des indus­triels » sur les TV connec­tées avec les prin­ci­paux construc­teurs concer­nés : Sam­sung, Toshiba, LG Elec­tro­nics, Pana­so­nic et Sony, accom­pa­gnés de la société nan­taise Wiz­Tivi dont nous avons déjà parlé après le retour de l’IBC. Elle avait lieu lors d’une soi­rée “Le Club” orga­ni­sée par CB Web News, avec Gene­viève Petit aux com­mandes. Le même jour, CB News annon­çait qu’il était en redres­se­ment judi­ciaire, pré­lude au dépôt de bilan ou à une reprise par un tiers.

Un résumé des inter­ven­tions de cette table ronde et des deux qui sui­vaient concer­nant les conte­nus et les marques est aussi dis­po­nible ici. C’est ici l’occasion – habi­tuelle – de faire un petit point sur ce domaine en peine éclo­sion, après avoir cou­vert deux autres offres rela­tives à la télé­vi­sion numé­rique, Google TV et l’Apple TV, sans comp­ter les actua­li­tés de l’IBC d’Amsterdam de sep­tembre 2010.

    A quoi servent les TV connectées ?

    Les télé­vi­sions connec­tées deviennent pro­gres­si­ve­ment la norme dans les offres des construc­teurs. La connec­ti­vité (Inter­net) a ainsi ten­dance à deve­nir stan­dard sur les modèles haut de gamme et même moyenne gamme de nom­breux construc­teurs comme Sam­sung. La grande ques­tion est : pour quoi faire ?

    Les appli­ca­tions de base intègrent pour l’instant :

    • L’accès à des por­tails des chaînes de TV ou d’opérateurs télé­com. Chez Sony, les TV connec­tées ont accès à M6 Replay pour de la télé­vi­sion de rat­tra­page. Chez Sam­sung, elles ont accès au por­tail Inter­net de TF1. Chez LG Elec­tro­nics, on est asso­cié au por­tail d’Orange.
    • L’accès aux conte­nus du réseau domes­tique, via l’interface stan­dar­di­sée DLNA. Grâce à elle, la TV peut navi­guer dans les conte­nus vidéo et pho­tos par­ta­gés sur les PC, NAS et autres Media Cen­ters. Par ce biais comme par une simple clé USB, un grand nombre de conte­nus sont affi­chables sur la TV. En matière de vidéo, la pra­tique cou­rante est d’accéder à des conte­nus “pira­tés”. Le sup­port des for­mats DivX, XVid ou MKG sert rare­ment à autre chose !
    • L’accès à des des ser­vices tiers. Cela com­mence avec de la vidéo à la demande (VOD) et des sites de par­tage de vidéo Inter­net (You­Tube, Dai­ly­Mo­tion), à des sites de par­tage de pho­tos (Picasa, Fli­ckr). Cela s’étend ensuite à toutes sortes de ser­vices en lignes : météo, médias, et intègre égale­ment l’accès aux réseaux sociaux clas­siques, et aussi des jeux divers. La visio­con­fé­rence fait égale­ment par­tie du lot. L’interface uti­li­sa­teur intègre en géné­ral un “appli­ca­tion store” per­met­tant de sélec­tion­ner ses appli­ca­tions dans un cata­logue plus ou moins fourni. Il l’est plu­tôt moins à ce stade de matu­rité du marché.

    On com­mence à dis­po­ser d’un peu de recul pour appré­hen­der l’usage que les télé­spec­ta­teurs équi­pés font de ces TV connec­tées, et notam­ment aux USA. L’accès aux conte­nus vidéos d’origine diverse semble pré­do­mi­nant, d’où le retour enthou­siaste dans les débats de la part d’Eric Cre­mer de Dai­ly­Mo­tion, dont le ser­vice est dis­po­nible depuis deux à trois ans chez Sony, Phi­lips et Sam­sung. Selon lui, les uti­li­sa­teurs sont main­te­nant habi­tués à uti­li­ser la télé­com­mande pour recher­cher des vidéos dans le ser­vice Dai­ly­Mo­tion. Et ils auraient déjà 500000 visi­teurs uniques men­suels sur TV connec­tées. L’usage semble cepen­dant plus modéré pour les ser­vices qui ne relèvent pas de la vidéo et de l’expérience télé­vi­suelle comme les annuaires ou réseaux sociaux.

