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Le Web touché par une vague de licenciements. Faut il paniquer?

Je republie sur FrenchWeb mon commentaire sur le post d’Ouriel Ohayon sur Techcrunch, intitulé « Le Web touché par une vague de licenciements. Faut il paniquer? »
le débat est interessant car il mélange différents aspects qui sont intiment liés mais tellement divers:

Benoitement, je rappelerai que la valorisation d’une entreprise est issue de l’offre et de la demande sur le marché

Si l’on peut espérer qu’elle soit relative à l’activité et la santé financière de l’entreprise, on sait qu’elle est aussi pondérée:

– par la spéculation autours du titre, spéculation qui peut être justifiée par une projection positive à court ou moyen terme
– par la spéculation opportuniste, due au lancement d’un nouveau produit, un partenariat industriel, un changement de management, des résultats dépassant les prévisions, et bien souvent d’un rachat par un autre acteur. dans ce cas, il s’agit souvent d’un aller retour de la part des spéculateurs.

Nous savons également à quelle point la qualité de la communication financiere et manageriale est prépondérantes sur ces deux aspects.

Le secteur internet est l’un de ceux qui connaissent la plus forte croissance, il n’est donc pas surprenant de voir des valorisations plus importantes que dans d’autres secteurs. Cette croissance des valorisations s’estompera au fur et à mesure de la maturité du secteur.

Dire que: beaucoup des entreprises cités vont disparaitre est vrai, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons.

A commencer par celles qui vont faire l’objet d’une concentration du marché. Un bon exemple est celui des ISP (fournisseurs d’accès à Internet). Ils étaient plus de 500 en France en 97, leur nombre s’est considérablement réduit, les plus forts financierement ayant progressivement rachetés les autres. Certains ont été acquis avec de très bonnes valorisation par rapport à l’investissement initial, parce qu’elles avaient développées une base abonnées importante avec des coûts d’acquisition très faibles, développé un reseau d’excellente qualité, etc. Je vais citer Club Internet que je connais bien pour y avoir travaillé plus d’une dizaine d’année. Lors de son rachat par T-Online (Deutsche Telekom), le groupe Lagardere a multiplié sensiblement sa mise par rapport à l’investissement fait et savait qu’il n’avait pas les moyens d’aller plus loin dans un contexte où les opérateurs étaient les maitres du jeu.

D’autres ont été acquises à la casse, par manque de moyen, ou de clairvoyance du management. eMailJob malgré de bons résultats n’avait pas les moyens de faire face à un mastondonte comme Monster qui l’a finalement racheté, ou encore AOL France qui avait tout misé sur le bas débit quand le haut débit était le fer de lance de concurrents plus éclairés.

Enfin certaines ont été la proie d’acteurs qui ont préféré développer leur assise en rachetant des concurrents qui leurs faisait de l’ombre. Cela a été le cas dans le domaine des antivirus avec la prédominance de Norton, ou encore ICQ racheté (à prix d’or) par AOL qui souhaitait asseoir son propre messenger.

Si l’on prend la liste éditée par Ouriel, la plupart des acteurs ont des modèles économiques. Qui peut croire que les créateurs de startup s’engagent sur une route aussi difficile que l’entreprenariat, sans avoir reflechi à cela. Après il y ceux qui ont raison, ceux qui se sont trompés, et bien sur, ceux qui ont tort.

Cela étant dit, certains sont plus avancés que d’autres dans la réalisation de leur business plan. On ne peut pas dire que le modele d’eBay ne soit pas viable, malgré cela nous pouvons être certain qu’il sera amené à évoluer en fonction des aléas du marché.

Pour ceux qui n’en n’ont pas aujourd’hui, il ne faut pas croire qu’ils n’en auront pas!

S’Il est vrai que pour certains l’évolution naturelle de leur entreprise est (dans le meilleur des cas) un rachat. Il ne faut pas oublier que cela répond au mode de fonctionnement du marché, je l’ai déjà illustré précédement mais j’insiste sur ce point: de nombreuses entreprises préfèrent se développer par acquisition que d’investir en R&d sans certitude de créer la bonne solution. Elles sont d’ailleurs souvent inadaptées pour développer de nouveaux services: difficultés à appréhender l’innovation, organisations trop lourdes, process trop compliqués, obligation d’avoir des résultats courts terme. un bon exemple est celui de Yahoo! qui a préféré Flickr à son service maison Yahoo! photo, et la liste est longue!

Enfin que penser des entreprises qui licencient?

