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Du BIM à l’intelligence du risque : ENLAYE lève 4,25 millions d’euros

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L’intelligence artificielle a déjà commencé à transformer la conception des bâtiments, l’analyse des plans, le suivi des chantiers ou encore la planification des ressources. Une autre catégorie de logiciels commence désormais à émerger : celle de l’intelligence du risque.

La startup Enlaye, fondée par Philippe Rival et Stamatios Liapis, annonce une levée de fonds Seed de 4,25 millions d’euros menée par Glasswing Ventures et co-menée par Link Ventures. L’opération doit permettre à l’entreprise d’accélérer le développement de sa plateforme de gestion du cycle de vie des risques destinée aux acteurs de la construction, de l’immobilier et des infrastructures. Déjà déployée sur plus de 17 milliards de dollars de projets aux États-Unis, au Canada et en Europe, la startup travaille notamment avec plusieurs entités du groupe VINCI. Son ambition est de transformer les connaissances dispersées dans les projets de construction en intelligence opérationnelle exploitable à grande échelle.

Cette levée intervient alors que l’industrie mondiale de la construction entre dans une phase de transformation profonde. Longtemps focalisée sur la productivité des chantiers, la numérisation du secteur se concentre désormais sur un enjeu plus stratégique : la capacité à identifier, anticiper et réduire les risques susceptibles d’affecter la rentabilité des projets.

Les États-Unis font de l’IA un outil de protection des investissements

Le marché américain constitue aujourd’hui le principal moteur de l’innovation dans la construction assistée par l’intelligence artificielle.

La multiplication des projets industriels, des infrastructures énergétiques et des centres de données destinés à l’intelligence artificielle fait émerger de nouveaux besoins. Les investissements engagés atteignent désormais plusieurs milliards de dollars par site et les dépassements de coûts ou les retards de livraison peuvent avoir des conséquences financières considérables pour les opérateurs.

Dans ce contexte, les grands groupes du secteur recherchent moins des outils capables de gagner quelques heures de travail que des solutions permettant de réduire l’exposition aux risques opérationnels, contractuels ou financiers.

Une nouvelle génération d’acteurs spécialisés apparaît ainsi autour de l’analyse prédictive, de l’automatisation documentaire, du pilotage des chaînes d’approvisionnement ou encore de la gestion des risques. L’intelligence artificielle devient progressivement une couche décisionnelle destinée à sécuriser des projets dont la valeur peut atteindre plusieurs milliards de dollars.

Cette évolution marque un changement de paradigme. Après avoir été présentée comme un outil de productivité, l’IA devient un instrument de protection du capital investi.

L’Europe avance plus lentement mais fait face aux mêmes contraintes

Le mouvement est moins spectaculaire en Europe mais les fondamentaux sont similaires.

Les grands programmes d’infrastructures liés à la transition énergétique, aux transports, à la rénovation des bâtiments ou encore aux infrastructures numériques confrontent les acteurs européens à des défis comparables à ceux observés aux États-Unis.

La hausse des coûts de construction, la raréfaction de certaines compétences, l’augmentation des exigences réglementaires et la complexification des projets poussent les grands groupes à rechercher de nouvelles sources d’efficacité.

Contrairement aux États-Unis, où l’écosystème des startups ConTech est particulièrement développé, l’Europe s’appuie davantage sur ses grands groupes de construction pour expérimenter ces nouvelles technologies. VINCI, Bouygues, Eiffage ou STRABAG multiplient ainsi les initiatives autour de l’intelligence artificielle, de l’analyse documentaire et de l’automatisation des processus.

Cette dynamique pourrait s’accélérer dans les prochaines années alors que la souveraineté industrielle et les infrastructures critiques redeviennent des priorités économiques et politiques majeures.