    L’offre des inter­ve­nants du panel

    En termes de parts de mar­ché, les cinq construc­teurs pré­sents dans le panel CB News repré­sentent au moins les 2/3 du mar­ché fran­çais. Il fau­drait y ajou­ter Phi­lips pour par­faire le tour d’horizon. Même si je suis tou­jours un peu cir­cons­pect sur l’engagement réel et à long terme du néer­lan­dais dans le mar­ché de l’électronique de loi­sir. Tout porte à croire qu’ils s’en désen­gagent progressivement.

    TV Market Share Worldwide Q2 2010

    Donc, revue des acteurs de cette table ronde :

    Sam­sung, repré­senté par Roberto Mauro, en charge de la stra­té­gie de conver­gence en France, est le lea­der mon­dial des TV, notam­ment grâce aux fines LED TV sor­ties en 2009 et sur les­quels il a inves­tit énor­mé­ment en com­mu­ni­ca­tion publi­ci­taire. Il a géné­ra­lisé sa pla­te­forme Internet@TV dans la majeure par­tie de sa gamme de télé­vi­seurs. Ils avaient adopté les Yahoo Wid­gets en 2009, mais s’en sont depuis démar­qué. Ils ont main­te­nant plus de 250 appli­ca­tions dis­po­nibles aux USA, Mais seule­ment quelques dizaines en France, cer­taines ayant d’ailleurs été déve­lop­pées par le nan­tais Wiz­Tivi. Notons au pas­sage que Sam­sung est aussi construc­teur de set-top-boxes et qu’il four­nira la pro­chaine STB d’Orange, à base de pro­ces­seur Intel Atom Soda­ville. Dans la TV connec­tée, Sam­sung cherche à se démar­quer avec une approche cohé­rente entre tous les écrans (TV, PC, mobiles), au point d’avoir un “appli­ca­tion store” unifié.

    samsung-connected-tv-tf1

    Toshiba repré­senté par son Direc­teur Mar­ke­ting France, Alain Ker­goat, se dis­tingue par sa solu­tion multi-écrans “Toshiba Places” déve­lop­pée en France et des­ti­née à deve­nir la solu­tion de Toshiba pour l’Europe. L’histoire est éton­nante et rare pour un groupe asia­tique. Mais comme ceux-ci sont un peu lar­gués par les logi­ciels et les conte­nus, les grandes filiales comme la France ont saisi l’opportunité d’accélérer le rythme et de mener des expé­riences. Toshiba Places est ainsi apparu en sep­tembre 2009 à l’état de pro­to­type. Il a été ensuite annoncé en sep­tembre 2010 et devrait être dis­po­nible entre octobre et novembre 2010 en France. Il s’agit avant tout d’un boi­tier d’origine Net­gem sur lequel tourne l’ensemble du midd­le­ware Net­gem com­plété d’une inter­face uti­li­sa­teur et d’applications créées par Wiz­Tivi (qui déve­loppe aussi la par­tie ser­veur de ces ser­vices en ligne). C’est une solu­tion “over the top” qui intègre la TV TNT ou câble et des conte­nus issus d’Internet. Et elle fonc­tionne sur toutes les TV. Les autres écrans sup­por­tés sont le PC, en mode web, et une tablette Toshiba tour­nant sous Android. Aussi curieux que cela puisse paraitre, il sem­ble­rait que Toshiba gagne des parts de mar­ché en France grâce à une acti­vité com­mer­ciale sou­te­nue. Il n’en va pas autant à l’échelle mondiale.

    Toshiba-Places-Mes-Videos

    LG Elec­tro­nics était repré­senté par Alexandre Four­mond, Direc­teur Mar­ke­ting France. Chez eux, la TV connec­tée s’appelle “Net­Cast”. Le construc­teur s’est dis­tin­gué par un par­te­na­riat avec Orange pour l’accès à ser­vices en ligne du por­tail de l’opérateur télé­com. Une manière de pro­po­ser un ser­vice tout en un sans trop d’efforts. Mais une posi­tion curieuse plu­tôt plus inté­res­sante pour Orange qui sécu­rise l’accès aux conte­nus de ses clients sur la TV connec­tée en plus de la set-top-box, plu­tôt que pour le construc­teur, qui se retrouve un peu en porte à faux au regard jus­te­ment de la set-top-box d’Orange. Bon, par ailleurs, LG pro­pose dans Net­Cast l’accès aux ser­vices clas­siques tels que You­Tube, Picasa, la météo, etc. Au CES 2010, ils mon­traient aussi l’usage de leur TV connec­tée pour la visio-conférence, avec l’incontournable Skype. Et à l’IFA, ce qu’ils appellent main­te­nant la “Smart TV” a vu son inter­face uti­li­sa­teur évoluer, et l’intégration d’une télé­com­mande gyroscopique.