Parmi les startup, il y a celles qui ont un financement fragile. J’entend par cela celles qui se sont développées en autofinancement par leurs fondateurs (c’est le cas de ma société, Moovement), celle qui ont fait un premier tour d’amorcage et celles qui ont des étapes à franchir pour voir l’intégralité de leur financement libéré.

A défaut de comprendre la situation, il est indéniable qu’elles vont faire le dos rond pour faire face aux 3 années qui viennent.

Cash is king

Les espoirs de lever des fonds aujourd’hui sont très faibles: les business angels se retirent par perte patrimoniale, les fonds se concentrent sur leurs actifs ou sur des valeurs fortement dépréciées qui ont déjà un chiffre d’affaires significatif, restent en France les investisseurs qui doivent encore defiscaliser (loi TEPA), et les rares qui savent qu’ils feront une entrée au capital à une valorisation inespérée normalement. Pour survivre ces startups devront réduire au maximum leur voilure, combien d’entrepreneurs seront obligés d’aménager leur modele, d’accélerer la phase commerciale et souvent de travailler à coté, voire pour de nombreux, tirer un trait.

Pour celles qui ont un financement plus confortable, elles limiterons leurs coûts dès aujourd’hui (Loic, et bien d’autres l’ont déjà fait) et non quand elles auront des difficultés, en attente de cieux plus favorables pour accélerer.

Celles qui ont un business qui tourne, elles ne manqueront pas de s’adapter à la conjoncture à commencer par limter leurs dépenses à celles qui génèrent du CA, (combiens de plans médias ont été annulés cette semaine?), les autres subiront leur absence d’anticipation dans les mois à venir.

Celles qui font preuve d’embonpoint, en terme d’équipe, d’organisation, de process, elles ne manqueront pas de faire une cure d’amaigrissement.

D’autres profiteront de l’opportunité pour dégraisser et améliorer leur rentabilité. Les salariés et leurs representant laisseront faire par peur de réductions encore plus drastiques.

Enfin certaines feront leurs emplettes.

Cela étant dit, même si je sais que la discussion ne fait que commencer, opposer les entrepreneurs et les investisseurs n’a guère de sens. Cette crise est vécu très différement par les uns et les autres, avec une chose en commun dans un contexte récessioniste: celle de créer de la valeurs (même si elle n’est que financière pour certains, ce n’est pas péjoratif). Nous pouvons regarder l’avenir négativement et jeter l’opprobe sur les uns et les autres, comme en appréhender les limites immédiates et rebondir.Chacun sait qu’Internet n’en est qu’à ses débuts, c’est une chance que n’ont pas beaucoup d’autres secteurs d’activités.

Qu’en pensez vous?

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Richard Menneveux

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7 thoughts on “Le Web touché par une vague de licenciements. Faut il paniquer?”

  1. Faut mettre dans la tête ces salariés licenciés qu’ils sont peut être les jeunes pousses de Demain … Et peut être concurrent de leurs ancienne boite. Bon , Ok, Aussi , cela va faire des base de clients qui vont se balader chez leurs concurrents, quelques ruptures conjugales, ou peut être quelque SDF de + … Mais bon …

  2. @1001Portails, ton commentaire démarrait pas mal. La crise va être diffile mais il faut profiter de la croissance de notre secteur, et (re)dimensionner son projet à cette conjoncture.

    Bon dimanche, froid mais ensoleillé!

  3. Salut

    Tu demandes ce qu’on en pense,donc je répond.

    Je pense que tu es totalement subjectif, et ça fait presque mal aux yeux de lire un texte écris à la plume aussi légère sur des sujets aussi épineux.
    Je pense que plutôt que d’écrire ça, il ne vaut mieux rien écrire du tout … Comme si un enfant de cm2 écrivait une rédaction sur un sujet du bac.

    Ton idée est intéressante d’approcher le sujet, mais approche le de manière correcte. Dans un style léger, sans aucune référence ou explication soutenant tes dires, aborde des phrases légères.
    C’est dommage que les blogs préfèrent provoquer du buzz et du click plutôt qu’approfondir des sujets et amener une vraie discussion.
    J’espère qu’on sortira bientôt de cette économie et mode du click.

    Sinon pour en revenir a ton texte :
    « la valorisation d’une entreprise est issue de l’offre et de la demande sur le marché » … Met ça dans une épreuve d’économie en 2nd cycle et tu refais ton année … Si c’était si simple, tout le monde serait riche. La valorisation d’une entreprise repose sur une multitude de critères, qui ne sont pas tous soumis à des principes économiques. De quelles entreprises parles tu ? De quel valeur parle tu ?