Une industrie qui accumule les données sans parvenir à les exploiter

La construction génère des volumes considérables d’informations : contrats, appels d’offres, plans, spécifications techniques, rapports de chantier, correspondances, procédures, historiques de réclamations ou encore données de maintenance. Pourtant, la majorité de ces informations demeure enfermée dans des silos organisationnels ou technologiques.

Selon les chiffres cités par Enlaye, près de 96 % des données produites dans le secteur ne seraient jamais utilisées. Autodesk estime pour sa part que les mauvaises données ont coûté 1 850 milliards de dollars à l’industrie mondiale de la construction en 2020. À cela s’ajoutent les pertes d’informations entre les phases de conception, de construction et d’exploitation, ainsi que la difficulté à transmettre les enseignements d’un projet à l’autre.

Le résultat est retards, reprises de travaux, litiges contractuels, dépassements budgétaires et dégradation des marges.

Dans une industrie où certains projets représentent plusieurs centaines de millions voire plusieurs milliards d’euros, quelques erreurs d’interprétation contractuelle ou quelques risques mal anticipés peuvent suffire à remettre en cause l’équilibre économique d’une opération.

Enlaye veut construire la mémoire du risque des entreprises de construction

C’est précisément sur cette problématique que se positionne Enlaye, contrairement à de nombreuses startups du secteur qui cherchent à automatiser des tâches administratives ou à améliorer la productivité des équipes, la société s’intéresse à la manière dont les organisations apprennent de leurs expériences passées.

Sa plateforme agrège des données issues de multiples sources (documents techniques, contrats, plannings, rapports terrain ou historiques de projets) afin d’identifier des corrélations, détecter des signaux faibles et produire des analyses de risque contextualisées.

L’entreprise s’appuie notamment sur des modèles d’IA multimodale et des Graph Neural Networks afin de relier des informations dispersées et d’en extraire une intelligence exploitable par les équipes opérationnelles.

L’objectif n’est pas de remplacer les experts mais de leur permettre d’accéder instantanément à des connaissances qui resteraient autrement enfouies dans des milliers de documents.

La validation de VINCI constitue un signal fort

Dans le secteur de la construction, la valeur d’une technologie se mesure moins à sa démonstration qu’à son adoption sur le terrain. Depuis 2025, Enlaye bénéficie de l’accompagnement de Leonard, la plateforme d’innovation du groupe VINCI. Plusieurs entités du groupe utilisent déjà la solution, notamment dans le cadre de l’analyse d’appels d’offres et de l’évaluation des risques contractuels.

Les grands groupes de construction figurent parmi les organisations les plus exigeantes en matière de fiabilité, de conformité et de gestion documentaire. Leur environnement opérationnel combine une forte intensité capitalistique, des obligations réglementaires complexes et des cycles de projet pouvant s’étendre sur plusieurs années.

La gestion des risques pourrait devenir la prochaine grande catégorie de la ConTech

Pendant plus d’une décennie, la transformation numérique du BTP s’est principalement concentrée sur la digitalisation des processus. Les logiciels de gestion de chantier, les plateformes collaboratives, le BIM ou les jumeaux numériques ont permis de structurer et de fluidifier les opérations.

La prochaine étape pourrait consister à exploiter l’ensemble des connaissances générées par ces systèmes afin de mieux anticiper les risques futurs.

Cette évolution dépasse largement le cadre du BTP. Les mêmes problématiques apparaissent dans l’énergie, les infrastructures de transport, l’industrie lourde ou encore la défense, où la complexité croissante des projets rend la gestion du risque de plus en plus stratégique.

La levée de fonds d’Enlaye illustre ainsi une tendance plus large : l’émergence de plateformes capables de transformer la mémoire opérationnelle des organisations en avantage concurrentiel.

Après avoir numérisé les projets, l’industrie cherche désormais à numériser l’expérience accumulée. Dans un secteur où chaque décision peut représenter plusieurs millions d’euros, cette capacité pourrait devenir l’un des actifs les plus précieux de la prochaine décennie.

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