    lg-smart-tv_px600

    Pana­so­nic repré­senté par Chris­tophe Decloux, a sur­tout insisté sur ses tech­no­lo­gies 3D-relief. Comme Sony, le japo­nais mai­trise toute la chaine de pro­duc­tion de la vidéo et du cinéma. Ava­tar a notam­ment été tourné avec des camé­ras vidéo 2K de Pana­so­nic. Il sem­ble­rait qu’un Blu-ray 3D d’Avatar existe mais ne soit dis­po­nible qu’avec les maté­riels de Pana­so­nic. Une exclu­si­vité que l’on ima­gine tem­po­raire. Vie­ra­Cast est leur solu­tion de TV connec­tée avec une foca­li­sa­tion sur les conte­nus et le diver­tis­se­ment en ligne : You­Tube, Euro­sport, Picasa, la vidéo à la demande, Dai­ly­Mo­tion, Twit­ter. Ils avaient aussi mon­tré au CES 2010 l’usage de la visio­con­fé­rence avec Skype, comme LG. A l’IFA 2010 en sep­tembre der­nier, ils mariaient la TV connec­tée et la 3D. Leur inter­face uti­li­sa­teur ne semble pas encore être en 3D, mais Vie­ra­Cast per­met d’accéder à des conte­nus en 3D pro­ve­nant d’Internet. Il y aurait peu de TV connec­tées Pana­so­nic en France : envi­ron 80K. Le japo­nais n’est pas très pré­sent chez nous alors qu’il l’est plus en Alle­magne. Il conti­nue d’améliorer la tech­no­lo­gie Plasma contre vents et marées, tan­dis que le LCD et notam­ment le LED LCD s’est imposé, notam­ment via Samsung.

    Panasonic-Viera-Cast-Netflix

    Sony était repré­senté par Sté­phane Cur­te­lin, Direc­teur Mar­ke­ting TV (et loi­sirs pour le salon, hors jeux). Le construc­teur a une anté­rio­rité dans la TV connec­tée, avec notam­ment un par­te­na­riat avec M6 Replay, la télé de rat­tra­page de la chaine. Ils sont par ailleurs de véri­tables “Game chan­gers” en ayant annoncé l’adoption de Google TV en mai 2010, qui devrait mener aux pre­mières TV connec­tées sous l’OS de Google avant Noël aux USA et en 2011 en Europe. Le ration­nel du choix de Google TV ? Pour Sté­phane Cur­te­lin, c’est parce que la pla­te­forme est ouverte et modu­laire. Ses col­lègues (hors table-ronde) trou­vaient qu’au contraire, le choix de Google était du genre “tout ou rien”, rap­pe­lant en cela l’attitude d’Apple face aux opé­ra­teurs télé­coms (pas de per­son­na­li­sa­tion des iPhones…). Signa­lons que Sony se dis­tingue des autres construc­teurs en étant aussi un groupe média (avec Colum­bia et Sony Music). D’où ce ser­vice de vidéo et de musique à la demande Qrio­city lancé aux USA au prin­temps 2010 et qui devrait arri­ver avant la fin de l’année en France. Une approche très inté­grée à la Apple !

