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Les fossoyeurs de l’e-commerce sont de retour par Catherine Barba

Catherine Barba, la fondatrice et Présidente de Malinea Conseil, créatrice de Cashtore, et figure historique du web français vient de signer un article « coup de poing » contre les nouvelles dispositions du parlement européen à l’encontre du e-commerce. Elle s’appuie sur les données de la Fevad.

« Jeudi 24 mars, sombre jour pour le e-commerce. Le Parlement européen vient d’approuver un certain nombre de dispositions qui, si elles sont adoptées, auront très vite un impact économique désastreux pour tout le secteur. Les marges du e-commerce déjà minces vont se rétrécir au format cure-dents.

Jugez-en plutôt :

Demain, le client disposera d’un mois (au lieu de 7 jours) pour retourner les produits commandés : alors que, dans la majorité des pays en Europe, le délai légal de rétractation est de 7 jours, l’Europe a décidé d’étendre à 2 fois 14 jours la durée légale du droit de rétractation. Le client disposera de 14 jours pour indiquer qu’il se rétracte, puis à nouveau de 14 jours pour retourner le produit. Au total, la durée du droit de rétractation est donc portée à 1 mois, soit 4 fois supérieure à celle qui existe actuellement. Madame Reding, les bras nous en tombent.

Demain, le e-marchand devra rembourser les marchandises rendues par les clients, avant même d’avoir pu vérifier effectivement l’état du produit retourné. Selon le texte, le site marchand devra rembourser le consommateur au plus tard 14 jours après la notification du droit de rétractation. Ainsi, si le produit retourné n’est pas encore arrivé chez le vendeur à l’issue des 14 jours, le vendeur devra quand même rembourser le produit, quitte à découvrir par la suite que le produit est endommagé et inutilisable. Magnifique.

Demain pour toute commande supérieure à 40 euros, le e-marchand sera obligé de rembourser les frais de retour (en plus des frais de livraison) à tout client qui se rétracte. Chouette, se dit le client. Je vais commander 42 paires de chaussures, je ferai mon choix ce week-end et renverrai les 41 qui ne me conviennent pas, puisque c’est ce bon e-marchand qui paiera pour le tout, non seulement le rembourser sous 14 jours de la totalité de la commande (produit + frais de livraison), mais aussi des 41 frais de retour. Cumul de miles.

L’Allemagne, qui oblige ses vendeurs à distance à rembourser les frais de retour depuis 2002, a évidemment un taux de retour 2 à 3 fois plus important que celui de la France. Vive l’achat compulsif, c’est la tournée du marchand !

Demain enfin, le e-marchand sera obligé de livrer ses clients, quel que soit le pays dans lequel ils se trouvent et de supporter l’intégralité des coûts de transport s’ils décident de se rétracter. Si un client Grec ou Finlandais commande sur votre site, vous serez contraints de le livrer, de supporter l’intégralité des coûts de transport en cas de rétractation. Bingo !

Mais comment a-t-on pu tomber si bas ? Qu’est ce qui se passe dans la tête de ces Euro-députés ? Qui sont les courageux de la Commission de Bruxelles qui ignorent tout de la concertation ? J’en viens presque à regretter Luc Chatel.

J’aimerais tant croire, avec la Fevad, que les pouvoirs publics français vont s’agiter pour s’opposer à l’adoption définitive du texte.

La seule chose dont je suis sûre ce soir est qu’à partir de maintenant, si le Parlement européen, le Conseil de l’Union et la Commission européen s’accordent, le texte sera adopté, en 1ère lecture, d’ici 2 mois. Et si aucun accord n’intervient alors le texte passera en deuxième lecture. Et une fois adoptées, les mesures deviendront obligatoires dans toute l’Union et que la durée de vie de cette catégorie de directive est de 10 à 15 ans.

Nous serons alors en 2026, et je me demande ce qui restera du paysage e-commerce européen à ce rythme.

Fukushima. »

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11 thoughts on “Les fossoyeurs de l’e-commerce sont de retour par Catherine Barba”

  1. Bonjour,

    En tant que simple consommateur, je me réjouis de voir quelques bonnes pratiques renforcées, par exemple l’extension du droit de rétraction, bien que je doute que cela ait un effet de levier fort dans les comportements d’achat des consommateurs en ligne. On peut presque même pronostiquer un renforcement à long terme de la confiance dans les achats en ligne.

