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J’ai fait une ICO en 2000 (enfin presque), pourquoi cela n’a pas marché et pourquoi cela me rend passionné des crypto monnaies

Par Michael Amar, contributeur FrenchWeb

(A noter : Ceci n’est pas une incitation à investir / spéculer sur les crypto monnaies mais une incitation à s’y investir ;-) )

Je ne me suis plongé que récemment dans l’univers du Bitcoin et de la Blockchain mais je retrouve beaucoup d’analogies avec deux start-up que j’ai co-créées sur les sujets du « client actionnaire » et des « monnaies digitales ».

En 2000, j’ai co-créé avec Dimitri Ducourtieux la Société DAOODA, un portail shopping similaire à Kelkoo à la différence que lorsque vous achetiez sur des sites tels Cdiscount, vous gagniez des points, les “daoos”. Ces points étaient échangeables en … actions de notre société (pour ceux qui sont trop jeunes pour s’en rappeler, les actions de start-up en 2000 c’était aussi excitant que les bitcoin d’aujourd’hui, tout le monde en voulait).

Or, en France pour attribuer des actions au public il faut faire Appel Public à l’Epargne. Rien ne nous arrêtant nous allions tête la première a la COB (ancêtre de l’AMF) qui nous a poliment renvoyé chez nous (nous étions deux et une société en création… un peu léger pour soumettre une demande de visa). C’est alors que nous sommes tombés sur un avocat –très- malin qui a trouvé l’angle juridique nous permettant de forcer notre passage : la compensation de créance (pour schématiser, nous avions généré une dette vis-à-vis de l’acheteur et avions le droit de lui attribuer des actions pour l’honorer). Nous avons donc créé le concept de l’actionnaire internaute : l’actionnaute.

Quelques articles de l’époque :

– “L’actionnaute détient donc une partie de la valeur qu’il aura lui-même créée en tant que consommateur, animateur ou visiteur du portail d’achat DAOODA “01Net.

– “Fidélité. Vedette de toute société commerciale qui se respecte, le client vient de s’inviter dans le débat sur la répartition du capital entre actionnaires et salariés. Les Echos

-“En octroyant son visa à Daooda, la COB a permis à une société non cotée, pour la première fois en France, d’ouvrir son capital à ses clients au prorata de leurs achats. Près de 80 % des internautes ont déclaré leur intention de devenir actionnautes de daooda depuis le 15 janvier 2001“. L’atelier

Notre “token” d’alors avait bien une utilité pour la société et donc ses actionnaires (il servait d’argument marketing peu onéreux pour nous faire connaitre auprès des consommateurs), une valeur pour l’utilisateur qui gagnait une récompense – récompense qui pouvait monter en valeur si les performances de la société étaient bonnes – ce qui incitait l’acheteur à contribuer à la création de valeur (en recommandant notre site, publiant des avis etc…)

On retrouve donc là les mots-clés du concept du Bitcoin et de la Blockchain qui en fait bouscule le triptyque consommateur – actionnaire – salarié socle du capitalisme alors même que les objectifs de ces trois acteurs sont différents. Avec la Blockchain tout le monde participe et profite des fruits de l’économie créée, les frontières entre les trois acteurs s’atténuent voire disparaissent.

L’état d’esprit était donc proche des ICO du moins des ICO qui ont un token lié à des titres (security token vs utility token).

Vous devinez que je suis de ceux qui pensent que les ICO ont des vertus positives pour les entrepreneurs ET les investisseurs. Bien entendu, il faut les réguler (bon nombre d’ICO sont faites sur des projets qui ne passerait pas le filtre des fonds d’amorçage). Mais avec un peu de prospective et en anticipant sur ce qu’il va se passer post régulation les fondamentaux des ICO sont à mon sens bonnes pour le marché en ce qu’elles démocratisent l’accès aux startups et permettent une liquidité à plus court terme pour les investisseurs d’une part et ouvrent un marché international et dans une approche purement digitale pour les entrepreneurs.

Il reste difficile pour un entrepreneur basé en région de trouver du capital s’il n’a pas accès à des fonds d’investissement et ne répond pas à certains critères qui souvent sont subjectifs. Cote investisseur individuel, soit il n’a juste pas accès aux start-up soit il a investi dans un fonds d’investissement (via des FCPI ou autre), auquel cas les informations qu’il reçoit par les fonds d’investissement sont beaucoup plus réduites que celles auxquelles il pourrait avoir accès dans une ICO (nombre d’ICO sont commentées en détail par des experts, qu’ils viennent du monde des fonds d’investissement, de la technique etc…). C’est pourquoi je pense qu’il y a quelque chose de fondamentalement plus juste pour les différentes parties dans le mécanisme des ICO. Les fonds d’investissement auront toujours un rôle à jouer bien évidemment mais la révolution blockchain va les pousser également à se transformer en offrant plus de transparence et en offrant plus de services aux entrepreneurs.

Pour la petite histoire, quelques semaines après avoir eu notre visa approuvé par la COB la bulle internet a éclaté, autant vous dire que plus personne n’était intéressé par avoir des actions – même gratuites – de start up, nous avons alors pivoté deux fois avant de stabiliser la société qui était devenue un ad network. Même si la « bulle » Bitcoin éclate je ne pense pas que l’attrait des cryptocurrencies disparaisse vu les écosystemes qui sont en train d’être mis en place.

