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[Entretien] Les dispositifs Jeunes Talents sur le web : les annonceurs nouveaux défricheurs ?

Bien avant l’avènement du web et la démocratisation de l’accès à la musique en ligne, il y avait à l’origine les castings (ou auditions) réservés à une communauté d’élites, prêts à squatter les files d’attentes pendant des heures sans smartphone pour passer le temps afin d’espérer décrocher tout au moins l’attention d’un producteur, tout au plus le Graal contractuel sur 10 ans les sauvant de leur destin d’artiste maudit. Et puis, les médias s’en sont mêlés, en commençant par les fameux « radio crochets » jusqu’aux autres émissions de TV réalité à succès.

Entre temps, le marchand de rêve MySpace est arrivé : simplement, rapidement, et sans se déplacer de chez soi, l’artiste a pu enfin diffuser sa musique au monde entier. C’est une petite révolution. De nombreux artistes ont été découverts grâce à MySpace, qui tout d’un coup, est devenu la plateforme de découverte artistique la plus prolifique de la décennie pour l’Industrie musicale.


Aujourd’hui, de Facebook à Bandcamp en passant par Noomiz, de nombreuses autres plateformes ont compris l’intérêt de récupérer une part du gâteau et d’offrir la cerise confite à une poignée d’artistes émergents. Car,  avec la démultiplication des outils internet et des artistes les utilisant, émerger sur la toile est devenu presque aussi dur qu’apprendre le finnois.

Comment sortir de la masse ? Comment juger d’un véritable talent sur le web ?

C’est ainsi que des tremplins spécifiques dédiés à la détection de nouveaux talents sont apparus, aux critères de sélection et aux moyens d’actions variables mais néanmoins fiables car proposés à l’origine par des professionnels de la musique connus et reconnus. Un business juteux si bien que des tremplins d’un nouveau genre ont progressivement gagné du terrain. Sur le fond, le principe est le même : donner la possibilité à des artistes de se faire « repérer », d’accéder à des services professionnels (diffusion à grande échelle, distribution, promotion, concerts…) et donc à une visibilité plus importante auprès du grand public, des médias et des pros. Sur la forme, la différence est majeure : ces plateformes sont entièrement financées et développées par des marques, qui ont compris l’intérêt de se positionner sur le secteur musical  pour séduire ou fidéliser leur clientèle.

Le Ricard SA Live Music, le tremplin Pression Live de Kronenbourg, SFR Jeunes Talents, Esprit Musique de la Caisse D’Epargne… tous (ou presque) passent par Internet pour trouver les talents de demain : du simple dossier d’inscription à remplir à la création d’un profil dédié en passant par l’implication du public par le système des votes…tous les moyens sont bons pour créer du trafic et fédérer une communauté autour de valeurs partagées.

Modèles décriés par certains (opportunisme marketing, manque de légitimité), assumés par d’autres (partenariats avec de gros festivals), ils n’en restent pas moins extrêmement sollicités par les artistes.

Les chiffres parlent d’eux mêmes:

Chez Ricard SA Live Music, c’est plus de 900 artistes qui participent chaque année au tremplin qui va bien au delà d’un simple concours sur Internet : la marque anisé propose outre un contrat de distribution numérique chez Believe Digital et une campagne de promotion nationale orchestrée par un bureau de presse, de rejoindre le Ricard S.A. Live Music Tour et ainsi se soumettre sept soirs durant au regard d’artistes confirmés et de dizaines de milliers de spectateurs.

Du côté de la plateforme SFR Jeunes Talents, 30.000 artistes se sont déjà inscrits depuis l’ouverture du site et des centaines d’artistes participent aux différents concours proposés tout au long de l’année : concerts sur des scènes officielles de festivals, accompagnement scénique, premières parties et parrainages d’artistes reconnus…

Plus de 200 artistes « lauréats » ont été soutenus depuis 5 ans dont une cinquantaine – Sliimy, Jil Is Lucky, Twin Twin… – ont été signés en label.

Grâce aux programmes d’accompagnements personnalisés et durables développés en interne par ces mastodontes, de belles histoires artistiques ont pu voir le jour et attestent d’une part du succès de ce genre de dispositif de repérage, et d’autre part de la crédibilité de ces acteurs auprès du monde de la musique. Surtout, ces dispositifs pourraient se positionner dans l’avenir comme une alternative sérieuse pour l’émergence de nouveaux artistes et permettre d’apporter de nouvelles ressources à une industrie en perte de vitesse, où la course aux financements et aux subventions est aussi longue et épuisante qu’un semi-marathon.

Rencontre avec David Joly, du dispositif SFR Jeunes Talents. 

Musicien, passionné de musique, responsable du développement de SFR Jeunes Talents Music depuis presque 3 ans, sa mission est de mettre en place les partenariats et outils pour faire rayonner au maximum les artistes en développement sélectionnés sur SFR Jeunes Talents.

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Laure Decailly

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