    En revanche, en me penchant sur l’article et cette nouvelle disposition :
    « Demain pour toute commande supérieure à 40 euros, le e-marchand sera obligé de rembourser les frais de retour (en plus des frais de livraison) à tout client qui se rétracte. »
    , je vois un problème potentiel pour les boutiques en ligne, qui effectivement peuvent faire face à un risque légal accru, en particulier pour les petites structures.

    Dans tous les cas, l’on peut voir outre-Atlantique (qui ont déjà des normes légales bien supérieures à celles de l’UE en termes de service client pour toute boutique) que des normes légales n’ont pas freiné le développement de nouveaux services de commerce en ligne. Et l’on sait que les décisions de la Commission Européenne n’ont en général que peu de poids dans la balance du consommateur, puisque les décisions sont à peine relayées sur le net, et que la plupart des cyber-consommateurs n’y sont pas vraiment au courant.

    Cordialement,

    François

  2. Hello,
    en cas d’adoption intégrale de la proposition, cela va être effectivement très difficile pour les « petits » e-marchands, auto-entrepreneurs et autres TPE du e-commerce…

  3. Vu les lois qui brident un peu plus chaque fois les actions que l’on peut faire sur le web, je ne sais pas si nous gouvernants on une trés bonne opignon de l’internet, et s’il font confiance à ce média.

  4. Comme Philippe, je ne vois pas trop ce que la comparaison à Fukushima apporte à votre texte à part le décridibilser et faire preuve de mauvais goût…

    Sur le fond, c’est effectivement préoccupant.

  5. Allez un peu de mauvais esprit…quand le e-commerce sera mort (ce qui n’est pas prêt d’arriver) on retournera chez nos commerçants de proximité, qui du coup réinvestiront les centres villes à la place des agences bancaires, créeront de l’emploi de proximité, mettront en place des circuits courts de distribution, et irrigueront l’économie locale…que du bonheur en perspective….

  6. Bonjour,

    On peut s’attendre effectivement à voir disparaître bon nombre de petits e-commerçants avec ces mesures.

    Il faudra s’attendre également à une baisse de la croissance du e-commerce.

    Effectivement, les fashion victimes auront la possibilité d’acheter, porter une fois, et retourner leurs articles aux frais de la princesse…Mesdames, vous allez pouvoir vous faire plaisir…

  7. Bonjour,

    L’article est préoccupant dans un sens. En tant que gros consommateur de produit en ligne (plus d’une quarantaine de commandes par an), je ne peux que me réjouir de certaines directives. Les 14 jours + 14 jours me paraissent beaucoup, 7 + 7 aurait déjà été un très bonne solution. Concernant, les frais de port, je pense que faire supporter l’intégralité du poids du retour n’est pas une bonne chose mais une participation forfaitaire de la société pourrait être une solution médiane. Le remboursement direct des frais est aussi une mesure plutôt positive mais qui n’est, à mon sens, pas justifiée/justifiable (bien que dans mon intérêt).

    De l’autre coté, celui du « professionnel » cela ne donne pas envie de s’investir. Des centaines de petites PME se créent afin de vendre des produits sur Internet ne pouvant supporter de tels couts de structure. Ayant, un projet de création de boutique eCommerce, ces projets de loi m’effraient et me poussent à repenser mes priorités. Voyons si les professionnels du secteurs et/ou les pouvoir publics se mobiliseront…

    Enfin, je me joins aux autres internautes en vous demandant de retirer Fukushima de votre article. Rien de comparable, aucune valeur ajoutée, inutile. Merci.

  8. Sommaire pertinent et inquiétant des propositions faites par la UE. Je ne vois pas comment ces changements pourront aider à augmenter l’e-commerce transfrontalier – ce qui est, quand-même, l’un des objectifs déclarés de l’UE. Les dispositions approuvées maintenant par le parlement européen n’auront pas l’effet souhaité, au contraire: elles sonneront le glas de l’e-commerce diversifié que nous connaissons aujourd’hui. Quel dommage!

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