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Les géants de la Tech inquiètent la finance européenne

AFP

« Y penser toujours, n’en parler jamais »: les acteurs de la finance européenne scrutent la moindre incursion des géants de la Tech dans leur galaxie, cherchant la contre-attaque face à un possible empire qui ne dit toutefois pas encore son nom. Qu’ils soient américains ou chinois, ces nouveaux venus « constituent à terme une concurrence potentielle, presque plus que les néobanques », explique à l’AFP Philippe Aymerich, directeur général délégué en charge des activités de détail en France du groupe Société Générale. « Bien qu’on ne sache pas exactement quel sera leur impact précis sur le métier, ils sont déjà très présents dans les écosystèmes de vie des clients et ont des ressources importantes », assure le banquier.

Si jusqu’à présent, les Alibaba, Tencent et autres Amazon ne concurrencent pas directement banques ou assurances traditionnelles en Europe, les grandes manoeuvres de ces acteurs dans le champ de la finance n’en donnent pas moins le tournis. Société d’assurance-santé lancée par Amazon aux États-Unis, carte de crédit par Apple, projet de monnaie numérique chez Facebook, nouvelle branche dédiée aux services financiers du côté d’Uber. Sans parler des innombrables initiatives dans le secteur crucial des paiements: Google Pay, AliPay, WeChat Pay, etc.

« Défi majeur »

« Nous sommes attentifs aux initiatives développées par les géants de la tech. C’est un défi majeur que nous prenons au sérieux », reconnaît auprès de l’AFP Christine Fabresse, directrice générale en charge des réseaux de détail chez BPCE. Une récente étude de la jeune pousse Tink, réalisée cette année auprès de 270 cadres du secteur financier dans 17 pays européens, montre d’ailleurs que l’arrivée de nouveaux acteurs bancaires et surtout de nouveaux prestataires de services de paiement constitue un sujet de préoccupation majeur et plus vif par exemple que l’évolution de la réglementation. Les géants de la tech voient dans les services financiers un moyen de se rapprocher de leurs utilisateurs en multipliant les interactions avec eux mais surtout d’en capter un précieux suc : les données.

Ces acteurs « profitent de larges bases de clientèle, dont ils collectent et analysent les données. Ils peuvent en tirer parti pour grossir rapidement sur différentes lignes métier, y compris dans les services financiers », a récemment souligné le Conseil de stabilité financière. « La concurrence des ‘Big Tech’ pourrait réduire la capacité de résistance des institutions financières, soit en affectant leur rentabilité, soit en réduisant la stabilité de leur financement », a notamment relevé le conseil. En outre, « un petit nombre de ‘BigTech’ pourrait à l’avenir donner naissance à une forme de domination, plus qu’à une diversification de l’offre de certains services financiers », a aussi mis en garde ce comité, mandaté depuis 2011 par le G20 pour mener des réformes du système financier.

Rivaux mais aussi partenaires 

« Si on comprend que demain, ce qui aura le plus de valeur c’est l’expérience vécue par les utilisateurs et non les produits vendus, il peut y avoir intérêt (pour les géants de la tech, ndlr) à proposer du financement de crédit conso, du paiement par carte, ou encore du crédit immobilier », explique à l’AFP Ronan Le Moal, le directeur général du groupe bancaire Crédit Mutuel Arkéa. « Le risque pour les établissements financiers, c’est d’être contournés par ces acteurs et de perdre toute la relation avec le client, si ces acteurs se mettent à refermer le monde autour d’eux en captant les utilisateurs dans un écosystème fermé et qu’ils dominent », ajoute-t-il.

Ceci étant, « des modes d’interactions très variés émergent entre BigTechs et les institutions financières traditionnelles », remarque le Conseil de stabilité financière, qui souligne que ces différents acteurs ne sont pas uniquement rivaux mais d’abord et surtout partenaires. Les géants de la tech pourraient notamment s’appuyer de plus en plus sur les acteurs financiers traditionnels pour proposer des services à leurs clients.

Concernant les premiers, « il y a des morceaux de la chaîne de valeur qui intéressent, d’autres en revanche, notamment la partie réglementaire, ne les intéressent pas du tout », affirme Philippe Aymerich, chez Société Générale. Dans le sens inverse, les établissements financiers profitent du savoir-faire des ces acteurs : en témoigne par exemple le lancement récent par le Crédit du Nord de Prismea, une néobanque pour les professionnels, qui s’appuient sur AWS, l’offre de nuage informatique du géant américain Amazon.

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La rédaction

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