Quelques années plus tard nous lançons une nouvelle société basée dans la Silicon Valley qui créee un pont entre les monnaies virtuelles et les grandes marques. Nous avons créé en 2010 Ifeelgoods qui permettait à son lancement aux entreprises d’offrir la monnaie virtuelle de facebook – les facebook credit – comme cadeau à leurs clients.

Facebook venait de lancer en 2010 une monnaie qui permettait d’acheter des crédits pour les jeux (dont le jeu phare Farmville) ou de voir des films en streaming dans l’interface de Facebook. Nous avions signe un deal exclusif avec Facebook qui nous permettait de nous connecter à leur API et de donner en temps réel des crédits aux utilisateurs. L’expérience utilisateur était unique car l’utilisateur n’avait pas besoin de saisir un code, il lui suffisait de se connecter à son compte Facebook pour recevoir immédiatement ses crédits après avoir soit acheté un produit en ligne, fait un check in dans un magasin ou souscrit à une newsletter.

L’expérience utilisateur était donc unique et incomparable avec la majorité des autres moyens qui permettent de créditer un compte ou d’offrir un cadeau.

La monnaie de facebook avait plus d’impact que les dollars. Les gens étaient sur facebook en train de jouer plusieurs heures par jour. Ce qui les intéressaient, ce n’était pas des dollars, c’était des facebook credit pour jouer. Le dollar était devenu une passerelle inutile. Une étape plus forcement nécessaire.

Ce que le client veut c’est un McDo, donc un Mc Credits lui y irait tout aussi bien, ou des Nike Credits, Des Air France credits (miles ?) Ce que le consommateur veut c’est l’objet / la marque, pas les dollars qui permettent de l’acquérir. Et il le veut directement sur son téléphone. Petit flashback avec un article que j’ai écrit il y a quelques temps sur les branded currencies : https://www.linkedin.com/pulse/how-brands-can-utilize-power-branded-currencies-michael-amar/

Ce que j’ai vécu en tant qu’entrepreneur des dernières 20 années avec la logique du client actionnaire et la simplicité et efficacité des monnaies virtuelles m’a rendu très réceptif au concept des crypto monnaies

Il devient quasi impossible de concurrencer Google, Amazon ou Facebook sur leur terrain, mais il y a de fortes chances que la structure qui réussira viendra d’une approche décentralisée. Peut-être pas les premières générations actuelles telles Telegram qui va lever plus de 2 milliards de dollars avec son ICO, mais peut-être les deuxièmes ou troisièmes génération. Il n’est pas neutre que Mark Zuckerberg ait annoncé que son objectif pour 2018 était de mieux comprendre les crypto monnaies.

Des millions de monnaies virtuelles vont être créées (par forcément avec le support d’ICO) des monnaies liées à des avoirs immobiliers, des actions, des titres de propriété, des monnaies nationales qui vont être indexées sur des monnaies virtuelles etc… Il est très probable que tous les actifs tangibles ou intangibles existent un jour sur la blockchain. Tous les actifs du monde deviendraient programmables et fractionnables ! L’écosystème qui se met en place à une vitesse jamais vue auparavant apportera des changements soudains dans notre manière de faire et va rapidement désintermédier de nombreux métiers.

“Cryptographical solutions might with great propriety be introduced into academies as the means of giving tone to the most important of the powers of the mind.” – Edgar Allan Poe

Cet article du New York Times évoque comment les étudiants ont appréhendé les opportunités plus vite que leurs professeurs et sont extrêmement demandeurs de formations. Les premières formations aux token economics, smart contract, ou droit des crypto monnaies sont dispensées. Banques, écoles, gouvernements s’adaptent, un nouveau monde est en marche. 1 personne sur 20 detiennent des crypto monnaies aux Pays Bas, 1 salarié sur 3 en detiendrait en Corée, imaginez un monde avec les mêmes pourcentages dans tous les pays du monde.

J’ai été assez étonné de lire les avis très négatifs (et pas très documentés) de pionniers de l’internet qui ont souffert comme moi de la négativité lors de nos débuts (internet cela ne sert à rien, ça ne marchera jamais, ce n’est pas sécurisé …etc…). La critique constructive, oui, la négativité, cela n’apporte rien. J’espère que notre gouvernement ne va pas entraver cette révolution blockchain mais au contraire créer un écosystème favorable permettant à la France d’être un acteur majeur de ce nouveau monde.

Vous êtes jeune, envie d’entreprendre : entrez dans la matrice! C’est une opportunité comme on en voit tous les 20 ans

Le contributeur :

Serial entrepreneur dans le digital, Michael a lance trois sociétés en France (Développement web, ad-network et agence media digitale) qu’il a vendu en 2007 avant de partir a Palo Alto ou il a crée feelgoods en 2010. Michael est investi dans l’écosystème des start up, il est investisseur dans une dizaine de start up, 3 fonds d’investissement, ambassadeur pour la French Tech et board member StationF et mentor de plusieurs organisations et start up.

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Un commentaire

  1. Super article, merci! Le passage qui m’a le plus marqué c’est quand vous expliquez que l’utilisateur ne voulait plus (avec ifeelgood) des dollars, mais directement des facebook-credits, que le dollars était devenu une passerelle inutile. Génial!
    Du coup en effet, celui ou celle qui fera tomber les actuels rois de leurs piédestals, passeront par la décentralisation du bien/du service.
    A méditer en effet, ;)

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