    Sony-Qriocity

    Wiz­tivi avec Eric Bibol­let, son direc­teur des opé­ra­tions. C’est une société spé­cia­li­sée dans le déve­lop­pe­ment de solu­tions logi­cielles powiztivi logour les set-top-boxes et télé­vi­sions connec­tées qui tra­vaille pour un grand nombre de construc­teurs tels que Sam­sung, Toshiba et autres. Il a notam­ment déve­loppé de nom­breux wid­gets pour les TV connec­tées, en par­ti­cu­lier pour Sam­sung, et par exemple ceux de Dai­ly­Mo­tion (pour ce der­nier) ou l’INA et l’Equipe (pour Toshiba Places). Ils déve­loppent une pla­te­forme en mode “web”, à savoir que les appli­ca­tions sont construites en HTML avec du JavaS­cript, plus des biblio­thèques gra­phiques du dépendent de la pla­te­forme sous-jacente. La crois­sance de Wiz­tivi est à l’image de la dyna­mique de ce mar­ché : la PME nan­taise est pas­sée de 10 à 70 per­sonnes en moins de deux ans. Ils sont très sol­li­ci­tés par les chaines comme par les opé­ra­teurs qui sou­haitent adap­ter leurs offres à tous ces nou­veaux écrans.

    Elé­ments de débat

    Le mar­ché de la TV est en plein bou­le­ver­se­ment. C’est un mael­strom qui va durer quelques années. Il y aura des gagnants et des per­dants dans l’histoire. Et le consom­ma­teur sera nor­ma­le­ment du côté des gagnants. Cette remise en cause du mar­ché amène plu­sieurs débats dont cer­tains ont été rapi­de­ment sur­vo­lés pen­dant les tables rondes de CBNews : la struc­ture du mar­ché, l’usage réel des TV connec­tées, l’éducation du mar­ché, les spé­ci­fi­ci­tés du mar­ché fran­çais, l’évolution du modèle écono­miques des chaînes, tout comme l’impact socié­tal de la TV connec­tée. Allons-y…

    La TV connec­tée s’oriente-t-elle vers un mar­ché hori­zon­tal ou ver­ti­cal pour les conte­nus ? Les chaines pri­vi­lé­gient évidem­ment la ver­ti­ca­li­sa­tion tan­dis que les opé­ra­teurs télé­com ont inté­rêt à une cer­taine hori­zon­ta­li­sa­tion. Les construc­teurs de TV semblent faire dans un pre­mier temps le jeu des chaines comme en témoignent ces par­te­na­riats bila­té­raux entre construc­teurs et les por­tails des chaînes. Vu de loin, cela pour­rait être assez per­tur­bant pour le consom­ma­teur qui aurait l’impression d’acquérir une TV trop liée à une chaine don­née. Dans les faits, il n’en est rien. Tout d’abord, il s’agit de por­tails Inter­net et pas d’accès aux chaines de TV. De plus, cet accès n’est pas exclu­sif. Il est assez facile d’ajouter l’accès aux por­tails d’autres chaines TV dans toutes les TV connec­tées. Roberto Mauro de Sam­sung indi­quait clai­re­ment que le par­te­na­riat avec TF1 était tac­tique, qu’il rele­vait d’un posi­tion­ne­ment de départ, mais pas d’une fin en soi. Cela ras­sure. Der­rière ces par­te­na­riats se pose tout de même la ques­tion du mode d’accès à la TV de rat­tra­page. Les chaines sou­haitent l’isoler dans leurs por­tails web, acces­sible à par­tir de leur chaine TV, notam­ment par le biais de l’obscur stan­dard HbbTV dont on va entendre de plus en plus par­ler. Vu du télé­spec­ta­teur, cet accès en silos “ver­ti­caux” n’est pas for­cé­ment des plus élégant. Le cas de Canal+ est exem­plaire dans le double silo ver­ti­cal : non seule­ment, il faut pas­ser par leurs appli­ca­tions et sites web pour accé­der à leurs conte­nus hors de la TV, mais il y a une appli­ca­tion dif­fé­rente pour le direct, la télé­vi­sion de rat­tra­page et la vidéo à la demande ! S’il en avait réel­le­ment le choix, le consom­ma­teur pour­rait pré­fé­rer un accès géné­rique avec la même inter­face uti­li­sa­teur pour toutes les chaines (dit “hori­zon­ta­lisé”). Et puis le grand hori­zon­ta­li­sa­teur pour­rait être Google TV pour créer avec Intel un “Goo­glin­tel” de la TV par oppo­si­tion au couple “Win­tel” qui règne tou­jours dans le monde des PC ! Pour Sony, le choix de Google TV relève de celui d’une pla­te­forme ouverte. A l’envers, Google TV est trop fermé pour ses concur­rents pour qui Google est un “modèle tout en un”. Et oui, on veut bien hori­zon­ta­li­ser les autres (les conte­nus) mais on sou­haite aussi éviter d’être hori­zon­ta­lisé soi-même par un autre (la TV deve­nant une com­mo­dité avec le point com­mun Google TV).