    « Cette croissance des valorisations s’estompera au fur et à mesure de la maturité du secteur.  » OK … Sur quoi te bases tu ? Tu crois ça, ok, mais quelles sont les raisons qui te pousse à croire ca ? Déjà la notion de « croissance des valorisations » c’est un peu succint et tiré par les cheveux. A la limite, dit « l’augmentation des entreprises sur évaluées par les investisseurs », la pilule passe un peu mieux.

    « beaucoup des entreprises cités vont disparaitre est vrai, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons » .. Ok ! Quelles sont ces raisons, sans indiscrétion ?
    Par ton discours tu à l’air de te placer au dessus de tout le monde. Quand un chef d’entreprise lit se texte, il tombe de sa chaise.

    Tu as l’air de parler de rachat d’entreprises comme si tu avais fait ca toute ta vie …

    « Cash is king » … A la limite, dit « cashflow » …

    C’est dommage, car le sujet est intéressant, et je pense que tu as des choses à dire de pertinentes, mais en restant dans le cadre qui colle entièrement aux propos. La on sort un peu à droite à gauche, sans bien savoir ou marcher.
    Si tu as une bonne experience des petites boites web, limite toi à ce point de vue là, là je pense que l’interêt de ton texte sera grandement renforcé, et sera au final un « hit buzz ».

    Je milite juste pour relever le niveau de l’interet des blogs, qui souffre atrocement du phénomène de 1ere page gogole et cie.

    Sinon, sur le sujet, c’est dur de canaliser la discussion dans une direction ici, mais la rareté d’argent à bruler pour les start up peut à mon avis assainir le marché des startup, à la fois le marché du recrutement (les bons profils cesseront d’être happés par des jeunes diplômés incapables de faire tourner une boite, mais ayant hérités d’un fond d’investissement, et permettre aux boites profitables de taper dans de la vrai d’oeuvre pour consolider leur structure, et consolider l’économie de leur secteur), à la fois le marché de la concurence, à la fois le marché sectoriel (de vrais services générateurs de profits : on perds moins de temps à penser à des trucs utopique, et on renforce le service nécessaire et demandé par le client, même si ils est moins glamour).

    C’est une bonne épuration (enfin!). Beaucoup d’entreprises demandeuses qu’on s’occupent de leur besoins (je pense au PME/TPE) vont enfin avoir des ingés bac +10 agressifs pour s’occuper et réfléchir à leur besoins, plutôt que de faire des bulles sur le web.

    Amicalement à tous =)
    Alex minangoy

  4. Bonjour Alexandre,

    tu « milites pour relever le niveau de l’interet des blogs, qui souffre atrocement du phénomène de 1ere page gogole et cie? »

    et bien ne limite pas ton argumentaire à une série de questions, ou à des pics dignes d’une cours d’école, étaye un peu, précise quand je ne le suis pas, corrige (et s’il te plait, pas via des jugements péremptoires) quand je dis une connerie (ce qui arrive de temps en temps).

    a+

  5. Oui désolé j’ai été trop cru, c’était une réaction à chaud, pas seulement envers le texte mais envers l’ensemble des blogs je pense, je n’ai pas posté de commentaire sur 1 blog depuis plus d’1 an. Je sais que c’est beaucoup d’effort d’avoir un blog et de devoir pondre du contenu de manière récurrente, mais je trouve tellement dommage que la structure actuelle de la blogosphère fait tendre son intérêt vers 0. On avance plus dans la compréhension générale du shmilblick un lisant un pavé de chez flammarion a 29 €, plutôt qu’en passant 4 mois à lire et converser sur des blogs, ce qui d’après moi est dommage, et la tendance, en théorie devrait être inverse.

    Rien de personnel, je sais que c’est de l’investissement de blogger.

    Pour en revenir au sujet, ce sujet est trés intéressant, et je pense vraiment que ça va assainir l’économie des net valeurs, etc.

  6. Un autre point intéressant concerne les effets pervers du credit crunch. Les sociétés aujourd’hui fortement ‘leveragées’ risquent de voir leur ligne de crédit disparaître en même temps que leur banque!

    A ce titre, l’exemple de Mercado Software (http://www.mercado.com/) est révélateur. Société rentable, avec de nombreux clients, signe l’un des plus gros deal de son histoire… et fait faillite car son banquier est lui-même en faillite! Du coup c’est Omniture qui les rachète pour une bouchée de pain.

    Bref, il vaut mieux être cash positive et non endetté pour affronter les prochains mois sereinement!

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