    L’enjeu de la mai­trise de la télé­com­mande était pré­senté comme cri­tique par les construc­teurs dans la table ronde. On a besoin de la télé­com­mande de la TV pour allu­mer l’écran, ce qui l’avantage. Mais c’est un rai­son­ne­ment qui part du résul­tat, pas des causes. La télé­com­mande de la TV sera la télé­com­mande prin­ci­pale si la TV connec­tée est la solu­tion la plus com­plète et/ou la plus ergo­no­mique pour accé­der aux conte­nus. Sinon, cela res­tera celle de la set-top-box.

    La TV sert sur­tout à regar­der des conte­nus vidéos, donc la ques­tion clé des TV connec­tées est de savoir com­ment elles amé­liorent l’expérience télé­vi­suelle et ne se contentent pas d’ajouter des ser­vices “over the top” Inter­net sur la TV qui n’ont pas de grand rap­port avec la consom­ma­tion de conte­nus vidéo ? La ten­ta­tion était grande au départ d’ajouter des wid­gets per­met­tant d’accéder à des ser­vices pra­tiques ou des réseaux sociaux qui ne sont pas liés à la vidéo. C’est peut-être une voie de garage ! Com­ment amé­lio­rer les guides de pro­grammes ? Com­ment inté­grer des fonc­tions de recom­man­da­tion ? Quel est le rôle des tablettes de ce point de vue là ?

    Quels inves­tis­se­ments mar­ke­ting vont être consen­tis par les construc­teurs pour faire connaitre ces fonc­tion­na­li­tés de TV connec­tée aux clients poten­tiels ? La ques­tion de la pré­pa­ra­tion de la dis­tri­bu­tion de détail à la TV Connec­tée est clé. Com­ment com­pa­rer deux TV de ce point de vue là ? Com­ment valo­ri­ser d’un coup d’œil ces fonc­tion­na­li­tés ? Quelle infra­struc­ture est néces­saire dans les maga­sins (accès Inter­net sur un grand nombre d’appareils) ? Com­ment for­mer les ven­deurs ? La mise en place de tout cela pren­dra du temps.

    Com­ment les TV connec­tées vont-elles s’imposer dans le mar­ché fran­çais ? Il me semble que ce soit le mar­ché le plus dif­fi­cile pour les TV connec­tées à cause de la concur­rence des opé­ra­teurs télé­coms et de leur set-top-box auto­ma­ti­que­ment inté­grée dans les abon­ne­ments triple-play. Dif­fi­cile d’y échap­per sauf peut-être en s’abonnant à la fibre via les socié­tés d’économie mixte en région. C’est le même pro­blème qui se pose à Apple sachant qu’en plus ce der­nier n’offre pas l’accès aux chaines en direct et léger dif­féré. La donne va de plus évoluer car les opé­ra­teurs télé­coms four­bissent leurs armes et pré­pa­rant leur nou­velle géné­ra­tion de set-top-boxes : fin d’année pour SFR, pas loin pour Free, et en 2011 pour Orange, sans comp­ter Canal+ qui doit mettre à jour son Cube, une set-top-box hybride satel­lite + Inter­net. Les opé­ra­teurs télé­coms ont aussi la capa­cité à gérer un ser­vice de bout en bout, avec la qua­lité qui va avec. Ils savent mettre à jour les logi­ciels des set-top-boxes à dis­tance pour gérer leur parc, alors que les construc­teurs n’ont pas de parc à pro­pre­ment par­ler ni de revenu récur­rent avec leurs clients. De plus, deux de ces opé­ra­teurs ont choisi le pro­ces­seur Intel Atom Soda­ville pour leurs boi­tiers, ce qui apporte une sou­plesse et une capa­cité de trai­te­ment que les TV n’auront pas avant quelque temps (sauf chez Sony). Il sera très inté­res­sant de com­pa­rer dans six mois les ser­vices et conte­nus acces­sibles sur ces set-top-boxes de nou­velle géné­ra­tion et les TV connec­tées mil­lé­sime 2011. Il est inté­res­sant de consta­ter qu’un opé­ra­teur comme Orange cherche à se pré­mu­nir contre l’adversité avec son por­tail Orange inté­gré dans les TV connec­tées LG Elec­tro­nics, et que l’on trou­vera sans doutes rapi­de­ment dans les TV connec­tées des autres marques. Enfin, l’autre élément à prendre en consi­dé­ra­tion sur le mar­ché fran­çais est l’aspect légis­la­tif et régle­men­taire. Par exemple, la copie pri­vée a ten­dance à pri­vi­lé­gier le sto­ckage local des conte­nus or les TV connec­tée n’ont pas cette capa­cité. Pour l’instant.

    Quel est l’impact des TV connec­tées sur le modèle écono­mique des chaînes et sur le mar­ché de la publi­cité à la télé­vi­sion ? Dans le pro­lon­ge­ment de la TNT, les TV connec­tées vont pro­ba­ble­ment contri­buer à frag­men­ter l’audience. Cela fra­gi­li­sera les grandes chaines tan­dis que de nou­velles chaines appa­rai­tront, plus spé­cia­li­sées. Les chaines vont devoir pour­suivre cette course à l’échalote du sup­port des divers écrans de la mai­son, après le web, les mobiles, les tablettes. Avec un cout non négli­geable du fait que le mar­ché des TV connec­tées res­tera tech­no­lo­gi­que­ment frag­menté encore quelques temps, un peu comme celui des smart­phones. Comme l’attention du télé­spec­ta­teur risque de se mou­voir vers des conte­nus ou for­mats alter­na­tifs, la mesure de l’audience des chaines va se com­pli­quer. Mais la voie retour de l’Internet per­met­tra des mesures directes que le broad­cast à sens unique ne per­met­tait pas, d’où les panels réa­li­sés avec des boi­tiers spé­cia­li­sés de mesure à la Média­mé­trie. Avec les TV connec­tées, plus besoin de boi­tiers ! C’est tout un mar­ché qui va se renou­ve­ler pour mesure l’audience et évaluer la valeur publi­ci­taire des chaines. Avec ou sans Google, la publi­cité à la télé­vi­sion pourra être très rapi­de­ment com­mer­cia­li­sée selon des méthodes que l’on pra­tique dans l’Internet : à la publi­cité vue réel­le­ment, voire à l’action asso­ciée si la publi­cité devient cli­quable, ce qui ne sau­rait tar­der. Les régies clas­sique dis­pa­rai­tront ou devront inté­grer les méthodes du web.

    Der­nier point et non des moindres, l’impact socié­tal des TV connec­tées. Les nom­breux ser­vices qu’on y trouve vont tirer l’écran de TV vers le rôle de “per­so­nal TV” à l’instar du “per­so­nal com­pu­ter”. Est-ce que cela sera suf­fi­sant pour faire reve­nir les ado­les­cents devant la TV, au détri­ment de l’ordinateur per­son­nel dans la chambre ? Est-ce que cela ne va pas deve­nir gênant pour regar­der la TV à plu­sieurs ? Est-ce que la TV connec­tée sera uti­li­sable par la mythique grand-mère (pour regar­der les pho­tos des petits enfants publiées par la famille sur Fli­ckr ou Picasa) ? Est-ce que la non moins mythique ména­gère de moins de 50 ans va s’y mettre ? Peut-on repas­ser tout en pas­sant son temps avec la télé­com­mande dans les mains en per­ma­nence ? Est-ce que l’on ne limi­tera pas la per­son­na­li­sa­tion à outrance en sépa­rant ce qui est per­son­nel, inté­gré dans le smart­phone ou la tablette, de ce qui est com­mun, dans la TV ?

    Bref, on n’a pas fini d’épuiser le sujet !

    url de l’article original: http://www.oezratty.net/wordpress/2010/devenir-tv-connectees/

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    3 thoughts on “Le devenir des TV connectées”

    1. Bonjour, j'avais moi-même rédigé un article sur le sujet, en observant plus du côté des usages, l'impact sur tous les acteurs de la TV connectée. Le plus surprenant aujourd'hui c'est que l'innovation ne vient surtout pas des acteurs historiques mais surtout de nouveaux entrants, à peine connus, Apple, Google et Yahoo…Amazon s'y essaierait presque, en tous cas en parle…
      See: http://buzzedinlog.wordpress.com/2010/05/16/la-no

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